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Malgré le départ de Saleh fin novembre, ses partisans et les forces de l'ordre s'en prennent toujours aux journalistes

Malgré le départ de Saleh fin novembre, ses partisans et les forces de l’ordre s’en prennent toujours aux journalistes

Publié le jeudi 5 janvier 2012.
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Malgré le départ du président Ali Abdallah Saleh du Yémen, suite à la signature de l’accord de transition, le 23 novembre 2011 à Riyad, sur proposition du Conseil de coopération du Golfe, les exactions contre la liberté de la presse n’ont pas cessé, le mois de décembre a été tout particulièrement noir, marqué notamment par les violences de l’armée et des partisans du président à l’encontre des professionnels de l’information couvrant la “Marche pour la vie”, partie de Taëz (270km au sud de la capitale), le 20 décembre. Reporters sans frontières condamne vivement l’ensemble de ces exactions et demandent à la communauté internationale d’intervenir.

Les 24 et 25 décembre 2011, alors que “la Marche pour la vie” arrivait dans le quartier de Dar Salm à Sanaa, de nombreuses attaques ont été perpétrées contre les manifestants qui réclamaient notamment qu’Ali Abdallah Saleh soit poursuivi pour sa répression sanglante de la contestation. Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur la foule. Au moins 13 manifestants ont été tués ; une cinquantaine d’autres blessés. Les journalistes n’ont pas été épargnés.

Le 24 décembre 2011, les forces de sécurité ont frappé et arrêté le journaliste de la chaîne de l’opposition Suhail TV, Ahmed Al-Mussibli, qui a été relâché le lendemain. Le correspondant de la BBC, Abdallah Ghorab, a quant à lui échappé à une tentative d’arrestation. Le cameraman de la chaîne Suhail TV, Kamal Al-Mahfadi, a quant à lui été grièvement blessé à la tête, tout comme le journaliste Walid Ablan.

Un membre du Syndicat des journalistes et le journaliste à l’agence de presse ofifcielle Saba News agency, Ahmed Al-Jabar, a reçu un coup de crosse de fusil au visage de la part d’un partisan du président Saleh. Il a été blessé sous l’oeil. Par ailleurs, des soldats ont cassé les vitres de la voiture du Syndicat qui couvrait la Marche pour la vie.

Le 24 décembre toujours, des soldats de la Garde républicaine ont violemment pris à partie la journaliste Samia Al-Aghbary, la journaliste et écrivain Arwa Abdu Othman, le journaliste pour le site d’informations Imanate Marwan Ismaïl, et des militants Marwan Al-Wajihi et Nabil Soua’i, alors qu’ils se trouvaient devant un check-point situé dans la cinquantième rue à Sanaa, participant à la Marche pour la vie. Interpellés, les journalistes et manifestants ont été relâchés dans la soirée. Leur véhicule avait été fouillé par les soldats, qui ont embarqués leurs téléphones portables et trois appareils photos.

Récemment, le 2 janvier 2012, un groupe d’individus armés a tenté de prendre d’assaut, pour la troisième fois en trois jours, la Fondation pour la presse à Taëz, et ce malgré les instructions claires du gouverneur de la province. A noter que le siège de la fondation se situe à proximité d’un bâtiment de la police militaire et à quelques mètres de la direction de la sécurité de la province.

Fin décembre, Nasser Taha Mustafa, ancien responsable du Syndicat des journalistes (naqib), a reçu des menaces de la part de Tarek Mohamed Abdallah Saleh, neveu d’Ali Abdallah Saleh et commandant de sa garde personnelle, du fait de ses articles soutenant le mouvement révolutionnaire.

Deux journalistes du journal 26 Septembre, Ali Ghaleb Al-Harazi et Yahiya Al-Sadmi, ont quant à eux reçu des menaces pour avoir demandé le départ du rédacteur en chef du journal, Ali Hassan Al-Chatr. Ce dernier est connu pour sa gestion musclée du personnel, n’hésitant pas à faire jeter en prison certains journalistes. Des journalistes de cette publication ont entamé un sit-in à l’intérieur du journal afin de demander le départ de Chatr.

Une équipe de la chaîne Al-Alam a été blessée le 23 décembre vers 14h15 alors qu’elle entrait dans le secteur Al-Qaedi, à l’entrée de la capitale, par une dizaine d’individus armés, habillés en civil, qui tiraient en l’air. Ces derniers ont arraché la caméra du cameraman, Mohamed Hamran, avant de le frapper et de lui prendre sa carte d’identité. Ils ont contraint les journalistes à regagner la capitale, après avoir menacé de tirer dans les pneus du véhicule.

Quelques jours plus tôt, le 20 décembre, un groupe de baltajiyas armés a pris d’assaut le siège du journal officiel, publié par la fondation “Révolution pour la presse” à Sanaa, et a empêché la publication du numéro qui devait sortir le lendemain, menaçant les journalistes présents avec leurs armes. Cette action fait suite au retour de Hassan Abdel Warath au poste de rédacteur en chef, sur instruction du nouveau ministre de l’Information, Ali Al-’Umrani. Hassan Abdel Warath avait démissionné alors que le mouvement de protestation populaire faisait rage.

Par ailleurs, dans la nuit du 13 décembre 2011, un groupe d’individus armés a fait irruption dans le bureau de l’agence arabe pour l’information à Sanaa qui abrite plus de 12 chaînes et agences de presse arabes et internationales, visant de leur arme le directeur de l’agence, Issam Al-Khaled, et ses collaborateurs. (cf photos)

Le Procureur a décidé de libérer, le 8 décembre, le journaliste Omar Al-’Amuqi, arrêté deux jours plus tôt, jugeant cette arrestation injustifiée.

Fin décembre, le journaliste Abdelhakim Thi’il a été libéré de prison. Enlevé en octobre, il avait été transféré le 12 décembre, de la prison de sûreté nationale ‘des mukhbarat’ à la prison ‘d’investigation’. Deux mois au cours desquels nous sommes restés sans aucune information sur son sort. Le responsable du Syndicat, Marwan Damaj, avait pu lui rendre visite le jour de son transfert. On ignore les raisons exactes de son enlèvement et de son incarcération. Les autorités avaient trouvé dans son ordinateur des photos et des vidéos de baltajiyas et d’hommes armés en train de tuer et d’agresser physiquement des manifestants sur la place du Changement à Sanaa.

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