Reporters sans frontières

Nouveau verdict en demi-teinte pour un journaliste tadjik

Nouveau verdict en demi-teinte pour un journaliste tadjik

Publié le jeudi 8 décembre 2011.
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Reporters sans frontières est soulagée par la dispense de peine prononcée en faveur du journaliste Makhmadyusuf Ismoïlov (Махмадюсуф Исмоилов), mais exige à nouveau la révision de son jugement et la pleine reconnaissance de son innocence.

Le 7 décembre 2011, le tribunal régional de Sughd a confirmé en appel la décision du tribunal municipal de Tabochar (Nord-Ouest), qui avait reconnu le journaliste coupable de « diffamation », d’« insulte » et d’« incitation à la haine » (voir ci-dessous). En revanche, en vertu d’une récente loi d’amnistie, le journaliste a été dispensé de l’exécution des peines prononcées en première instance : une amende de 35 000 somoni (environ 5400€) et l’interdiction d’exercer une activité journalistique pendant 3 ans.

« Nous sommes heureux que la pression exercée sur Makhmadyusuf Ismoïlov se relâche enfin quelque peu, mais nous déplorons une fois de plus l’hypocrisie de la justice dans cette affaire. Comme dans le cas d’Ourinboï Ousmonov (voir ci-dessous), elle cherche à sauver la face. Mais cela ne fera pas oublier que le journaliste a passé onze mois en détention provisoire du fait de ses investigations. Nous soutenons totalement la démarche de ses avocats, qui s’apprêtent à interjeter appel auprès des juridictions supérieures pour demander la reconnaissance de l’innocence de leur client », a déclaré l’organisation.


01.12.2011 Condamnation du correspondant de la BBC : la justice persiste et signe

Reporters sans frontières dénonce la condamnation en appel du journaliste Ourinboï Ousmonov (Урунбой Усмонов), prononcée le 30 novembre 2011 par la Cour suprême de la république du Tadjikistan. « En persistant dans son verdict absurde, la justice vient à nouveau de faire la preuve de son manque d’impartialité. Le principal effet de cette décision est d’intimider les journalistes qui souhaiteraient couvrir les activités du Hizb-ut Tahrir et la politique antireligieuse des autorités tadjikes. Mais ce n’est pas en imposant le black-out que le pouvoir se débarrassera du problème. Nous appelons la justice à saisir la dernière chance qui s’offre à elle de reconnaître l’innocence du correspondant de la BBC et de laisser la presse faire son travail », a déclaré l’organisation.

Le 30 novembre 2011, la Cour suprême de la république du Tadjikistan a confirmé en appel la condamnation d’Ourinboï Ousmonov (voir ci-dessous). Le 14 octobre, le tribunal régional de Sughd l’avait reconnu coupable de contacts avec le parti islamiste interdit Hizb-ut Tahrir, et l’avait condamné à trois ans de prison. Néanmoins, devant la campagne internationale de protestation soulevée par cette affaire, Ourinboï Ousmonov avait aussitôt été amnistié et remis en liberté. Le journaliste couvrait les procès de membres du Hizb-ut Tahrir à la demande de sa rédaction.

L’avocate d’Ourinboï Ousmonov, Faïziniso Vokhidova, a expliqué à Reporters sans frontières qu’il restait encore une possibilité de recours en interne : « Dès réception de la décision [d’hier], nous allons faire appel auprès du Présidium de la Cour suprême. Celui-ci est composé des plus hautes instances judiciaires, telles que le président de la Cour suprême et le procureur général. Il a le pouvoir, en instance de contrôle, de casser les décisions du collège de la Cour suprême. Mais cela peut prendre du temps, car aucun délai n’est prévu par la loi. Si le Présidium confirme à nouveau [la condamnation d’Ourinboï Ousmonov], nous sommes déterminés à porter l’affaire auprès des instances internationales. »

Un autre journaliste, condamné le même jour qu’Ourinboï Ousmonov par un tribunal municipal, a également interjeté appel. Makhmadyusuf Ismoïlov (Махмадюсуф Исмоилов), correspondant des journaux Nuri Zindagi et Istiklol, a passé près d’un an en détention provisoire pour ses investigations sur des allégations de corruption au sein des autorités locales. Relâché au terme de son procès le 14 octobre, il a toutefois été condamné à une amende de 35 000 somoni (environ 5400€) et à une interdiction d’exercer son métier pendant trois ans (voir ci-dessous). Reporters sans frontières demande au tribunal régional de Sughd de reconnaître son innocence au plus vite.


14.10.2011 - Deux journalistes indépendants en liberté mais condamnés

« Nous sommes soulagés de voir enfin remis en liberté Makhmadyusuf Ismoïlov, qui était maintenu en isolement depuis près d’un an sans aucun égard pour son état de santé, a déclaré Reporters sans frontières. Mais sa condamnation, tout comme celle d’Ourinboï Ousmonov, est inacceptable. Les deux journalistes ont déjà payé bien assez cher leur indépendance à l’égard des autorités. Ils auraient dû être innocentés et même compensés pour le dommage subi. Nous soutenons pleinement leur décision d’interjeter appel. »

Le 14 octobre 2011 a vu le dénouement simultané, à Khoudjand (Nord-Ouest), de deux procès de journalistes que l’organisation a suivi avec attention. Makhmadyusuf Ismoïlov, correspondant des journaux Nuri Zindagi et Istiklol, était poursuivi pour ses investigations sur des allégations de corruption au sein des autorités locales. En détention provisoire depuis novembre 2010, il a été innocenté du chef d’accusation de « malversation » mais reconnu coupable de « diffamation », d’« insulte » et d’« incitation à la haine ». Relâché, il a cependant été condamné à une amende de 35 000 somoni (environ 5400€) et à une interdiction d’exercer son métier pendant trois ans.

Ourinboï Ousmonov, correspondant du service en langue ouzbek de la BBC, était poursuivi pour des contacts avec le parti interdit « Hizb-ut Tahrir ». Il suivait les procès de membres de cette organisation à la demande de sa rédaction. Torturé et détenu pendant un mois cet été, il n’avait été relâché que sous une forte pression internationale. Condamné aujourd’hui à trois ans de prison, il a aussitôt été « amnistié » et remis en liberté.

« Les pression des organisations de défense de la liberté de la presse, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, ont eu des résultats. Mais les peines prononcées à l’encontre de Makhmadyusuf Ismoïlov et d’Ourinboï Ousmonov restent lourdes et constituent un signe d’intimidation à l’égard de tous les journalistes du pays. Ce jugement hypocrite ne prouve malheureusement pas l’indépendance d’une justice qui s’est contentée de sauver la face », a conclu l’organisation.

Le Tadjikistan est placé à la 115e place sur 178 dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Mais sur fond de « lutte contre le terrorisme » et de crise économique, la situation des médias dans ce pays se dégrade rapidement.


Lire les précédents communiqués de Reporters sans frontières à ce sujet :

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