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Pressions et représailles, dans l'ombre, à l'encontre des dissidents et de leurs familles

Pressions et représailles, dans l’ombre, à l’encontre des dissidents et de leurs familles

Publié le mardi 18 septembre 2012. Mis à jour le jeudi 24 avril 2014.
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Le 12 septembre 2012, le Cabinet du gouvernement a notifié un avis émis par le Premier ministre, Nguyen Tan Dung, ordonnant aux autorités d’appliquer des sanctions sévères à l’encontre des responsables de trois blogs jugés “calomnieux”.

Parallèlement, le 16 septembre 2012, la femme du blogueur Dieu Cay, Duong Thi Tan, la soeur de la blogueuse Ta Phong Tan, ainsi que le prêtre et citoyen journaliste, Anton Le Ngoc Thanh, ont été arrêtés par des agents de la police vietnamienne en civil, dans la ville de Bac Lieu (Sud). Ils ont été détenus plusieurs heures au motif qu’ils auraient causé, par leurs déplacements à pieds, un “accident de la circulation”.

Reporters sans frontières dénonce l’intensification de la répression menée par les autorités vietnamiennes, que l’on pensait à son paroxysme, et la pression exercée sur les familles de dissidents. L’organisation déplore une coercition à deux faces, constituée non seulement des représailles à l’encontre des dissidents eux-mêmes, mais aussi du harcèlement et des intimidations violentes, perpétrés dans l’ombre, à l’encontre des familles et soutiens de ces dissidents.

Les trois proches des blogueurs arrêtés le 16 septembre 2012 ont été relâchés dans la journée, non sans avoir subi des actes de violences par la police : la soeur de Ta Phong Tan a notamment été giflée et battue à plusieurs reprises. Lors de sa sortie, son visage était tuméfié et marqué par de nombreux hématomes.

Lorsque les trois personnes ont été relâchées, un comité de soutien les attendait devant le poste de police, protestant contre ces détentions illégales. Les manifestants ont également commémoré le 49ème jour après le décès de la mère de la blogueuse Ta Phong Tan, qui s’était immolée par le feu, désespérée quant à l’issue du procès de sa fille.

Guerre contre les blogs

Le Premier ministre pointe clairement du doigt trois blogs d’informations très populaires au Vietnam. Ils avaient révélé plusieurs scandales politico-financiers impliquant les différentes factions du Parti communiste vietnamien : Dan Lam Bao (“[les Citoyens journalistes]”), Quan Lam Bao (“Officiels travaillant comme journalistes”) et Bien Dong.

Le 11 septembre 2012, le gouvernement a interdit aux fonctionnaires du pays de les lire. Bien que leur lecture ne soit pas illégale, les pare-feu du gouvernement empêchent leur accès. Citant l’alinéa a) de l’article 88 du Code pénal vietnamien, le Premier ministre accuse ces blogs de “propagande contre l’Etat” pour avoir “fabriqué et déformé des informations, et créé de l’agitation contre le Parti communiste et l’Etat”.

Les trois blogueurs vietnamiens fondateurs du Club des Journalistes libres en septembre 2007, Ta Phong Tan, Phan Thanh Hai (Anhbasaigon) et Nguyen Van Hai (Dieu Cay), sont toujours poursuivis pour “propagande contre la République socialiste du Vietnam” (article 88 du Code pénal).

Après plusieurs reports, l’audience devrait se tenir le 24 septembre 2012. Ils risquent jusqu’à vingt ans de prison.

Deux autres blogueurs ont été condamnés sous le même chef d’inculpation. Dinh Dang Dinh, condamné le 8 août 2012, purge actuellement une peine de six ans d’emprisonnement. Le Thanh Tung, militant au sein du Bloc 8406, a lui été condamné, le 11 août 2012, à cinq ans d’emprisonnement.

Reporters sans frontières avait déjà dénoncé la répression de plus en plus intense, et les condamnations à la chaîne de la part des autorités vietnamiennes à l’encontre des médias, et en particulier des blogueurs.

Actuellement, au moins cinq journalistes et dix-neuf net-citoyens sont emprisonnés pour s’être exprimés librement, ce qui fait du pays la troisième prison du monde pour les blogueurs et cyberdissidents, après la Chine et l’Iran.

Le Vietnam figure à la 172e place sur 179 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2011/2012 établi par Reporters sans frontières. Le pays compte parmi les douze Etats que l’organisation désigne comme “Ennemis d’Internet” pour leur usage systématique de la cybercensure.

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