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Web 2.0 Versus Control 2.0.

Web 2.0 Versus Control 2.0.

Publié le jeudi 18 mars 2010. Mis à jour le jeudi 11 mars 2010.
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La bataille pour une information libre se joue de plus en plus sur le Net. La tendance générale qui se dessine est celle d’un renforcement du contrôle par un nombre grandissant de pays,mais aussi d’un accroissement des capacités de mobilisation de net-citoyens toujours plus inventifs et solidaires.

Internet, espace d’échanges et de mobilisation

Dans les pays autoritaires, où les médias traditionnels sont sous la coupe du régime, Internet offre un espace unique de discussion et d’échanges d’informations,mais aussi de moteur de la contestation et de la mobilisation. Internet représente le creuset dans lequel des sociétés civiles étouffées naissent et se développent.

Les nouveaux médias, et en particulier les réseaux sociaux, ont mis à disposition des populations des outils de collaboration qui permettent de remettre en cause l’ordre social. La jeunesse les a pris d’assaut. Facebook est devenu le lieu de ralliement des militants empêchés de descendre dans la rue. Une simple vidéo sur YouTubeNeda en Iran ou la marche safran des moines birmans – peut suffire à exposer au monde entier les abus de gouvernements.Une simple clé USB peut permettre de diffuser des informations interdites, comme à Cuba où elles sont devenues les samidzats locaux.

Les intérêts économiques et la défense de la liberté de circulation de l’information vont parfois de pair. Dans certains pays, ce sont les entreprises qui ont obtenu un meilleur accès à Internet et aux nouveaux médias, avec parfois des répercussions positives pour le reste de la population. Obstacle aux échanges économiques, la censure du Web devrait figurer à l’agenda de l’Organisation mondiale du Commerce. Plusieurs de ses membres, dont la Chine et le Viêt-nam, devraient être contraints d’ouvrir leurs réseaux Internet avant de rejoindre le village global du commerce mondial.

Reprise en main

Le temps où Internet et les nouveaux médias constituaient le champ réservé des dissidents et des opposants est révolu. Les dirigeants de certains pays ont été pris de court par cette émergence des nouvelles technologies et l’apparition d’une nouvelle scène de débat public. La prise de conscience a été brutale lorsque les “Révolutions de couleur” sont devenues des “Révolutions Twitter”. Il n’est désormais plus question de laisser le contrôle du cyber-espace aux voix discordantes.Censure de contenus politiques ou sociaux grâce aux derniers outils technologiques, arrestations et intimidations de net-citoyens, surveillance omniprésente et fichage destinés à mettre en danger l’anonymat des internautes : les gouvernements répressifs sont passés à l’acte.Une soixantaine de pays ont été concernés en 2009 par une forme de censure du Web, soit deux fois plus que l’année passée. Le WorldWideWeb se fait grignoter progressivement par la mise en place d’intranets nationaux, au contenu “validé” par les autorités. UzNet, Chinternet,Turkmen- Net, etc. Peu importe à ces dirigeants si de plus en plus d’internautes sont victimes d’une ségrégation numérique. Le Web 2.0 se heurte au Control 2.0.

Quelques rares pays comme la Corée du Nord, la Birmanie ou leTurkménistan peuvent se permettre de se couper totalement du WorldWideWeb. Le manque de développement des infrastructures leur sert de prétexte.Mais du coup, le marché noir des télécommunications prospère, par exemple à Cuba ou à la frontière entre la Chine et la Corée du Nord.

Les net-citoyens font les frais de cette répression accrue. Pour la première fois depuis la création d’Internet, près de 120 blogueurs, internautes et cyberdissidents sont derrière les barreaux pour s’être exprimés librement en ligne. Les plus grandes prison du monde pour les net-citoyens sont la Chine, largement en tête avec 72 détenus, suivie du Viêt-nam et de l’Iran, qui ont lancé ces derniers mois des vagues brutales d’arrestation.

D’autres qui n’ont pourtant pas de stratégie élaborée de contrôle ou de répression du Net ont arrêté des net-citoyens ces derniers mois. Au Maroc, un blogueur et un propriétaire de cybercafés ont été emprisonnés par des autorités locales. Ils auraient évoqué la répression d’une manifestation qui avait mal tourné. En Azerbaïdjan, le pouvoir a pris en grippe Adnan Hadjizade et Emin Milli, deux blogueurs qui ont dénoncé la corruption des autorités et les ont tourné en dérision dans une vidéo diffusée sur YouTube. Quatre journalistes en ligne sont également derrière les barreaux au Yémen. Il est encore trop tôt pour dire si ces arrestations demeurent des cas isolés ou s’il s’agit d’une reprise en main des nouveaux médias.

De plus en plus d’Etats envisagent ou se dotent de législations répressives et commencent à les appliquer. C’est le cas de la Jordanie, du Kazakhstan et de l’Irak. Les démocraties occidentales n’échappent pas à cette logique de régulation du Net. Au nom de la lutte contre la pédopornographie ou contre le vol de la propriété intellectuelle, des lois et décrets ont été adoptés ou sont en cours d’examen en Australie, en France, en Italie, en Grande-Bretagne notamment. Au niveau international, l’accord ACTA, destiné à lutter contre la contrefaçon, est négocié de manière confidentielle, sans consultation des ONG et de la société civile. Il pourrait instaurer des mesures potentiellement liberticides tel l’instauration d’un système de filtrage non soumis à une décision de justice.

