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A l'approche des élections parlementaires, recul de la liberté de la presse

A l’approche des élections parlementaires, recul de la liberté de la presse

Publié le lundi 23 juillet 2012.
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A près de trois mois de la tenue des élections parlementaires, le 28 octobre 2012, Reporters sans frontières s’alarme de la détérioration progressive de la liberté de la presse et condamne une série d’incidents survenus durant les mois de juin et juillet 2012.

“A trois mois du scrutin nous sommes particulièrement préoccupés de l’évolution de la liberté de l’information dans le pays. Les mois de juin et de juillet sont alarmants. Nous sommes inquiets des conditions de travail des journalistes et pour l’avenir du pluralisme dans l’audiovisuel. Les médias indépendants sont soumis à toute sorte de pressions et sont constamment intimidés, violentés ou poursuivis en justice. Cette situation est inacceptable de la part d’un pays censé prendre la présidence de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) en 2013. Nous demandons à ce que les autorités mettent tout en oeuvre pour garantir et protéger la liberté de la presse à l’approche de cette échéance électorale cruciale”, a déclaré Reporters sans frontières.

Le cas de TVi  : mise en danger du pluralisme

Le 12 juillet 2012, des agents de la police fiscale ont effectué une descente dans les locaux de la chaîne de télévision privée TVi. Lors du raid, la chaîne a interrompu ses programmes pour diffuser en direct les images des agents inspectant l’ensemble de ses documents financiers.

Le directeur général de la chaîne, Mykola Knyazhitsky, est accusé d’avoir détourné plus de 3 millions de hryvnias (environ 305 000 euros) pour non-paiement de TVA. Une enquête a été ouverte contre lui pour “évasion fiscale” en vertu de l’article 212 du code pénal. Mykola Knyazhitsky a contesté cette accusation en déclarant avoir toujours payé ses impôts et effectué ses déclarations auprès des services fiscaux de Kiev.

Cela fait plusieurs années que la chaîne rencontre des difficultés liées à son statut de média indépendant. En 2010 déjà, TVi s’était vu retirer sa fréquence suite à un procès entamé par la société de télédiffusion Inter Media Group (lien CP).

TVi, détenue par un ancien actionnaire de la compagnie pétrolière Yukos, Konstantin Kagalovsky, reste la seule et unique concurrente de la chaîne pro-gouvernementale Pershyi Natsionalnyi. Elle risque aujourd’hui la fermeture.

Pour connaître le détail, lire .

Plainte contre LB.ua, un précédent pour l’Internet ukrainien

Quelques jours plus tard, le 18 juin, une plainte a été déposée au pénal par le député Volodymyr Landryk contre la rédactrice en chef du site d’information LB.ua, Ksenia Vasylenko, et contre ses collègues Oleg Bazar et Maxim Levin.

Ils sont accusés d’avoir porté atteinte à sa vie privée en prenant une photo de lui au Parlement, en train de rédiger des SMS personnels concernant son fils, en novembre 2011. A l’époque, le journal avait accusé Volodymyr Landyk d’avoir convaincu des journalistes de la chaîne Luhansk, ainsi que des chargés de communication de redorer l’image de son fils, alors fortement entâchée par un scandal. Un article avec ladite photo avait été publié sur le site internet LB.ua, avec pour titre “Le député vient au secours de son fils avec l’aide de “spin doctors” et de commentaires “positifs” sur des sites Internet” (The lawmaker rescues his son with help of spin doctors and “right” comments on websites”).

Les journalistes ont pris connaissance de la plainte le 27 juin 2012. En vertu de l’article 163 du code pénal, qui concerne la “violation du secret de correspondance”, ces derniers risquent trois à sept ans de prison.

Le 30 juillet prochain devrait se tenir une session extraordinaire du groupe inter-ministériel pour la liberté d’expression en Ukraine. A cette occasion, seront regroupés, autour du Président de la République, plusieurs organisations de journalistes, avocats et organisations internationales, afin de porter l’attention sur le cas des trois journalistes.

Cet incident intervient dans un contexte marqué par le durcissement des autorités à l’égard des médias. Outre ces deux cas de pressions économiques et judiciaires, le ministre de l’Intérieur Anatoliy Zakharchenko, et le chargé d’administration de Kiev, Oleksander Mazurhchak, ont déclaré publiquement leur intention de renforcer l’étau contre la liberté de la presse.

Le 28 juin 2012, Anatoliy Zakharchenko a en effet affirmé qu’il allait mettre en place une initiative qui permettrait au gouvernement de “réguler” l’accès des citoyens à Internet. A ce jour, Internet reste le seul média du paysage médiatique ukrainien qui ne soit pas soumis à un dispositif de surveillance important. Outre cette initiative alarmante, le chargé d’administration de Kiev Oleksander Mazhurhchak s’est, quant à lui, montré menaçant envers les médias de masse lorsqu’il a déclaré le même jour qu’il attaquerait en justice les médias qui diffuseraient des informations biaisées sur la préparation de l’Euro 2012 à Kiev.

Affaire Crimea : les journalistes pro-gouvernementaux, également touchés

La journaliste Alla Petrova, qui travaille pour la radio pro-gouvernementale Crimea, a présenté sa démission le 13 juillet 2012, suite à un certain nombre de pressions dont elle faisait l’objet. Son départ définitif a été provoqué par l’annulation, par le comité de rédaction, de son émission en langue ukrainienne, “Dva Kolyory” (Deux couleurs), dans laquelle elle prévoyait de commenter, le 13 juillet au soir, un mouvement de protestation survenu dans la région de Crimée (sud du pays).

