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Un journaliste détenu par la police, les quotidiens indépendants harcelés : triste rengaine au pays de Robert Mugabe

Un journaliste détenu par la police, les quotidiens indépendants harcelés : triste rengaine au pays de Robert Mugabe

Publié le vendredi 13 mai 2011.
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Reporters sans frontières est inquiète pour le journaliste du Weekly Agenda, Mzwandile Ndlovu, arrêté par la police le 10 mai 2011 et toujours détenu à Hwange (Ouest). Les quotidiens indépendants The Daily News et NewsDay et leurs journalistes subissent, pour leur part, de multiples entraves et vexations de la part des autorités, de membres du parti Zanu-PF (au pouvoir), et d’agents des services de renseignements.

Reporters sans frontières s’insurge contre la persistance des méthodes archaïques - intimidations, agressions et arrestations - utilisées par le parti présidentiel pour faire taire les médias critiques. L’arrestation de Mzwandile Ndlovu, un journaliste qui ne faisait que relayer une information d’intérêt public, sans émettre d’opinion politique, est inacceptable. Nous demandons aux autorités de le relâcher immédiatement. Les quotidiens indépendants, qui de surcroît ont obtenu récemment des licences, doivent pouvoir mener leurs activités en toute liberté, et leurs journalistes travailler à l’abri des pressions.

Cette série d’incidents contre la presse intervient dans un climat politique toujours aussi tendu entre les deux partis de la coalition au pouvoir, le Zanu-PF de Robert Mugabe et le MDC de Morgan Tsvangirai, et alors que le processus constitutionnel, préalable à une réforme de la loi sur les médias et à l’organisation des futures élections, a été suspendu le 12 mai 2011.

Un journaliste arrêté

Convoqué le 10 mai 2011 à la station de police de Hwange, à l’ouest du pays, Mzwandile Ndlovu, journaliste pour le Weekly Agenda, un bulletin d’information dirigé par l’organisation civique Bulawayo Agenda, a été arrêté et reste toujours détenu par les forces de l’ordre. Il est accusé d’avoir violé la section 31 du Code criminel, qui interdit toute communication jugée fallacieuse sur l’Etat. Les autorités lui reprocheraient d’avoir publié, dans l’édition 110 du bulletin (semaine du 23 au 29 avril 2011), un article traitant de la réconciliation nationale.

L’article portait sur l’annulation du meeting organisé entre l’organe national de réconciliation et un consortium d’organisations aux chutes Victoria, en raison de l’absence des principaux intervenants, le vice-président, John Nkomo, et Mme Sekai Holland, co-présidente de l’organe de réconciliation. Il mentionnait également l’arrestation à Lupane, le même jour, du co-ministre du gouvernement de réconciliation nationale Moses Mzila Ndlovu, affilié au parti d’opposition MDC, sans néanmoins établir de lien entre ces deux événements. La police a refusé de commenter l’arrestation du journaliste.

La presse quotidienne indépendante harcelée

Le 28 avril 2011, Alice Murwisi, a été attaquée par des jeunes membres du parti Zanu-PF alors qu’elle vendait des exemplaires du Daily News, le quotidien indépendant ayant fait son retour en kiosques le 18 mars dernier, après sept ans d’interdiction.

Deux jours auparavant, un responsable du même journal, Trymore Zingwe, avait été menacé de mort au téléphone par des inconnus. Enfin, l’ancien ministre de l’Information Jonathan Moyo, artisan avec Robert Mugabe de la très liberticide loi sur "la protection de la vie privée et l’accès à l’information" (AIPPA), votée en 2002, a porté plainte contre The Daily News pour reproduction abusive d’articles écrits lors de son éviction du Zanu-PF, en 2005, et demande un dédommagement de 60 000 dollars.

Le quotidien indépendant NewsDay n’échappe pas non plus aux pressions. Dans la nuit du 25 au 26 avril dernier, des agents de la Central Intelligence Organisation (CIO, services de renseignements zimbabwéens) ont effectué une descente dans les locaux du journal et ont confisqué les disques durs de onze ordinateurs. Le bureau du rédacteur en chef Brian Mangwende a en outre été vandalisé et son ordinateur portable a été emporté par les agents. "C’est un acte prémédité et criminel visant à paralyser les opérations du journal dont la popularité est grandissante dans le pays", a-t-il affirmé. Un article publié quelques jours auparavant appelait le président Mugabe à se retirer de la vie politique zimbabwéenne, sous le titre : "Il est temps de se reposer".

Des membres du parti présidentiel ont, le 12 mars, intimidé des vendeurs de NewsDay dans la banlieue de Harare et, le 2 mars, endommagé des exemplaires du journal.

Les avertissements lancés récemment par le chef de la police, Augustine Chihuri, contre les médias dont les articles "inciteraient à la violence et à l’anarchie" sont peu rassurants.

Le président Robert Mugabe figure dans la liste des prédateurs de la liberté de la presse que Reporters sans frontières a publiée le 3 mai dernier, à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse. Lire son portrait

Photo : AFP

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