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Le procès de Tribune d'Afrique reporté, le journal toujours empêché de paraître

Le procès de Tribune d’Afrique reporté, le journal toujours empêché de paraître

Publié le jeudi 10 février 2011.
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Le procès en appel du bimensuel Tribune d’Afrique s’est ouvert, à Lomé, le 10 février 2011, mais a été immédiatement ajourné. Prétextant un manque de temps pour préparer leur dossier, les avocats de Mey Gnassingbé, demi-frère du chef de l’Etat, chargé de mission à la présidence togolaise, et auteur d’une plainte en diffamation contre le journal, ont demandé et obtenu le report de l’audience au 14 avril prochain.

"Nous dénonçons les manœuvres dilatoires des avocats de Mey Gnassingbé, destinées uniquement à gagner du temps. Entre-temps, le journal reste toujours suspendu", ont déclaré Reporters sans frontières et le réseau Avocats sans frontières, qui apportent un appui moral et juridique à Tribune d’Afrique.

Les deux organisations demandent que la suspension de Tribune d’Afrique soit provisoirement levée en attendant la tenue effective de la prochaine audience, dans deux mois.


09-02-2011- Appel à la levée de la suspension du magazine régional Tribune d’Afrique

Le 10 février 2011, se tiendra, à Lomé, la première audience dans le cadre de l’appel interjeté par le bimensuel régional Tribune d’Afrique, frappé d’une suspension définitive au Togo et condamné, fin août 2010, au paiement de 66 millions de francs CFA (environ 100 000 euros) d’amende et de dommages et intérêts. Le journal est mis en cause pour avoir évoqué l’implication présumée de Mey Gnassingbé, demi-frère du chef de l’Etat et chargé de mission à la présidence togolaise, dans un trafic de drogue.

Reporters sans frontières et le réseau Avocats Sans Frontières demandent à la justice togolaise de lever plusieurs sanctions frappant le journal. Outre un soutien moral, les deux organisations apportent à Tribune d’Afrique un appui juridique.

"Si Mey Gnassingbé s’estime diffamé, il est normal qu’il puisse poursuivre Tribune d’Afrique et demander le paiement de dommages et intérêts. Mais nous sommes choqués que le ministère public ait en outre demandé la suspension définitive du magazine. Nous dénonçons cette surenchère et craignons qu’il s’agisse d’un règlement de compte dont le seul but serait de faire disparaître un journal qui dérange", a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières.

"Le Code togolais de la communication et de la presse prévoit un maximum d’un million de francs CFA d’amende pour les délits de presse. Or, les autorités demandent au magazine, pour le délit supposé de ’diffamation’, le versement de six millions de francs CFA. De même, la condamnation de David Cudjoe Amekudzi est abusive car celui-ci n’est ni l’auteur de l’article incriminé, ni le rédacteur en chef du journal, ni son directeur de publication. Il n’est que le représentant du magazine à Lomé, ce qui devrait le garder de toute condamnation dans cette affaire", a ajouté François Cantier, président d’Avocats Sans Frontières France.

A l’audience du 10 février 2011, Maître Jil-Benoît Kossi Afangbedji assurera la défense de Tribune d’Afrique, qui sera représenté par Aurel Kedote, directeur de publication, David Cudjoe Amekudzi, directeur d’édition et représentant du magazine au Togo, et Max Savi Carmel, éditeur du magazine.

Le 25 août 2010, Tribune d’Afrique avait été condamné à payer 60 millions de francs CFA (plus de 90 000 euros) d’indemnités à Mey Gnassingbé pour un article intitulé "Trafics de drogues au sommet de l’Etat, le Togo dans les réseaux, Mey Gnassingbé indexé". Le journal a été interdit de distribution et de mise en vente sur le territoire togolais et prié de payer, en outre, six millions de francs CFA pour "diffusion de fausses nouvelles" et "diffamation".

Après avoir fait appel de cette décision, Tribune d’Afrique a pu continuer de paraître. Mais mi-septembre, après la publication de deux numéros qui avaient continué de déranger le pouvoir, le journal a appris que son appel n’était plus suspensif et que sa suspension était donc immédiatement effective.

La condamnation de Tribune d’Afrique est intervenue dans un contexte où les poursuites contre les organes de presse écrite étaient nombreuses au Togo. Reporters sans frontières avait alors écrit au président de la République, Faure Gnassingbé, en septembre dernier, pour dénoncer un "usage abusif d’actions légales engagées contre les médias". Toutes les autres poursuites avaient été abandonnées à la fin de l’été, et seul Tribune d’Afrique était resté touché par une mesure de suspension.

Le journal, perçu comme hostile au pouvoir, est dans le collimateur des autorités togolaises depuis plusieurs années. En août 2009, le magazine avait publié un reportage exclusif sur le palais de week-end du président de la République, situé à Agou, à une centaine de kilomètres de Lomé. La Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) avait alors intimé l’ordre aux responsables du magazine de "cesser de s’acharner contre le Togo". Depuis, le journal a été convoqué une vingtaine de fois par cette institution sans que rien ne soit finalement retenu contre lui.

Le magazine est distribué dans sept des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Togo et, de façon irrégulière, le Sénégal.

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