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Reporters sans frontières rappelle l'importance de l'indépendance des médias publics

Reporters sans frontières rappelle l’importance de l’indépendance des médias publics

Publié le vendredi 1er octobre 2010.
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Suite à l’éviction, le 19 septembre 2010, de Sylvia Feng de la présidence du conseil d’administration du groupe Public Television Service (PTS), Reporters sans frontières rappelle au gouvernement ses engagements en faveur de l’indépendance des médias publics. Le mandat de Sylvia Feng a été écourté comme celui de son adjoint, Chung Yu-yuan, suite à un vote intervenu en vertu de l’article 26 du Public Television Act. Son remplaçant, Chen Sheng-fu, a justifié son départ en raison de conflits récurrents avec des membres du conseil d’administration, des employés de PTS et le gouvernement sur la réforme du groupe.

Reporters sans frontières tient à réaffirmer qu’un gouvernement démocratique s’honore de protéger l’indépendance des médias publics. C’est une condition sine qua non pour garantir un système politique pluraliste et permettre à tous les partis politiques et les composantes de la société de se faire entendre.

C’est la force d’un gouvernement respectueux de la règle de droit que de garantir la liberté éditoriale des radios et des télévisons publiques, acceptant ainsi d’être parfois critiqué par des journalistes payés par l’Etat. Beaucoup de gouvernements de pays démocratiques ont la tentation de placer des proches à la tête des médias publics, comme nous avons pu l’observer récemment en France, en Italie ou en Corée du Sud, afin d’influencer le contenu de l’information.

Mais cette tentation est contraire à l’esprit d’équité et à la nécessité de contre-pouvoir qui rend possible un traitement indépendant de l’information. Ces médias sont en effet un service public, financés par l’impôt, et non des organes de presse au service du Président ou du parti au pouvoir.

Dans l’affaire de PTS, Reporters sans frontières juge troublant que le bras de fer à la tête du groupe se solde par la victoire des partisans du parti au pouvoir, le Kuomintang. Rien pour l’instant ne permet d’affirmer que ces changements à la tête de PTS auront un impact sur le contenu rédactionnel. Mais nous serons très vigilants.

Nous appelons le président Ma Ying-jeou à s’assurer que l’indépendance éditoriale de PTS soit garantie. Suite à une première protestation de Reporters sans frontières en 2008 sur ce même sujet, notre organisation avait reçu l’assurance des autorités que la défense de l’indépendance des médias publics constituait une de leurs priorités.

Lors d’une conférence de presse tenue le 28 septembre à Taipei, Sylvia Feng a dénoncé l’illégalité de son licenciement et a exprimé son inquiétude quant à l’influence grandissante du gouvernement actuel sur les médias. Elle a dénoncé l’ingérence de l’Office d’information du gouvernement dans la couverture de certains événements.

Suite à une demande d’explication formulée auprès des autorités de Taipei, Reporters sans frontières a reçu une réponse de l’Office d’information du gouvernement dont voici l’un des extraits :

A propos du renvoi de la directrice générale de la Fondation pour le service de télévision publique Madame Sylvia FENG

Au cours de sa conférence de presse du 28 septembre à Taipei, l’ex-directrice générale de la Fondation pour le service de télévision publique (en anglais Public Television Service Foundation) Madame Sylvia FENG a déclaré que la décision prise par le Conseil d’administration de la fondation de la renvoyer était le signe que le gouvernement déniait aux media leur indépendance, leur autonomie et leur professionnalisme. L’Office d’Information du Gouvernement déclare que l’esprit de la loi sur la télévision publique est bien de protéger la neutralité et l’objectivité des media, et que ses dispositions ont pour principe de réduire au minimum les interventions de l’administration en respectant notamment l’indépendance de son Conseil d’administration. L’Office d’Information du Gouvernement, dans le respect des principes de la loi sur la télévision publique, ne s’est jamais départi de sa position qui consiste à respecter son esprit d’indépendance et d’autonomie. Il n’est jamais intervenu dans les questions de personnel, de choix de programme ou de leur contenu. Les déclarations de Madame FENG ne sont pas conformes à la réalité.

Depuis le début de l’année, le service de télévision publique a réuni son Conseil d’administration avec seulement sept membres sur vingt-et-un. A six reprises consécutives, le Conseil d’administration s’est ainsi réuni de manière non conforme à la loi sur la télévision publique et aux statuts du service de télévision publique. Les dates des réunions n’ont pas été communiquées aux membres qui avaient des avis différents, ce qui a empêché l’expression pluraliste des opinions. Cela est néfaste aux intérêts et à l’image de la télévision publique, et oriente « l’indépendance et l’autonomie » des media publics.

L’Office d’Information du Gouvernement est l’organisme de régulation des media publics et il protège l’intérêt général. Il a porté l’affaire devant les tribunaux qui ont jugé en toute indépendance que le fonctionnement du service de télévision publique était contraire à la loi.

Selon les articles 22 et 23 de la loi sur la télévision publique, le directeur général du service de télévision publique est proposé par le président du Conseil d’administration qui doit donner son accord. Et c’est sous la direction et le contrôle du Conseil d’administration que le directeur général mène les affaires du service de télévision publique. Et l’article 26 précise que, dans le cas d’un manquement du directeur général ou du directeur général adjoint, le Conseil d’administration peut décider de les renvoyer. Dans la mesure où le Conseil d’administration du service de télévision publique procède légalement à un changement de personnel à la tête du service, l’Office d’Information du Gouvernement n’a pas à intervenir.

Concernant l’évocation répétée de Madame FENG de son opposition à demande de l’Office d’Information du Gouvernement de parler de concert avec la station de radio Radio Taiwan International et l’agence de presse Central News Agency sur la façon de traiter le sujet des Floralies internationales de Taipei 2010, cette affaire est présentée de manière partiale par Madame FENG. L’Office d’Information du Gouvernement déclare clairement qu’il ne fait que se conformer à la demande faite au mois d’avril de cette année par le Yuan de contrôle d’évaluer les possibilités de réunir les compétences des trois media publics pour réaliser des économies. Dans ce but, plusieurs réunions de réflexion ont déjà été organisées avec des représentants des trois media. L’Office d’Information du Gouvernement souligne qu’il ne fait que se conformer à la demande du Yuan de contrôle d’étudier les possibilités d’établir des plateformes de coopération entre les trois media. Son action n’avait pas d’autre but, et si la Fondation pour le service de télévision publique n’a pas souhaité participer à ces réunions, l’Office d’Information du Gouvernement a respecté cette décision et n’est pas intervenu à ce sujet.

Le gouvernement défend en permanence l’indépendance, l’autonomie, l’objectivité et l’impartialité des media publics et il respecte les droits du Conseil d’administration du service de télévision publique conformément à la loi sur la télévision publique.

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