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Lourdes peines de prison pour trois blogueurs au terme d'un procès inique

Lourdes peines de prison pour trois blogueurs au terme d’un procès inique

Publié le lundi 24 septembre 2012. Mis à jour le jeudi 24 avril 2014.
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Le 24 septembre 2012, le tribunal populaire d’Ho Chi Minh Ville (sud du pays) a condamné, pour “propagande contre l’Etat”, le blogueur Nguyen Van Hai (Dieu Cay) à 12 ans d’emprisonnement suivis de 5 ans d’assignation à résidence, et la blogueuse Ta Phong Tan à 10 ans suivis de 5 ans d’assignation à résidence. Leur co-défenseur, le blogueur Phan Thanh Hai (Anh Ba Saigon), le seul à avoir plaidé coupable, a écopé de la peine la moins lourde, 4 ans de prison suivis de 3 ans d’assignation à résidence.

D’après l’Agence France-Presse, Dieu Cay a expliqué : ’Je n’ai jamais été contre l’Etat, j’étais juste frustré par l’injustice, la corruption, la dictature, qui ne représentent pas l’Etat mais seulement quelques individus’. ’Les citoyens ont le droit à la liberté d’expression’, a-t-il déclaré avant que le son de la retransmission, mise en place pour les journalistes et les diplomates dans une salle voisine, ne soit coupé.

Reporters sans frontières dénonce vivement ces condamnations sévères et injustes, qui interviennent au terme d’une parodie de procès, particulièrement expéditif et au cours duquel les droits de la défense n’ont pas été respectés. “Les autorités cherchent à marquer les esprits et inciter à l’auto-censure en faisant des exemples. Dieu Cay et Ta Phong Tan écopent de peines de prison particulièrement lourdes au regard de condamnations similaires prononcées ces derniers mois. Ces verdicts sont symptômatiques du crispement des autorités vietnamiennes, et d’un renforcement de la répression dans un contexte de divisions au sein du régime et d’affaires de corruption impliquant de hauts responsables, en particulier le Premier ministre. Des affaires révélées par des blogueurs et citoyens-journalistes décidément trop gênants,” a commenté Reporters sans frontières.

Un procès sous tension, des proches sous surveillance

L’organisation s’est dite scandalisée par le traitement réservée aux proches des accusés, victimes de pressions et de représailles depuis des mois, en conduisant certains à des actes de désespoirs. La mère de Ta Phong Tan s’était immolée par le feu, le 30 juillet dernier, désespérée devant l’issue du procès de sa fille.

Ce matin, quelques heures avant l’audience, la police et des forces de sécurités ont été mobilisées pour prévenir certaines personnes d’assister au procès, en particulier les proches de Dieu Cay. Ainsi, la fille du blogueur n’a pu sortir de chez elle. Son épouse, Duong Thi Tan, a été convoquée à 7 heures 30 du matin, aujourd’hui, au sujet de l’incident de Bac Lieu du 16 septembre dernier, où elle avait été arrêtée, avec la soeur de la blogueuse Ta Phong Tan, ainsi qu’un prêtre, le père et citoyen journaliste Anton Le Ngoc Thanh, pour avoir causé, par leurs déplacements à pieds, un “accident de la circulation”. Ne s’étant pas rendue à la convocation, elle a été embarquée de force, devant le tribunal, dans un fourgon de la sécurité publique, avec notamment des membres de la famille de Ta Phong Tan, Ta Khoi Phung et Ta Minh Tu, ainsi que plusieurs blogueurs.

À sa sortie du poste de police, à 13h55, avec son fils Nguyen Tri Dung, des civils, probablement des agents de la Sécurité publique, les ont agressé, tirant sur leurs vêtements jusqu’à arracher la chemise du jeune homme. Ils ont finalement pu rejoindre le tribunal, mais la police les a empêchés d’entrer.

Ce matin, des sympathisants munis de pancartes s’étaient réunis devant le tribunal, espérant pouvoir assister à l’audience. Parmi eux, le père Anton Le Ngoc Thanh et le poète Bui Chat. La police a contrôlé plusieurs manifestants, et les ont empêché de s’approcher du tribunal.

Des voix dissidentes devenues trop gênantes

Les trois blogueurs étaient poursuivis pour infraction à l’article 88 du Code pénal, sous un nouvel acte d’accusation du Procureur, en date du 19 juillet 2012, peu différent du précédent, servant à couvrir l’expiration du délai de détention avant un procès. Les charges s’appuient sur la publication d’articles sur le site “Free Journalists Club” ainsi que sur le matériel posté sur leurs propres blogs, dénonçant la corruption, les injustices, et critiquant la politique étrangère menée par le gouvernement.

Arrêté le 19 Avril 2008, Dieu Cay avait été condamné, le 10 septembre 2008, à deux ans et demi de prison pour “fraude fiscale” par un tribunal d’Hô Chi Minh-Ville. Les autorités vietnamiennes cherchaient en réalité à faire taire cette voix dissidente, qui avait publiquement dénoncé le parcours de la flamme olympique, et notamment son passage à Hô Chi Minh-ville en 2008, à l’occasion des JO de Pékin. Le blogueur était également étroitement surveillé depuis sa participation, début 2008, à des manifestations contre la politique chinoise dans les archipels des Paracels et Spratley.

Après avoir terminé, en octobre 2010, de purger sa peine, Dieu Cay avait été maintenu en détention. Sa nouvelle condamnation intervient alors que son procès a été repoussé à plusieurs reprises.

Phan Thanh Hai avait été interpellé en octobre 2010. Les policiers auraient justifié son arrestation par la “diffusion de fausses informations” sur son blog, où il traite notamment des disputes maritimes avec la Chine et de l’exploitation de mines de bauxite. Il y soutient également certains dissidents vietnamiens.

Ta Phong Tan dénonçait, sur son blog, la corruption et les injustices au Vietnam.

Le Vietnam fait partie de la liste des “Ennemis d’Internet” établie par Reporters sans frontières. Au moins dix-neuf net-citoyens sont actuellement emprisonnés pour s’être exprimés librement en ligne, ce qui fait du pays la deuxième prison du monde pour les blogueurs et cyberdissidents, après la Chine.

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