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Un éditorialiste critique le chef de l'Etat : la police lance une chasse à l'homme pour l'interpeller

Un éditorialiste critique le chef de l’Etat : la police lance une chasse à l’homme pour l’interpeller

Publié le jeudi 10 novembre 2005.
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Reporters sans frontières proteste contre l’abus de pouvoir manifeste perpétré par le président zambien, Levy Mwanawasa, à l’encontre de Fred M’membe, journaliste du seul quotidien privé du pays, The Post, placé en détention et traîné en justice pour avoir critiqué le chef de l’Etat.

« Dans les pays comme la Zambie, où les lois criminalisent les délits de presse, les puissants disposent du droit arbitraire de faire jeter n’importe quel journaliste en prison selon leur bon vouloir, a déclaré l’organisation. C’est à la fois archaïque et scandaleux. Puisque le Président peut critiquer publiquement Fred M’membe sans risquer la prison, Fred M’membe a le droit de contester les choix politiques du Président sans pour autant être traité comme un bandit. Nous appelons les juges qui auront à examiner l’affaire M’membe contre Mwanawasa à faire preuve de sang-froid et d’équité en relaxant le journaliste. »

Mis en état d’arrestation après s’être présenté de lui-même au commissariat, le 8 novembre 2005 à la mi-journée, Fred M’membe, journaliste politique du seul quotidien privé de Zambie, The Post, a été inculpé de « diffamation » envers le président Levy Mwanawasa et incarcéré. Détenu avec trois prisonniers de droit commun au poste de police de Kabwata, ses chaussures, sa ceinture et sa montre lui ont été confisquées. Relâché sous caution à la fin de la journée, il devait comparaître devant le tribunal le lendemain. Dans la matinée, la police zambienne avait déployé des moyens exceptionnels pour arrêter le journaliste, lequel n’avait pu répondre à une convocation au commissariat, la veille. Il avait toutefois fait savoir qu’il s’y rendrait dans la matinée du 8 novembre. Au lieu d’attendre, les forces de sécurité ont lancé une « chasse à l’homme », selon un membre de la direction du Post, Amos Malupenga, encerclant les locaux du quotidien, à Lusaka, et perquisitionnant le domicile du journaliste.

Dans l’édition du 7 novembre, Fred M’membe avait publié un éditorial dans lequel il mettait en cause la capacité de Levy Mwanawasa à gouverner le pays plus sobrement, dénonçant « la folie, la stupidité et le manque d’humilité » du Président. « Nous disons cela parce qu’il est extrêmement difficile pour nous de comprendre comment un homme peut entrer en éruption comme un volcan lorsqu’un simple, humble et honnête conseil lui est donné », ajoutait The Post.

La Zambie est secouée par une importante crise politique depuis quelques semaines autour du projet de nouvelle Constitution. Le 1er novembre, des milliers de manifestants avaient protesté devant le Parlement pour exiger l’adoption de celle-ci avant l’élection présidentielle de 2006, où le président sortant remettra son mandat en jeu. Le chef de l’Etat, de son côté, affirme que la Zambie n’a pas les moyens de la promulguer avant cette date.

La veille de la publication par The Post de son éditorial critique, le président Mwanawasa avait publiquement attaqué Fred M’membe, l’accusant d’entretenir des ambitions politiques. « Tous les jours, il [The Post] concentre ses attaques sur moi, avait déclaré le chef de l’Etat. Je suis incapable, inefficace, je manque de capacités, je dois être évincé, je suis arrogant, etc. Leur énergie devrait être dirigée vers les citoyens, pour les convaincre d’aller voter en masse, de manière à me faire partir par les urnes, car dans le cas contraire, je reviendrai sûrement. »

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