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Affaire Gongadze : L'ancien président ukrainien ne sera pas jugé

Affaire Gongadze : L’ancien président ukrainien ne sera pas jugé

Publié le mercredi 14 décembre 2011. Mis à jour le jeudi 15 décembre 2011.
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Reporters sans frontières dénonce avec vigueur l’abandon des charges pesant contre l’ancien président ukrainien, Léonid Koutchma, dans l’enquête sur l’assassinat du journaliste Georgiy Gongadze.

« Il est extrêmement regrettable que M. Koutchma échappe aux poursuites pour une question de forme et non au terme d’un débat contradictoire. Cette issue laisse toutes les questions en suspens et ne contribue nullement à la manifestation de la vérité. L’enquête ne progressera pas en écartant d’un revers de la main les enregistrements qui ont toujours été au centre de l’affaire. Au vu des multiples irrégularités qui ont parsemé le dossier, ce verdict maintient un doute sérieux quant à l’impartialité de la justice ukrainienne », a déclaré l’organisation.

Suivant un arrêt prononcé en octobre par la Cour de cassation (voir ci-dessous), le tribunal Petcherski de Kiev a jugé le 13 décembre 2011 que les enregistrements audio incriminant l’ancien président n’étaient pas recevables, dans la mesure où ils avaient été collectés de façon illégale. Privées de fondement, les poursuites contre Léonid Koutchma ont donc été abandonnées.

Valentyna Telitchenko, l’avocate de la veuve du journaliste assassiné, a annoncé son intention d’interjeter appel. Le parquet général s’apprête à faire de même, d’après son porte-parole Youri Boïtchenko. Reporters sans frontières demande aux instances supérieures de casser le jugement du tribunal Petcherski et de réintégrer au dossier les enregistrements « Melnitchenko » (voir ci-dessous).

Dans un autre volet de l’affaire, le procès de l’ancien général de la police Olexi Poukatch, qui a reconnu sa participation directe dans l’assassinat, se poursuit à huis clos.


31.10.2011 - La cour rejette les enregistrements clandestins comme pièces à conviction contre l’ancien président Léonid Koutchma

Reporters sans frontières regrette la “décision irrévocable” de la cour constitutionnelle de ne pas verser au dossier la pièce qui désignerait Léonid Koutchma, président de l’Ukraine de 1994 à 2005, comme possible commanditaire du meurtre du journaliste Georgiy Gongadze.

Le 20 octobre 2011, la cour constitutionnelle a rejeté, à la demande des services secrets ukrainiens, les enregistrements clandestins effectués par Mykola Melnitchenko, l’ancien garde du corps de Léonid Koutchma et qui prouveraient l’implication de ce dernier dans le meurtre du journaliste, en raison de leur caractère illégal.

Le procureur général adjoint, Renat Kouzmin, a cependant déclaré que d’autres charges pesaient sur Koutchma et que l’affaire ne serait pas classée.

Le 22 mars 2011, le parquet avait ouvert une enquête contre Léonid Koutchma, à la suite du dépôt d’enregistrements effectués en cachette par son ancien garde du corps. La voix, qui ressemble à celle de l’ex-président, indiquait à son interlocuteur vouloir en finir avec le journaliste.


22.03.2011 - L’ex-président Koutchma enfin mis en cause dans l’affaire Gongadze

Reporters sans frontières salue l’ouverture par le parquet ukrainien d’une enquête criminelle visant l’ex-président Leonid Koutchma dans l’affaire de l’assassinat de Georgiy Gongadze. Pour la première fois, les enregistrements dits “Melnitchenko”, dans lesquels une voix ressemblant à celle de l’ancien président évoquait la nécessité d’en finir avec le journaliste d’opposition, font partie des pièces à charge retenues par le parquet.

Nous nous réjouissons qu’une personnalité de premier plan soit enfin mise en cause. La justice ne doit pas s’arrêter en si bon chemin, dans la mesure où les noms de plusieurs autres hauts fonctionnaires ont été mentionnés autour des enregistrements “Melnitchenko”. L’ouverture de cette enquête témoignerait-elle enfin d’une réelle volonté de faire la lumière sur la mort de Georgiy Gongadze en septembre 2000 ? Nous l’espérons.

Mais nous avons toutes les raisons de rester circonspects dans une affaire judiciaire qui depuis dix ans a souffert de multiples contradictions. Le 3 mars encore, la justice a écarté dans un volet séparé la thèse du “meurtre commandité”, au profit d’une qualification qui ne mettait en cause qu’un haut fonctionnaire décédé. Ces observations nous obligent à la plus grande prudence, et cette décision ne peut suffire à lever nos doutes sur l’indépendance de la justice.

Reporters sans frontières suivra les prochains événements avec la plus grande attention. Il est hors de question que cette nouvelle investigation aboutisse une fois de plus à une impasse, ou soit menée précipitamment dans le seul but de disculper les anciens responsables politiques.

Mardi 22 mars 2011, le procureur général adjoint Renat Kouzmin a confirmé que Leonid Koutchma était mis en examen pour ”abus de pouvoir” et ”ordres illégaux à des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur, qui auraient abouti au meurtre du journaliste”. L’ex-président est interdit de sortie du territoire ukrainien jusqu’à la clôture de l’enquête.

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