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Le directeur général du groupe Dar Essabah percute un journaliste : l'urgence d'une enquête

Le directeur général du groupe Dar Essabah percute un journaliste : l’urgence d’une enquête

Publié le vendredi 14 septembre 2012.
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Reporters sans frontières demande l’ouverture immédiate d’une enquête après l’accident causé par le directeur général du groupe Dar Essabah, Lotfi Touati dont a été victime l’un de ses journalistes, Khalil Hannachi. Cet accident a eu lieu le 13 septembre 2012, devant le siège du groupe, au nord de Tunis alors qu’un groupe de journalistes s’était rassemblé devant les locaux pour demander la démission du DG.

D’après les témoins oculaires contactés par l’organisation, il était midi quand Lotfi Touati a démarré son véhicule alors que Khalil Hannachi se tenait devant. Il l’a percuté, le traînant, agrippé au capot, sur plusieurs centaines de mètres avant de l’éjecter en freinant brutalement. Le journaliste a été conduit à l’hôpital dans un état critique. Les médecins jugent son état stationnaire mais souhaitent le garder en observation. Après avoir renversé le journaliste, Lotfi Touati s’est rendu aux autorités et a porté plainte contre Khalil Hannachi, l’accusant de s’être volontairement jeté sur la voiture afin de nuire à sa réputation et le contraindre à démissionner. Le DG est ressorti libre.

“Nous condamnons avec force l’accident dont Khalil Hannachi a été la cible. Rien ne peut justifier le comportement inacceptable de Lotfi Touati, a déclaré Christophe Deloire, Directeur général de Reporters sans frontières. Il est urgent que le procureur de la République ouvre une enquête pour mettre en évidence les circonstances de ce drame. Dans un Etat de droit, des comportements d’une telle gravité ne peuvent pas être tolérés. Les autorités judiciaires doivent sanctionner les exactions commises contre les journalistes en menant une enquête approfondie et en sanctionnant les responsables.”

L’accident du 13 septembre, d’une violence et d’une gravité extrêmes, s’inscrit dans un contexte particulièrement conflictuel qui oppose le DG du groupe Dar Essabah à son équipe. En effet, celle-ci proteste depuis le 21 août dernier contre sa nomination à la tête du groupe par le premier ministère, et les conséquences engendrées par cette décision sur la ligne éditoriale du journal. Quelques minutes avant l’incident, Lotfi Touati avait proposé à Noureddine Achour, rédacteur en chef de Essabah Hebdo, au poste de rédacteur en chef sans consulter l’équipe rédactionnelle. Suite à cette proposition de nomination non concertée, des journalistes en colère se sont rassemblés devant le siège du journal, demandant la démission du DG, le conspuant lors de sa sortie des bureaux aux cris de ‘Dégage ! Dégage’, comme cela a déjà été le cas au cours des dernières semaines.

Cette ingérence de la nouvelle direction dans la ligne éditoriale du journal s’est déjà manifestée à plusieurs reprises. Le 27 août, moins d’une semaine après sa prise de fonctions, Lotfi Touati avait écarté l’un des trois rédacteurs du quotidien Essabah, Jamel Eddine Bourigua, et publié la liste des personnes habilitées à rédiger les éditoriaux. Le 29 août, il avait été jusqu’à faire bloquer, par les forces de sécurité, le convoi destiné à transporter 15 000 exemplaires de son propre quotidien, où figurait, en page 3, une liste de revendications des journalistes... page qui a été remplacée par une page de publicité. La vague d’indignation suscitée par sa nomination a débouché sur une journée de grève, le 11 septembre, à l’initiative des journalistes.

Reporters sans frontières tient à rappeler son attachement à l’indépendance des médias publics et à la transparence dans le processus de nomination de leurs responsables. L’organisation déplore la mainmise des autorités sur les médias publics au lieu de contribuer à garantir leur indépendance et la gravité des dérapages que des décisions non concertées ont engendrés. La création d’une instance indépendante chargée de garantir l’indépendance et le pluralisme des médias publics, capable d’y arbitrer les conflits et d’enrayer les crises, apparaît plus que jamais impérative et urgente.

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