Reporters sans frontières

 Trois mois après la prise de fonction du nouveau président, les exactions se poursuivent

Trois mois après la prise de fonction du nouveau président, les exactions se poursuivent

Publié le jeudi 31 mai 2012.
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Reporters sans frontières condamne vigoureusement la multiplication des intimidations et des poursuites judiciaires visant les professionnels des médias au Yémen, depuis un mois.

“Dans un pays où règnent l’instabilité politique et la violence, Les journalistes sont victimes d’un harcèlement constant de la part des ennemis de la presse libre et indépendante. Le gouvernement yéménite doit s’efforcer de protéger les professionnels des médias, y compris dans les provinces les plus isolées, et s’assurer que les auteurs de ces actes criminels soient traduits en justice”, a répété Reporters sans frontières.

Le 27 mai 2012, Mohamed Shabita, journaliste pour le quotidien Al-Thawra et membre actif du syndicat des journalistes, a été explicitement menacé et insulté au téléphone par le directeur général du centre des informations du ministère de la Fonction publique. Ce haut fonctionnaire réagissait à la publication d’un article de Mohamed Shabita, en Une du journal du 27 mai, mentionnant des cas de doublon des noms d’employés dans la fonction publique, leur permettant ainsi de cumuler deux salaires. D’après l’article, cette pratique concernerait près de 7 000 emplois sur un total de 50 000 crées récemment.

Le même jour, Amin Al-Safa, journaliste de l’agence officielle d’information Saba et également membre du syndicat des journalistes, a été la cible de menaces proférées par Maaz Bajash, directeur du conseil d’administration de l’agence, suite à la publication d’un article qui évoque la même information que son confrère Mohamed Shabita. Maaz Bajash a déclaré qu’il “ferait payer un lourd tribut” au journaliste, s’en prenant même physiquement à lui, en lui “cassant la tête”, et ajoutant que “même le syndicat des journalistes ne pourra pas le protéger”.

Ainsi, Reporters sans frontières exige des autorités de prendre les mesures nécessaires afin de mettre un terme à ce climat de tension et d’intimidation.

Par ailleurs, des groupes armés du sud du Yémen continuent de s’en prendre régulièrement aux médias lors d’opérations coup de poing. Le 26 mai 2012, plusieurs exemplaires du journal Al-Akhbar Al-Yom ont été confisqués et brûlés dans la province d’Aden (Sud). Ces incendies criminels, destinés à protester contre la diffusion du journal dans la région, rappellent les vieilles pratiques des forces de sécurité lors du soulèvement populaire de 2011.

Le 25 mai dernier, vers deux heures du matin, deux inconnus ont tiré des coups de feu sur les portes et les fenêtre du domicile du rédacteur en chef d’Al-Oumana, Adnan Al-Ajam, à Aden. Tentative d’assassinat ou ultime mise en garde, cet incident a terrorisé la famille du journaliste. Le fait que le journal Al-Oumana publie des articles sur des affaires de corruption, pourrait être à l’origine de ces actes criminels.

Par ailleurs, le 16 mai 2012, Hissam Ashour, reporter-journaliste pour l’hebdomadaire Al-Nida et News Yemen, a été victime d’une tentative d’assassinat, à Seyoun, dans la province de l’Hadramout (Est).

Le journaliste enquêtait sur des affaires de corruption et de malversation dans la province de l’Hadramout, impliquant l’administration du Fond pour la reconstruction, rattaché au ministère des Travaux publics. Peu avant l’incident, Hissam Ashour comparaissait devant un tribunal pénal en raison de ses écrits journalistiques et des accusations de corruption qu’ils comportaient. Durant l’audience, l’avocat de la partie civile a prié la cour de faire preuve de “discipline” envers Hissam Ashour. A sa sortie du tribunal, une voiture a essayé de le renverser à deux reprises, une première fois devant une station service, et une seconde fois, devant un parc. Selon le journaliste, le chauffard serait l’avocat du Fond pour la reconstruction. “Cette tentative d’assassinat résume à elle seule l’impunité dont jouissent les potentats locaux et leurs acolytes, tandis que les harcèlements de journalistes se poursuivent”, a ajouté Reporters sans frontières.

Une procédure pénale est toujours engagée contre le journaliste, accusé d’avoir “insulté un fonctionnaire” suite à la parution de son article, dénonçant la corruption galopante au sein du Fond pour la reconstruction et plus largement au niveau de l’administration locale de l’Hadramout.

La journaliste Bouchra Al-Amiri du quotidien Al-Oula, est également inquiétée par la Justice yéménite en raison de son travail d’investigation. Intéressée par les revendications du personnel de l’hôpital Al-Sabaïn à Sanaa, la journaliste s’est faite l’écho des dénonciations de négligences et d’actes de corruption de la part de certains membres du personnel de l’établissement. Le 16 mai dernier, la journaliste s’est présentée au tribunal et a été entendue pendant près de trois heures. L’administration hospitalière a déposé deux plaintes mettant en cause Bouchra Al-Amiri, ses collègues Hani Al-Mouhwaiti et Mohamed Ayesh, respectivement secrétaire de rédaction et rédacteur en chef d’Al-Oula, ainsi que leurs confrères Fayçal Al-Safwani et Ibrahim Moujahid, journaliste et rédacteur en chef d’Al-Akhbar Al-Yom. “Ces procédures visent clairement à intimider les journalistes et à les dissuader de mener des enquêtes sensibles”, a déclaré Reporters sans frontières.

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