Reporters sans frontières

Attentat à Ankara : une journaliste dans un état grave, déclarations inacceptables du Premier ministre

Attentat à Ankara : une journaliste dans un état grave, déclarations inacceptables du Premier ministre

Publié le vendredi 1er février 2013. Mis à jour le samedi 2 février 2013.
Version imprimable de cet article Imprimerenvoyer l'article par mail envoyer English

Reporters sans frontières exprime toute sa sympathie et ses vœux de prompt rétablissement à la journaliste Didem Tuncay, grièvement blessée lors d’un attentat suicide perpétré le 1er février 2013 devant l’ambassade des Etats-Unis à Ankara (capitale). Un homme a fait exploser la charge qu’il portait sur lui à l’entrée des visiteurs vers 13h30, tuant au moins un agent de sécurité et blessant l’ancienne reporter de la chaîne d’information en continu NTV.

L’ambassadeur américain, Francis Ricciardone, a affirmé que la journaliste se trouvait à l’ambassade pour prendre un thé avec lui. NTV a fait savoir que son ancienne collaboratrice avait rapidement été transférée à l’hôpital Numune d’Ankara, où son état restait critique malgré des améliorations. Didem Tuncay se trouve à l’unité de soins intensifs, où les examens se poursuivent. D’après les premières informations, ses organes vitaux ne seraient pas atteints, mais la journaliste aurait été blessée au cou, à l’œil et à l’oreille.

« Toutes nos pensées vont à Didem Tuncay et à ses proches, ainsi qu’à la famille de l’autre victime de cet attentat. Nous savons que la journaliste livre actuellement un combat difficile, dont nous espérons de tout cœur que l’issue sera positive », a déclaré Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières.

« Nous saluons l’action rapide des services de police et nous attendons avec impatience les résultats définitifs de l’enquête. Nous sommes cependant extrêmement choqués par la tentative du premier ministre Recep Tayyip Erdogan d’utiliser ce crime odieux pour justifier l’emprisonnement de dizaines de professionnels des médias accusés de ‘terrorisme’. La lutte antiterroriste est évidemment un combat nécessaire et légitime. Mais se saisir de cette occasion pour en justifier les abus, alors même qu’une journaliste figure parmi les victimes, est d’un cynisme intolérable. »

Sur la base de rapports de police, les médias turcs ont affirmé que le militant à l’origine de l’attaque avait été identifié comme Ecevit Sanli, membre de l’organisation d’extrême gauche illégale « Parti / Front révolutionnaire pour la libération du peuple » (DHKP/C). Dans un discours consécutif à l’attentat, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a déclaré que le kamikaze avait été identifié grâce à un grain de beauté au visage. Ce résultat doit encore être confirmé par des tests ADN.

M. Erdogan s’en est ensuite pris, une fois de plus, à ceux qui défendent les journalistes emprisonnés en Turquie, dont beaucoup sont accusés de collusion avec des mouvements terroristes : « Une part considérable des journalistes emprisonnés, comme l’a précisé à maintes reprises le ministère de la Justice, appartiennent au DHKP/C. Certains sont en détention [provisoire], d’autres sont condamnés. Si le militant qui s’est fait exploser aujourd’hui avait disposé d’une carte de presse, ils l’auraient qualifié de professionnel des médias. Ils se le seraient approprié en disant : ‘voilà où en est arrivé le journaliste’ », a-t-il déclaré.

« Si la Turquie est aujourd’hui tristement connue comme la plus grande prison du monde pour les journalistes, c’est parce que le nécessaire combat contre le terrorisme n’y est pas livré dans le respect des libertés publiques. Des dizaines de journalistes, comme d’autres citoyens, croupissent en prison depuis des mois voire des années sans avoir été jugés, sur le fondement d’accusations mal étayées. Pour lutter contre le fléau terroriste, la Turquie n’a pas besoin de boucs émissaires. Elle a besoin de forces de l’ordre efficaces et agissant dans le respect de l’Etat de droit. Elle a besoin que les autorités mènent jusqu’au bout la réforme de la législation antiterroriste qu’elles ont entreprise, afin de mieux définir son champ d’application et d’en limiter les interprétations abusives », a déclaré Reporters sans frontières.

D’après nos informations, sur près de quatre-vingt journalistes et collaborateurs de médias emprisonnés, neuf sont incarcérés dans le cadre d’une enquête sur le DHKP/C. Six d’entre eux ont été arrêtés en janvier 2013 en même temps que quatorze avocats.

Malgré un paysage médiatique pluraliste et vivace, la Turquie pointe à la 154e place sur 179 pays dans le classement 2013 de la liberté de la presse, publié cette semaine par Reporters sans frontières.

(Photo : Adem Altan / AFP)

CLASSEMENT MONDIAL

ENNEMIS D'INTERNET

FICHES PAYS

close
Contact | Les actions de Reporters sans frontières | Mentions légales | CGU | La boutique | Les albums