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Le correspondant de RFE/RL remis en liberté

Le correspondant de RFE/RL remis en liberté

Publié le jeudi 27 octobre 2011. Mis à jour le jeudi 7 février 2013.
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Dovletmyrat Yazguliev a bénéficié d’une grâce présidentielle et a été remis en liberté le 26 octobre 2011.


05.10.2011 - Le correspondant de RFE/RL condamné à 5 ans de prison

« Nous sommes consternés et sous le choc. Le destin de Dovletmyrat Yazguliev s’est joué en seulement quelques heures et en violation de toutes les procédures judiciaires normales. Il est encore trop tôt pour savoir avec certitude si avocats et journalistes étaient présents à l’audience aujourd’hui, ou si l’accès leur en était interdit comme la veille. Quoi qu’il en soit, dans cette parodie de procès, les juges viennent malheureusement de faire la preuve que l’arbitraire règne toujours en maître au Turkménistan. Cette réalité contraste singulièrement avec les promesses de démocratisation faites encore hier par le président Gourbangouly Berdymoukhammedov », a déclaré Reporters sans frontières.

Dovletmyrat Yazguliev, correspondant du service turkmène de Radio Free Europe/ Radio Liberty, a été condamné aujourd’hui à 5 ans de prison par le tribunal de Kahka (province d’Akhal), au terme d’un procès ouvert la veille (voir ci-dessous). Il dispose maintenant de dix jours pour interjeter appel auprès du tribunal régional. Reporters sans frontières demande à ce dernier de casser la condamnation et d’ordonner la libération du journaliste.


05.10.2011 - Un correspondant de RFE/RL en procès

Reporters sans frontières fait part de sa grande inquiétude pour le correspondant du service turkmène de Radio Free Europe/ Radio Liberty (RFE/RL), Dovletmyrat Yazguliev (Довлетмурад Язгулиев), dont le procès s’est ouvert hier à Achkhabat (capitale).

« Au Turkménistan, une procédure judiciaire est loin d’être quelque chose d’anodin pour un journaliste indépendant. La criminalisation de la profession, le manque absolu d’indépendance de la justice et les terribles conditions de détention font craindre le pire. Sous un prétexte absurde, il ne fait aucun doute que les autorités sont en train de faire payer à M. Yazguliev sa liberté de ton, à la fois pour le service turkmène de RFE/RL, Radio Azatlyk, et dans ses blogs ».

Dovletmyrat Yazguliev a notamment été l’un des premiers à couvrir l’explosion meurtrière d’un dépôt d’armes à Abadan, dans la banlieue d’Achkhabat, le 7 juillet 2011. Malgré les dénégations des autorités, la nouvelle de l’accident s’est rapidement répandue grâce à des vidéos amateur et des témoignages de net-citoyens. Mais la répression n’a pas tardé à s’abattre sur les blogueurs et journalistes, ainsi que sur les simples habitants de la ville : interpellations, perquisitions, saisies de téléphones et de matériel informatique, menaces, convocations par les services de sécurité… Le 14 juillet, M. Yazguliev a été convoqué au poste de police de la petite ville d’Annau, où il réside. Un officier du ministère de la Sécurité nationale l’a averti de « possibles conséquences judiciaires » s’il ne cessait pas de « diffuser de l’information diffamatoire » et de se livrer à la « provocation ».

« C’est un correspondant qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui aborde régulièrement des problèmes aussi sensibles que la situation des droits de l’homme ou la corruption », a déclaré à Reporters sans frontières la directrice de Radio Azatlyk, Oguljamal Yazlieva. « Ses dernières enquêtes étaient consacrées à des cas de torture et de violences policières, dont il avait rassemblé des témoignages dans sa région natale ».

Arrêté le 27 septembre 2011, le journaliste a été placé en détention au centre pénitentiaire de Yashlyk, non loin de la capitale, Achkhabat. Il est accusé d’avoir « incité au suicide » sa belle-sœur, sur le fondement de l’article 106.2 du Code pénal qui prévoit des peines allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. La belle-sœur du journaliste a tenté de mettre fin à ses jours le 17 septembre. Des membres de sa famille ont expliqué à Radio Azatlyk avoir mis en cause Dovletmyrat Yazguliev sous la contrainte, avant de se rétracter en réalisant les conséquences concrètes de leur geste. Ils ont tenté de retirer leur plainte le 27 septembre, sans succès. La première audience, dont la presse a été tenue à l’écart, s’est ouverte hier soir après un délai inexpliqué. Le journaliste n’avait pas d’avocat.

« Ce n’est pas la première fois que les autorités exploitent des problèmes familiaux pour faire pression sur des journalistes », poursuit Oguljama Yazlieva. « C’est même un moyen habituel : c’est sous ce prétexte qu’Amangelen Chapoudakov avait été enfermé en hôpital psychiatrique, en mars, pour nous avoir accordé une interview ».

Le placement immédiat en détention de Dovletmyrat Yazguliev accrédite l’idée d’un procès politique. Les collaborateurs de Radio Azatlyk sont régulièrement pris pour cible dans ce pays, figurant parmi les plus fermés au monde. Parmi eux, Ogoulsapar Mouradova est morte en détention, sous la torture, en septembre 2006. Deux autres journalistes, Annakourban Amanklytchev et Sapardourdy Khadjiyev, purgent actuellement une peine de 8 ans de prison pour avoir aidé à la réalisation d‘un reportage pour l’émission « Envoyé spécial ».

« Le début de ce procès, le jour même du coup d’envoi officiel de la campagne pour l’élection présidentielle du 12 février 2012, augure très mal de la ‘démocratisation’ promise par le régime. Une élection juste est inenvisageable sans presse libre et sans justice indépendante », a rappelé Reporters sans frontières.

Le Turkménistan est classé 176e sur 178 dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse publié par l’organisation.

(Photo : Radio Azatlyk)

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