Le mouvement de contestation, organisé le 7 juillet, avait rassemblé une centaine de participants qui souhaitaient protester contre l’adoption d’une loi introduisant le russe comme deuxième langue officielle.

Alla Petrova a fait savoir que son programme avait été annulé pour cause de “non-validation de script” et pour “mauvaise qualité des enregistrements”. Pour la journaliste, il s’agit d’un acte de censure de la part de la direction, qui l’a accusée de promouvoir “l’agressivité” et de vouloir afficher un “parti pris politique”.

Un incident similaire s’était déjà produit au début du mois de juin, lorsque la direction avait annulé l’émission “Haberler”, préparée par la section de la radio localisée en Crimée. La direction avait justifié cette décision par le fait que les nouvelles relatées dans l’émission ne mentionnaient pas les activités du Président.

Stephan Hulevatyi, le directeur de la radio, a affirmé qu’il avait bien reçu la démission d’Alla Petrova et qu’il allait l’examiner.

Des journalistes constamment harcelés

Tout au long des mois de juin et juillet, plusieurs journalistes ont été empêchés d’exercer leurs fonctions et se sont exposés à des comportements hostiles. Certains se sont fait confisquer ou casser leur matériel, d’autres ont été violentés alors qu’ils couvraient des événements, d’autres encore ont été victimes d’actes d’intimidation.

Le 9 juin, le journaliste et blogger Pavlo Kolesnyk a été malmené alors qu’il réalisait une série d’entretiens dans la ville de Donetsk (est du pays). Il a été approché par un inconnu qui, après une brève altercation verbale, a tenté de s’emparer de son appareil photo. Le journaliste était venu interviewer des activistes militant pour la préservation d’un square, menacé par la construction d’un lieu saint. Pavlo Kolesnyk a, par la suite, fait une déclaration à la police.

Quelques jours plus tard, le 13 juin, un cameraman de la chaîne de télévision régionale de Crimée ATR, a été agressé par un inconnu qui a donné plusieurs coups dans sa caméra alors qu’il filmait une action de soutien à “la Marche des millions”, mouvement de contestation contre les fraudes électorales en Russie. Un officier est intervenu en sa faveur.

Une semaine plus tard, les employés de la police fiscale de Donetsk ont violemment attaqué un journaliste, Maxim Kasyanov, alors qu’il réalisait une vidéo de la voiture du chef de l’administration de la région de Donetsk, Andryi Shyshtskiy.

Enfin, le 14 juillet, un groupe d’activistes et de journalistes de l’hebdomadaire Perets Volynskiy ont été attaqués par six inconnus alors qu’ils distribuaient des tractes contre le leader politique local qui présente sa candidature aux prochaines élections législatives. Ils ont tenté à plusieurs reprises de casser leur caméra et ont endommagé leurs dictaphones.

En outre, des journalistes ont été directement harcelés du fait de leur travail sur les attentats de Dnepropetrovsk. Cette série d’explosions, survenue le 27 avril dernier, ayant fait des dizaines de victimes, semble être devenue un nouveau motif d’harcèlement et de persécution des journalistes qui s’intéressent d’un peu trop près au sujet.

Le 22 juin, Olena Prytula, la rédactrice en chef du journal en ligne Ukrayinska Pravda, connu comme étant l’un des plus populaires et critiques du pays, s’est plainte du harcèlement dont faisaient l’objet ses collaborateurs. Elle a déclaré que les journalistes qui avaient tenté de rentrer en contact avec les proches des “terroristes” de Dnepropetrovsk étaient harcelés par les agents du SBU (service de sécurité d’Ukraine).

Un journaliste, dont l’identité est préservée pour garantir sa sécurité, serait particulièrement visé. Il serait à l’heure actuelle surveillé et mis sur écoute. Ce journaliste connaît trois des quatre personnes détenues par le SBU, principaux suspects des attentats. Suite à leur arrestation, le 1er juin, il était rentré en contact avec leurs proches, leur promettant de rendre public les détails de l’affaire.

Il s’est rendu plusieurs fois à Dnepropetrovsk pour son enquête. Le 20 juin, il a été interpellé par deux agents du SBU qui l’ont interrogé au commissariat et ont fouillé ses affaires personnelles. Ils lui ont par ailleurs montré des vidéos et des documents censés attester de la culpabilité des détenus. Le lendemain, alors qu’il rencontrait des amis près de la station de Dnepropetrovsk, un homme s’est approché du groupe et les a photographiés à plusieurs reprises.

Une note positive ?

Parmi cette série d’incidents, Reporters sans frontières souhaiterait toutefois saluer les premières avancées de l’enquête visant à identifier le meurtrier du journaliste Vassyl Klymentiev, disparu depuis le 11 août 2010. Le 21 juin dernier, les policiers chargés de l’enquête ont identifié comme principal suspect dans le meurtre prémédité du journaliste, Andryi Kozar, ancien employé du département de lutte contre le crime organisé. Ce dernier aurait été le dernier à avoir vu Vassyl Klymentiev vivant et fait l’objet aujourd’hui d’un mandat d’arrêt international.

Andryi Kozar est accusé, en vertu des sections 8 et 12 du code pénal, de “meurtre d’un individu en rapport avec ses fonctions officielles”, “meurtre réalisé suite à un arrangement préalable avec un groupe de personnes” et en vertu du deuxième alinéa de l’article 115 sur le “meurtre prémédité”.

L’Ukraine figure à la 116eplace sur 179 pays du classement de la liberté de la presse 2011-2012 établi par Reporters sans frontières.

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