Les pays scandinaves empruntent un chemin différent. En Finlande, le décret n°732/2009 fait de l’accès à Internet un droit fondamental pour tous les citoyens. En vertu de ce texte, chaque foyer devra bénéficier d’une connexion d’au moins 1 mégabit par seconde au 31 juillet 2010. D’ici 2015, elle devra être d’au moins 100 mégabit par seconde. De son côté, le Parlement islandais examine à l’heure actuelle une proposition de loi ambitieuse, "Icelandic Modern Media Initiative" (IMMI), destinée à protéger les libertés sur Internet, en garantissant la transparence et l’indépendance de l’information. Si elle est adoptée, l’Islande deviendrait un paradis cybernétique pour les blogueurs et les citoyens journalistes.

La riposte des internautes

La cyberguerre entre net-citoyens et autorités répressives repose sur l’efficacité des armes mises à la disposition de chacun : systèmes de filtrage et de surveillance de plus en plus performants contre cryptage des e-mails, proxies et outils de contournement de la censure de plus en plus sophistiqués (Tor, les VPN, Psiphon, UltraReach, etc.). Ces derniers sont développés grâce à la solidarité de net-citoyens du monde entier. Des milliers d’Iraniens utilisent par exemple des proxies destinés aux internautes chinois.

Les pressions internationales comptent aussi. Les intérêts géostratégiques des grandes puissances s’expriment aussi sur le Web. Les Etats-Unis ont érigé, en janvier 2010, la liberté d’expression sur Internet en priorité de leur politique étrangère. Reste à voir comment le pays va appliquer cette stratégie à ses relations extérieures et quelle sera la réaction des pays concernés.

Isolés, les internautes, les dissidents et les blogueurs sont vulnérables. Ils commencent donc à se regrouper, en associations ou au gré des combats qu’ils souhaitent mener. Ainsi sont nés une association des blogueurs russes ou une autre des Marocains, des groupes d’internautes bélarusses qui lancent des campagnes contre les décisions du gouvernement, d’autres de blogueurs égyptiens mobilisés contre la torture ou le coût de la vie, et encore des internautes chinois qui organisent des cybermouvements en faveur des manifestants iraniens sur Twitter. Que leurs causes soient nationales ou mondiales, les combats qu’ils mènent résonnent et décideront du visage de l’Internet de demain. La résistance s’organise.

Les Ennemis d’Internet 2010

La liste des ennemis d’Internet établie par Reporters sans frontières réunit, cette année encore, les pires violateurs de la liberté d’expression sur le Net : l’Arabie saoudite, la Birmanie, la Chine, la Corée du Nord, Cuba, l’Egypte, l’Iran, l’Ouzbékistan, la Syrie, la Tunisie, le Turkménistan, le Viêt-nam.

Parmi ces pays, certains décident d’empêcher à tout prix leurs citoyens d’avoir accès à Internet : la Birmanie, la Coree du Nord, Cuba et le Turkmenistan. Autant de pays où les obstacles techniques et financiers sont conjugués avec un contrôle d’Etat et l’existence d’un intranet très limité. Coupure d’Internet ou ralentissement majeur sont monnaie courante en périodes de troubles. L’Arabie saoudite et l’Ouzbékistan optent pour un filtrage massif et incitent leurs internautes à l’autocensure. La Chine, l’Egypte, la Tunisie et le Viet-nâm misent sur une stratégie de développement des infrastructures à des fins économiques mais contrôlent de près le contenu politique et social (les systèmes de filtrage chinois et tunisiens sont de plus en plus sophistiqués) et montrent une profonde intolérance vis-à-vis des voix critiques. La grave crise interne qui traverse l’Iran depuis des mois a pris dans ses filets les net-citoyens et les nouveaux médias, devenus, à leur tour, des ennemis du régime.

Parmi les pays “sous surveillance”, plusieurs démocraties. L’Australie, en raison de l’implantation prochaine d’un système poussé de filtrage du Net et la Corée du Sud où des lois trop sévères encadrent les internautes, en remettant en cause leur anonymat et en incitant à l’autocensure.

La Turquie et la Russie font leur entrée dans cette liste des “pays sous surveillance”. En Russie, suite au contrôle exercé par le Kremlin sur la majorité des médias, Internet est devenu l’espace d’échange d’informations le plus libre. Mais son indépendance est menacée par des arrestations et poursuites de blogueurs, ainsi que des blocages de sites “extrémistes” qui ne le sont pas toujours. La propagande du régime est de plus en plus présente sur la Toile. Il existe un vrai risque qu’Internet ne se transforme en outil de contrôle politique.

En Turquie, les sujet tabous tournent principalement autour d’Atatürk, de l’armée, de la question des minorités (kurde et arménienne notamment) et de la dignité de la Nation. A ce titre, plusieurs milliers de sites sont bloqués, dont YouTube, suscitant des protestations. Les blogueurs et internautes qui s’expriment librement sur ces sujets s’exposent à des représailles, notamment judiciaires.

D’autres pays, dont les Emirats arabes unis, le Bélarus et la Thaïlande, restent dans la liste des “pays sous surveillance”, mais devront réaliser des progrès pour ne pas basculer dans celle des “Ennemis d’Internet”. La Thaïlande, en raison des abus liés au crime de lèse-majesté, les Emirats à cause du renforcement du filtrage. Et le président bélarusse vient de signer un décret liberticide qui régule le Net, et qui entrera en vigueur à l’été, quelques mois avant les élections.

Lucie Morillon
Responsable du Bureau Nouveaux Médias

Jean-François Julliard
Secrétaire général

Voir les ennemis d’Internet et les pays sous surveillance : http://www.rsf.org/fr-ennemi36628-Arabie_Saoudite.html

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