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Appel interjeté contre la détention préventive du rédacteur en chef de Sexto Poder : “Pourquoi la prison si le délit n'est même pas constitué ?”

Appel interjeté contre la détention préventive du rédacteur en chef de Sexto Poder : “Pourquoi la prison si le délit n’est même pas constitué ?”

Publié le mardi 20 septembre 2011.
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Les avocats de Leocenis García, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Sexto Poder, ont officiellement interjeté appel de la mesure de détention préventive dont fait l’objet leur client, en prison depuis le 30 août 2011. Le recours, déposé le 19 septembre devant le neuvième tribunal de contrôle, prend argument de l’absence d’adéquation entre les charges imputées aux journalistes et les faits pour lesquels il est poursuivi. Reporters sans frontières réitère en cette occasion son appel à la libération sans délai de Leocenis García, dans le collimateur de la justice depuis la publication d’une caricature controversée dans le journal qu’il dirige.

“Une détention préventive se justifie si la personne poursuivie représente un danger immédiat pour la société et risque de se soustraire à la justice. Or, Leocenis García s’est de lui-même livré aux autorités, le 30 août dernier. Cet argument justifie à lui seul sa libération. En outre, la procureur générale de la République, Luisa Ortega Díaz, qui figurait dans la caricature incriminée, a elle-même déclarée, le 13 septembre dernier, que l’enquête allait déterminer ‘s’il existe ou non un délit’. S’il est admis que le délit n’est même pas constitué, l’accusation ne repose plus sur aucune charge valable et la privation de liberté n’en est que plus absurde”, a déclaré Reporters sans frontières.

L’organisation estime disproportionnée la triple accusation d’“incitation à la haine”, d’“outrage à fonctionnaire” et d’“offense publique pour des raisons de genre” pesant sur Leocenis García pour une simple caricature dont il a lui-même reconnu le goût douteux. “Cette procédure est inutile. Son maintien la rendrait dangereuse, faute de base juridique solide, car elle traduirait alors la simple volonté de faire un exemple et de décourager certaines formes de critique publique”, a conclu Reporters sans frontières.


1.09.11 - La justice ne peut à la fois lever la censure contre Sexto Poder et maintenir en l’état les accusations contre ses directeurs

Leocenis García s’est livré comme promis à la justice, le 30 août 2011 à Maracaibo (Ouest), avant d’être aussitôt transféré dans les locaux du Service bolivarien de renseignement (Sebin) à Caracas. Le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Sexto Poder reste sous le coup d’une triple accusation d’“incitation à la haine”, d’“outrage à fonctionnaire” et d’“offense publique pour des raisons de genre”. Ces charges, qui concernent également la directrice de la revue, Dinorah Girón, font suite à la publication, le 20 août dernier, d’un photomontage tournant en dérision six femmes politiques issues de la majorité et occupant de hautes fonctions.

Reporters sans frontières plaide pour une révision, sinon pour l’abandon, des poursuites contre les deux représentants de Sexto Poder alors que la mesure de censure et de saisie infligée à la revue après cette publication a, par ailleurs, été levée. La justice doit se montrer à la fois cohérente et respectueuse des garanties constitutionnelles en matière de liberté d’expression.

“Cette caricature, fût-elle d’un goût douteux (cf. photo ci-dessous), ne constitue pas une ‘incitation à la haine’ ou un appel à la discrimination selon des critères sexuels. Une caricature, par nature outrancière, est de fait assumée par ses auteurs comme l’exagération d’un point de vue ou d’une opinion. C’est pourquoi les charges retenues contre Leocenis García et Dinorah Girón doivent être abandonnées ou révisées dans le cadre d’une procédure civile et non pénale. Après Dinorah Girón, détenue quarante-huit heures, Leocenis García doit être libéré sans délai. En quoi, d’ailleurs, les services de renseignement qui l’interrogent sont-ils concernés par ce dossier ?”, s’est interrogée Reporters sans frontières.

“La justice fait-elle preuve d’autant de célérité quand un média d’État se livre aux mêmes outrances ? Ou la loi s’applique indistinctement à tous les médias sur un délit de même nature, ou alors la justice n’obéit plus à la loi mais à l’idéologie. Les garanties posées par la Constitution de 1999 en matière de liberté d’expression se trouvent contredites par ceux-là mêmes qui ont promu et fait adopter la loi fondamentale. Alors qu’approchent les grandes échéances électorales de 2012, une condamnation des journalistes de Sexto Poder alimenterait un climat déjà lourd de tensions politiques. Elle risque également d’aggraver la controverse autour de la future loi de communication pour le pouvoir populaire, déposée à l’Assemblée nationale. Ce texte, dont nous avons reçu copie, confond hélas - dans son actuelle formulation - ‘communication alternative’ et ‘propagande d’État’ sans rien régler de l’équilibre du paysage médiatique”, a ajouté l’organisation.

Sous l’intitulé “Qui est qui ? Les femmes de Chávez au pouvoir”, la caricature de Sexto Poder faisait apparaître en tenue de danseuses de cabaret Luisa Estella Morales, présidente du Tribunal suprême de justice (TSJ) ; Luisa Ortega Díaz, procureure générale ; Gabriela Ramírez, Défenseure du peuple ; la haut fonctionnaire Adelina González ; Tibisay Lucena, présidente du Conseil national électoral ; et Blanca Eeckhout, vice-présidente du Parlement. Ce photomontage a donné lieu, le 21 août, aux poursuites contre les deux représentants de l’hebdomadaire, assorties d’une interdiction de publication et de distribution. La mesure de censure a finalement été levée une semaine plus tard. Dinorah Girón, détenue du 21 au 23 août, est à présent en liberté conditionnelle sous contrôle judiciaire, qui implique notamment pour elle l’interdiction d’évoquer en public la procédure en cours. En fuite au début de l’affaire, Leocenis García avait annoncé qu’il se présenterait à la justice.

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