Reporters sans frontières

Un journaliste australien interpellé et menacé d’expulsion

Publié le lundi 10 mai 2004. Mis à jour le jeudi 22 avril 2010.
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14.05.2004

Le 14 mai, une cour de Dili a confirmé la libération de Julian King malgré la demande du procureur de le renvoyer un mois de plus en prison pour les besoins de l’enquête. Le journaliste devra se présenter deux fois par semaine à un commissariat de Dili. Julian King a affirmé à Reporters sans frontières que des témoins ont vu un policier sortir de sa poche des munitions pour les placer dans la chambre du journaliste. Les plus hautes autorités, notamment le ministre des Affaires étrangères, Ramos Horta, continuent à accuser Julian King de "subversion". Le 14 mai, lors d’une conférence de presse, la police a présenté des boîtes de munition, un détecteur d’engins explosifs et des documents classifiés qui auraient été saisis au domicile du journaliste australien. "Le matériel retrouvé dans la maison, après une perquisition autorisée par un juge, ne correspond pas aux activités d’un journaliste. Julian King n’est ni un journaliste, ni un enquêteur comme il le prétend", a affirmé Ramos Horta. Celui-ci a également accusé Reporters sans frontières de "mensonges" pour avoir défendu Julian King.


Le journaliste australien indépendant Julian King est menacé d’expulsion et de poursuites judiciaires après avoir été détenu pendant deux jours à Dili. Il. Il s’agit de la première atteinte majeure à la liberté de la presse depuis l’indépendance du Timor Leste en 2002.

Reporters sans frontières est très préoccupée par l’interpellation de ce journaliste d’investigation. "C’est une vraie déception pour notre organisation de voir le Premier ministre d’un pays cité depuis plusieurs années comme un modèle de respect de la liberté de la presse en Asie accuser un journaliste étranger d’être un émeutier et un déstabilisateur." Reporters sans frontières a adressé une lettre au président de la République, Xanana Gusmao, pour lui demander d’intervenir en faveur du journaliste et d’appeler son Premier ministre au respect de la liberté de la presse.

Le 6 mai 2004, Julian King, journaliste indépendant, a été interpellé par des policiers à proximité de son domicile de Dili. Il a été placé en détention au commissariat central de la capitale pendant deux jours. La police a affirmé avoir retrouvé des munitions chez lui. Lors de la perquisition, elle a saisi des documents, notamment des rapports des Nations unies sur la corruption au Timor Leste. Accusé dans un premier temps de ne pas posséder un titre de séjour en règle, le journaliste a ensuite été menacé de poursuites pour "détention d’armes" et "subversion". Le Premier ministre Mari Alkatiri est intervenu à plusieurs reprises pour mettre en cause la moralité du reporter. "Il abuse de notre tolérance, il n’est pas un journaliste, et il a ses intérêts personnels pour déstabiliser les institutions de l’Etat." Le chef du gouvernement a également reproché à Julian King d’avoir participé à l’incendie de son domicile lors des émeutes de décembre 2002.

Julian King, ancien correspondant de l’agence Reuters et collaborateur régulier de chaînes de télévision australiennes, a démenti toutes ces accusations : "Je ne possède pas de munitions chez moi et je n’ai aucune intention de déstabiliser le gouvernement." Julian King, âgé de 43 ans, travaille au Timor Leste depuis quatre ans. Il a longtemps milité pour l’indépendance du pays.

Selon plusieurs témoignages recueillis par Reporters sans frontières, l’arrestation de Julian King et les accusations très graves portées contre lui par le Premier ministre seraient liées à ses enquêtes sur les négociations avec l’Australie pour le partage des eaux territoriales de la mer du Timor. L’accord "Timor Gap" permet à l’Australie d’exploiter une part importante des réserves en gaz et en pétrole qui se trouvent dans cette zone. Au Timor Leste, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer cet accord qui aurait été entaché par la corruption. Le président Xanana Gusmao a lui-même affirmé que l’existence du Timor Leste était "menacée" par ce contrat.

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