Reporters sans frontières

Un correspondant de la BBC détenu à Khoudjand

Un correspondant de la BBC détenu à Khoudjand

Publié le vendredi 17 juin 2011. Mis à jour le vendredi 14 octobre 2011.
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Reporters sans frontières a appris avec une grande inquiétude l’arrestation d’Ourinboï Ousmonov, correspondant du service ouzbek de la BBC au Tadjikistan. Actuellement détenu au centre de détention du GSNB (ex-KGB) de Khoudjand (Nord-Ouest), le journaliste est accusé d’appartenir au Hizb-ut-Tahrir, un mouvement islamiste non-violent interdit dans tous les pays de la région.

« Nous demandons à la justice tadjike de clarifier la situation du journaliste et de produire des preuves de ce qu’elle avance. Jusqu’à présent, dans cette affaire, ce sont les forces de l’ordre qui se sont comportées de façon illégale », a déclaré l’organisation.

Sans nouvelles d’Ourinboï Ousmonov depuis lundi 13 juin au soir, ses proches se sont lancés à sa recherche, avant d’avoir la surprise de le voir arriver à la maison encadré d’officiers des services de sécurité le lendemain. Ceux-ci ont fouillé les lieux et annoncé que le journaliste était arrêté. D’après des membres de la famille, il aurait présenté des signes de mauvais traitements.

Depuis lors, il a été privé de son droit de voir son avocate, Fayziniso Vokhidova. D’après celle-ci, le procureur lui a fait savoir que son client refusait ses services. Or, un tel refus n’est recevable que par une déclaration écrite et en présence d’un avocat. Le journaliste n’a pas non plus eu le droit de voir ses proches.

Khayroullo Oubaydoullaev, responsable du service ouzbek de la BBC, a précisé à Reporters sans frontières qu’« Ourinboï Ousmonov souffre de diabète. Outre un avocat, il est indispensable qu’il ait accès à son traitement médical ».

Le ministère de l’Intérieur a annoncé que le journaliste aurait adhéré en 2009 au Hizb-ut-Tahrir, dont il aurait fait la « promotion » dans ses articles et sur les réseaux sociaux. Cependant, dans un communiqué, BBC World a déclaré qu’elle n’avait aucune raison de croire à cette version des faits. Elle a précisé qu’Ourinboï Ousmonov couvrait les procès de militants du Hizb-ut-Tahrir à la demande de la rédaction.

Alicher Sidikov, directeur du service ouzbek de Radio Free Europe/ Radio Liberty (RFE/RL) et ancien collègue du journaliste arrêté, a confirmé à Reporters sans frontières que celui-ci couvrait particulièrement ce thème et d’autres sujets sensibles, tels que les problèmes frontaliers, le projet de barrage très controversé de Rogun qui est à la source de fortes tensions entre le Tadjikistan et l’Ouzbékistan… « Ourinboï Ousmonov n’a rien d’un extrémiste, et ses articles ne sont jamais biaisés. Mais il est toujours très critique vis-à-vis des autorités tadjikes et ouzbèkes. C’est une personne très indépendante, et je le vois mal accepter de se soumettre à la discipline d’un mouvement clandestin. Par ailleurs, il est aussi le président de la section ouzbèke de l’Union des écrivains tadjiks. Une organisation clandestine n’accepterait jamais parmi ses membres un représentant d’une instance officielle. Pour toutes ces raisons, Ourinboï Ousmanov serait la dernière personne que je soupçonnerais de faire partie de cette organisation ».

« Il n’y a guère de doutes que le journaliste a été arrêté du fait de ses activités professionnelles, a déclaré Reporters sans frontières. La répression des voix dissidentes au nom de la lutte contre l’extrémisme est devenue une habitude au Tadjikistan. Faute d’éléments plus tangibles, les autorités doivent relâcher Ourinboï Ousmonov immédiatement et sans conditions ».

« Même si à notre connaissance rien n’a été saisi au domicile du journaliste, nous mettons en garde les forces de l’ordre qui pourraient être tentées de criminaliser la simple détention de tracts du Hizb-ut-Tahrir. De telles dérives sont courantes dans les pays de la région, et elles avaient justifié des accusations scandaleuses contre le journaliste de RFE/RL Alicher Saipov, assassiné en 2007 au Kirghizstan. Les personnes qui ont reçu des tracts ne doivent pas être confondus avec les militants qui les distribuent, et la prise de connaissance de ces communiqués fait partie intégrante du travail d’un journaliste ».

Médias indépendants et milieux religieux ont récemment fait les frais du durcissement de la répression par le régime autocratique du président Rahmon. Alors que les affrontements se sont intensifiés dans la vallée de Racht à l’automne dernier, de nombreux médias ont été accusés de « complicité avec les terroristes » pour avoir simplement abordé le sujet. 150 militants du Hizb-ut-Tahrir ont été arrêtés l’an dernier. Charifjon Yokoubov, présenté comme le dirigeant du mouvement dans la région de Sughd (Nord-Ouest) aurait été arrêté le 14 juin.

D’après certains contacts de Reporters sans frontières, l’arrestation d’Ourinboï Ousmonov pourrait aussi être une mesure d’intimidation à l’égard de la communauté ouzbèke du Tadjikistan. Celle-ci est en effet de plus en plus prise en otage dans le différend diplomatique entre Douchanbé et Tachkent.

(Photo : BBC Uzbek Service)

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