Reporters sans frontières

Le gouvernement harcèle le quotidien Suara Timor Lorosae

Publié le jeudi 3 mars 2005.
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Depuis plusieurs semaines, le Premier ministre Mari Alkatiri harcèle le quotidien privé Suara Timor Lorosae. Le gouvernement a imposé le boycott du journal, a cessé de lui acheter de l’espace publicitaire, a interdit l’accès des journalistes du quotidien aux conférences de presse officielles et tente d’expulser la rédaction de ses bureaux. Le président Xanana Gusmao a proposé sa médiation.

Reporters sans frontières est très préoccupée par l’attitude du gouvernement du Timor Leste qui tente de mettre au pas un titre de la presse indépendante. "Le boycott et les menaces à l’encontre des publications privées sont des méthodes indignes de la part d’un gouvernement démocratique. Nous vous prions de bien vouloir faire cesser toutes les restrictions imposées au Suara Timor Lorosae", a écrit l’organisation dans une lettre au Premier ministre Mari Alkatiri.

Le 23 février 2005, le Premier ministre a imposé pour une durée indéterminée un boycott du quotidien Suara Timor Lorosae. Les membres du gouvernement et les fonctionnaires ont reçu l’ordre de refuser tout contact avec les journalistes du quotidien, de ne pas l’acheter et de ne pas le lire. Les conférences de presse officielles seront également interdites aux reporters du Suara Timor Lorosae.

Mari Alkatiri aurait également incité la population à ne plus acheter le quotidien. L’agence de presse portugaise Lusa a rapporté les justifications du chef du gouvernement concernant ce boycott : "Nous avons le droit de maintenir des relations avec la presse sérieuse et indépendante, mais pas avec des propagandistes sans objectivité."

Le 3 février, le Département de la terre et de la propriété a ordonné à la direction du Suara Timor Lorosae de quitter dans les soixante jours le bâtiment qu’il occupe à Dili depuis 1993. "Un délai impossible à tenir", précise Domingos Saldanha, directeur adjoint du journal, qui se demande pourquoi le gouvernement veut récupérer ce bâtiment alors qu’il "existe plein d’immeubles vides dans la capitale." D’autant plus que le quotidien avait proposé un accord, suite à une première menace d’expulsion datant de septembre 2003, qui prévoyait le versement d’un loyer à l’Etat. Selon Domingos Saldanha, Sergio Viera de Mello, ancien représentant des Nations unies au Timor, l’avait incité à reconstruire le bâtiment après qu’il avait été dévasté par des miliciens proindonésiens en 1999. Le quotidien avait recommencé à paraître, neuf mois plus tard, en juin 2000, et le président Xanana Gusmao avait même participé à l’inauguration des locaux, reconstruits grâce à l’aide internationale.

Ce harcèlement à l’encontre du plus ancien et du plus populaire quotidien du Timor Leste serait notamment dû à la publication d’un article sur la mort de 53 personnes dans le district de Ainaro en raison de la famine. Le journal citait un officiel local. Le gouvernement de Dili a nié l’existence de ces victimes de la faim. Domingos Saldanha a affirmé que le Premier ministre l’avait appelé au téléphone pour lui reprocher ces "mensonges".

Deux mois auparavant, Mari Alkatiri avait menacé la direction du journal suite à la publication de déclarations d’un député du Parti social-démocrate qui critiquait l’envoi d’une aide aux victimes du tsunami.

Domingos Saldanha affirme qu’il s’agit d’atteintes à la liberté de la presse : "Un Premier ministre ne devrait pas téléphoner aux journaux pour manifester son mécontentement comme le fait Mari Alkatiri". Le journaliste a néanmoins été reçu par le président Xanana Gusmao qui s’est proposé comme médiateur.

De son côté, le président du Parlement, Francisco Guterres, est apparu en une de l’édition du 1er mars du Suara Timor Lorosae aux côtés de deux journalistes du quotidien. Il a déclaré qu’il était contraire à la Constitution de boycotter un journal.

La direction du Suara Timor Lorosae explique en partie ces tensions par des quiproquos linguistiques. "Les articles qui ont posé problèmes ces derniers temps ont été publiés en indonésien. Le Premier ministre ne parle pas cette langue et doit avoir un mauvais traducteur", a expliqué Domingos Saldanha dont le journal est publié en quatre langues : tetun, indonésien, portugais et anglais.

Ce boycott a des conséquences économiques importantes sur Suara Timor Lorosae, qui tire à 1 500 exemplaires. La direction estime les pertes mensuelles à plus de 1 500 euros. Domingos Saldanha affirme néanmoins qu’il ne cédera pas "aux pressions, d’où qu’elles viennent".

Ces pressions interviennent alors que différentes voix se font entendre pour dénoncer la mauvaise gouvernance du pays. L’évêque de Dili, Dom Alberto Ricardo da Silva, a récemment affirmé que le pays était confronté à la corruption et au manque de transparence, et le Prix Nobel de la paix, Carlos Ximenes Belo, s’est inquiété publiquement du problème de la famine.

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