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Pays sous surveillance

Libye

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Population : 6 324 357
Internautes : 323 000
Salaire mensuel moyen : 200 dollars
Nombre de net-citoyens emprisonnés : indéterminé

Alors que la Libye est au bord de la guerre civile, le colonel Mouammar Kadhafi a lancé une violente offensive contre le Web. Les médias traditionnels sont depuis longtemps sous sa coupe. Les autorités cherchent à instaurer un black-out total de l’information pour étouffer la révolte et la répression qu’elle entraîne.

Depuis 2010, un recul des progrès amorcés en 2007

Le régime avait amorcé une ouverture dans le domaine des libertés fondamentales en 2007. Il a depuis fait marche arrière. Oea et Quryana, les premiers journaux privés lancés il y a quatre ans par la société Al-Ghad de Seif Al-Islam Kadhafi, le fils de Mouammar Kadhafi, ont été fermés.

Le 24 janvier 2010, des sites d’informations indépendants basés à l’étranger comme Libya Al-Youm, Al-Manara, Jeel Libya, Akhbar Libya, Libya Al-Mustakbal, Libya Watanna ont été rendus inaccessibles en Libye. YouTube est bloqué suite à la publication en ligne de vidéos des manifestations, dans la ville de Benghazi, de familles de prisonniers tués dans la prison de Abu Salim en 1996 et d’images de membres de la famille de Mouammar Kadhafi au cours de soirées, selon l’organisation Human Rights Watch.

Ces derniers mois, les autorités ont traqué les journalistes critiquant le régime, particulièrement lorsque la contestation s’est amplifiée sur le Net : en juillet 2010, deux journalistes ont été arrêtés pour avoir dénoncé des actes de corruption administrative et financière. Atef Al-Atrash et Khalid Mohair participaient à des sites d’information en ligne. Le même jour, Mohamed Suraiti était interrogé par le procureur de Benghazi pour avoir révélé, notamment sur Al-Jazeera online, une affaire de harcèlement sexuel dans la maison de soins de la ville.

Etouffer la contestation à tout prix

Dès le début des révoltes en Tunisie, puis en Egypte, le colonel Kadhafi a pris la mesure de la situation et conscience des risques de propagation de la révolte, même s’il a adopté un discours de déni. Les appels aux manifestations en Libye ont été diffusés sur Facebook, à mesure que les nouvelles des chutes des dictateurs en Tunisie et en Egypte se répandaient sur le territoire libyen. L’accès aux réseaux sociaux est très perturbé depuis mi-février.

L’écrivain et commentateur politique Jamal al-Hajji, qui avait appelé sur Internet à manifester pacifiquement pour la liberté en Libye, a été arrêté, selon Amnesty International, dès le 1er février 2011, par des policiers en civil appartenant à l’agence de sécurité intérieure (ISA).

Le 16 février, date du début du soulèvement, les forces de sécurité intérieure ont interpellé, selon le quotidien Libya Al-Youm, le directeur du site d’informations Irasa, Taqi Al-Din Al-Chalawi, et le rédacteur en chef, Abdel Fattah Bourwaq. Le même jour, le blogueur Mohammed Al-Ashim Masmari a été arrêté et son ordinateur confisqué après avoir témoigné des manifestations sur plusieurs chaînes satellitaires arabes, telles que la BBC en arabe et Al-Jazeera.

La chaîne qatarie est officiellement exclue du réseau câblé de télévision, mais serait toujours disponible par satellite. Pour contrer les mobilisations sociales, "les médias officiels ont orchestré une campagne contre ceux qui font du commerce avec le sang des martyrs’", selon le site d’informations arabe Shaffaf. Les autorités empêchent également les journalistes de circuler librement dans le pays.

Alors que les médias internationaux étaient quasiment absents de Libye, les nouveaux médias jouent un rôle crucial dans les manifestations en cours depuis le 16 février dernier. Ils sont les seuls à pouvoir couvrir ces événements et la réponse brutale des autorités. Les vidéos amateurs font le tour du web. Elles ont été pendant plusieurs jours les seules images disponibles, avant que les premiers journalistes étrangers ne pénètrent dans le pays.

Afin de limiter le téléchargement de vidéos et de photos compromettantes, et d’empêcher la mobilisation des manifestants via le Net, le régime provoque de très fortes perturbations sur la Toile, allant du ralentissement au blocage total. Il peut compter sur la collaboration du principal fournisseur d’accès à Internet, dont le propriétaire n’est autre que Mohamed Kadhafi, un des fils de Mouammar Kadhafi.

Selon les sociétés de sécurité informatique Arbor Networks et Renesys, Internet aurait été coupé à plusieurs reprises depuis le 18 février 2011. Le trafic aurait ensuite repris très partiellement. Il aurait été à nouveau coupé à partir du 3 mars. Reporters sans frontières a reçu des informations selon lesquelles toutes les connexions téléphoniques, sur lignes fixes et mobiles, auraient été coupées autour du 21 février, puis restent très perturbées.

Parallèlement, le régime tente d’utiliser les nouvelles technologies pour faire passer son message et remobiliser ses partisans. Des SMS ont été envoyés pour convaincre la population de ne pas manifester. Avec parfois des informations contradictoires. William Bauer, professeur d’anglais à Benghazi (Libye) et aujourd’hui rentré en Grande-Bretagne, a confié au site Rue89 : “Le lundi 21 février, l’opérateur Al-Madar a envoyé un texto affirmant que rien ne se passait en Libye, et que les manifestants étaient drogués. Des propos qui sont d’ailleurs antinomiques !”.

La réponse des net-citoyens

Décidés à tweeter leur révolution, les internautes libyens tentent de transmettre des informations afin de montrer les violations commises par le régime et ses mercenaires.

Certains, au moins au début des révoltes, quand l’afflux de réfugiés n’était pas encore trop important, traversaient la frontière avec l’Egypte pour poster en ligne vidéos et photos prises par des téléphones portables. D’autres tweetaient des informations sur les convois de ravitaillement arrivés dans le pays.

Le réseau de “hacktivists” Anonymous a mis à disposition des internautes libyens des outils de contournement de la censure. Certains de leurs membres auraient réussi à installer des réseaux parallèles illégaux. Le groupe aide aussi les Libyens à relayer des photos et des vidéos : "Nous souhaitons informer le monde de la situation en Libye où l’horreur règne", résume un Anonymous au nouvelobs.fr. "Les photos et vidéos proviennent de téléphones portables de Libyens, et sont ensuite postées sur YouTube, Facebook, Twitter...". "Nous récupérons des photos de corps déchiquetés, brulés... C’est un bain de sang. Tripoli est un véritable charnier", abonde un Anonymous.

Le dénouement de la crise libyenne est de plus en plus indécis. Le régime de Khadafi apparaît prêt à répondre aux insurgés en utilisant une violence sans limites. Les Nations unies ont dénoncé un « crime contre l’humanité ». Il est à craindre que les tentatives de blackout de l’information et les perturbations du Net n’offrent aux partisans du Guide libyen la possibilité de poursuivre une répression sanglante à l’abri des regards.

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