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Réélection programmée du président turkmène : « Longue vie au parti unique ! »

Réélection programmée du président turkmène : « Longue vie au parti unique ! »

Publié le samedi 11 février 2012. Mis à jour le vendredi 10 février 2012.
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Reporters sans frontières félicite par avance le président Gourbangouly Berdymoukhammedov pour sa réélection, demain, avec 90% des suffrages.

« Ce triomphe matérialise toute la reconnaissance du peuple turkmène pour son leader incontesté, et l’aboutissement des réformes démocratiques promises. Les électeurs, conviés à la troisième élection présidentielle en vingt ans, ont résolument marqué leur opposition au concept fallacieux d’ ‘alternance’. Longue vie au parti unique ! », a déclaré l’organisation.

Reporters sans frontières profite de cette occasion pour présenter ses excuses à l’ensemble du peuple turkmène pour avoir commis l’erreur de classer le Turkménistan 177e sur 179 dans son dernier classement mondial de la liberté de la presse.


Voici à quoi pourrait ressembler la Une d’un journal turkmène, à la veille de la « réélection » programmée du dictateur turkmène, Gourbangouly Berdymoukhammedov, dimanche 12 février 2012.

S’il cultive un discours réformateur depuis son accession au pouvoir en décembre 2006, rien n’a réellement changé dans l’un des pays les plus répressifs et les plus fermés de la planète.

Au moment même où une répression féroce s’abattait sur ceux qui avaient réussi à faire connaître au monde l’explosion meurtrière d’un dépôt d’armes en banlieue de la capitale, M. Berdymoukhammedov s’est engagé à instaurer le pluralisme et à tenir des élections libres, une première pour ce régime totalitaire. Officiellement, le système du parti unique a bien été supprimé, mais aucun mouvement d’opposition n’a été autorisé pour autant. Les opposants en exil ne se sont pas risqués à rentrer au pays. Face au président sortant, sept autres candidatures ont donc été « suscitées » parmi des officiels de province inconnus du grand public. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a d’ores et déjà annoncé qu’elle n’observerait pas le scrutin, dont les conditions sont jugées absolument insatisfaisantes.

Après avoir mis fin aux aspects les plus excentriques du règne de son prédécesseur Saparmourad Niazov, M. Berdymoukhammedov a intensifié son propre culte de la personnalité. Si les jours et les mois ne sont plus nommés d’après les membres de la famille du défunt « Turkmenbachi (Père des Turkmènes), le nouveau président se fait désormais officiellement appeler « Arkadag » (Protecteur). Son portrait souriant tend à remplacer partout celui de son prédécesseur, ses livres sont en tête de vente et le 8 février 2012, une unité militaire et un musée ont été rebaptisés à la gloire de son père, pour avoir élevé un fils « infiniment fidèle au peuple ». Plusieurs sources indiquent que Gourbangouly Berdymoukhammedov se serait attelé à la rédaction d’un nouveau « livre saint » pour remplacer le Rukhnama, recueil des préceptes du défunt dictateur dont l’enseignement est obligatoire à tous les niveaux de la scolarité.

L’exercice du journalisme indépendant, dans ce contexte, est impensable. Tous les médias sont directement contrôlés par l’Etat, qui les utilise comme des relais de propagande et punit sévèrement tout écart de la ligne officielle. Seule une poignée de médias basés à l’étranger, dont Radio Azatlyk (le service local de RFE/RL), Khronika Turkmenistana, Gündogar ou Fergananews diffusent une information non censurée. Encore sont-ils inaccessibles à l’immense majorité des Turkmènes, qui n’ont accès qu’à un Intranet totalement expurgé, le « Turkmenet ».

Pour les journalistes indépendants présents sur place dans la clandestinité, les risques sont extrêmes. Au moins deux journalistes, Sapardourdy Khadjiev et Annakurban Amanklytchev, croupissent depuis plus de cinq ans dans une prison proche de Turkmenbachi (zone désertique à l’ouest du pays). Des mauvais traitements sont très vraisemblablement à l’origine de la mort de leur collègue Ogoulsapar Mouradova en septembre 2006. En octobre 2011, le correspondant de Radio Azatlyk, Dovletmyrat Yazguliev, a été condamné à cinq ans d’emprisonnement dans une affaire montée de toutes pièces, avant d’être gracié quelques semaines plus tard. Son tort était d’avoir couvert l’explosion du dépôt d’armes d’Abadan, en juillet 2011, qui avait fait de nombreuses victimes civiles.

Cet événement a d’ailleurs révélé l’état des forces en présence dans la bataille de l’information au sein des nouveaux médias. Les images enregistrées par de simples citoyens sur leurs téléphones mobiles sont parvenues à briser la censure imposée par les autorités. Mais celles-ci ont prouvé qu’elles étaient prêtes à réagir. Outre Dovletmyrat Yazguliev, plusieurs net-citoyens et blogueurs auraient été arrêtés. Peu après l’explosion, le site Khroniki Turkmenistana, qui avait relayé l’information et diffusé les images, a été hacké. L’identité des contributeurs et commentateurs a été publiée en lieu et place du site, les données des abonnés auraient été piratées.

Il reste fort à faire à Gourbangouly Berdymoukhammedov s’il veut réellement donner corps à ses discours démocratiques. L’ouverture du paysage médiatique et la libération immédiate de tous les journalistes et défenseurs des droits de l’homme détenus, constituent des préalables indispensables à toute évolution du régime. La communauté internationale, qui lorgne sur les impressionnantes ressources gazières turkmènes, doit le rappeler en toute occasion.

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