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Sandaruwan Senadheera, rédacteur en chef de Lanka-e-News, s'exprime sur le contrôle des médias

Sandaruwan Senadheera, rédacteur en chef de Lanka-e-News, s’exprime sur le contrôle des médias

Publié le mercredi 26 octobre 2011.
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Reporters sans frontières condamne la décision des fournisseurs d’accès à Internet (FAI) Sri Lanka Telecom (SLT) et Dialog Axiata PLC de bloquer l’accès au site d’information indépendant Lanka-e-News. L’organisation demande aux deux fournisseurs d’accès de s’expliquer sur cette mesure qui, dans le cas où elle répondrait à une injonction du gouvernement, ferait d’eux des complices de la censure d’Etat.

“La décision de Sri Lanka Telecom et Dialog Axiata PLC de bloquer l’accès au site Lanka-e-News traduit le climat de censure en hausse dans le pays. Nous appelons les fournisseurs d’accès à Internet à ne pas opérer de discrimination à l’encontre des sites d’information critiques du gouvernement, et à rétablir l’accès à Lanka-e-News. Les autorités doivent par ailleurs cesser toutes pressions sur les FAI et garantir leur indépendance”, a déclaré Reporters sans frontières.

Les pressions sur Lanka-e-News se sont accentuées cette année. Dans la nuit du 30 au 31 janvier 2011, les bureaux du site avaient été incendiés, à Malabe, en banlieue de Colombo. Le bâtiment principal qui logeait la bibliothèque et les ordinateurs du journal en ligne a entièrement brûlé, entraînant la cessation d’activité du site.

Depuis le 18 octobre 2011, le portail d’information est à nouveau inaccessible . Par ailleurs, le caricaturiste et journaliste politique de Lanka-e-News, Prageeth Eknaligoda, est toujours porté disparu depuis le 24 janvier 2010 (Voir la campagne de soutien).

Plusieurs autres sites, dont Sri Lanka Guardian, sont bloqués de façon permanente. Groundviews et son site partenaire Vikalpa ont été temporairement bloqués le 20 juin 2011, de même que le site de Transparency International.

Reporters sans frontières s’est entretenue avec le rédacteur en chef de Lanka-e-News, Sandaruwan Senadheera. Le journaliste, contraint à l’exil depuis un an, suite à de nombreuses menaces, décrit la situation actuelle de la liberté de la presse et de l’information au Sri Lanka :

RSF : Pourquoi Lanka-e-News (LeN) est important ? Qu’est-ce qui le différencie des autres sites Internet au Sri Lanka ?

SS : En ce moment, au Sri Lanka, il y a beaucoup d’interdictions de médias. Tout média électronique doit obtenir une licence gouvernementale renouvelable annuellement. C’est comme s’ils étaient sous le contrôle du gouvernement. C’est dans ce contexte qu’un site comme LeN est important pour la population sri lankaise. LeN a été le premier média en ligne en cingalais et nous avons été les premiers à utiliser un cingalais correct en html. A la différence d’autres sites Internet au Sri Lanka, LeN ne subit aucune influence du gouvernement ou d’autres groupes politiques (ndlr : dans le contenu publié).

Pourquoi les médias ne sont-ils pas libres ? Pouvez-vous donner des exemples ?

Le régime de Rajapakse a été le plus hostile aux journalistes depuis l’indépendance du Sri Lanka en 1948. Le gouvernement actuel est impliqué dans beaucoup d’affaires de corruption et tente de contrôler les médias en abusant de ses pouvoirs, pour qu’elles ne soient pas rendues publiques. Dernier exemple en date : Le directeur de la chaîne de télévision TNL, Shan Wickramasinghe, fondateur de la première chaîne de télévision au Sri Lanka, en 1978, a reçu des menaces de mort parce qu’il avait révélé une affaire de corruption au sein du gouvernement, liée au marché des actions au Sri Lanka.

Observe-t-on des changements depuis la fin officielle de la guerre en 2009 ?

Il y a eu un changement. La liberté des médias était mauvaise ; aujourd’hui, la situation a empiré. La majeure partie des journalistes a dû quitter le pays après la guerre.

Comment pouvez-vous couvrir le Sri Lanka en étant basé à l’étranger ?

Après que les bureaux de LeN ont été incendiés et fermés, le nombre de journalistes et d’informateurs volontaires a augmenté. Auparavant, il y avait seulement quatre journalistes travaillant ouvertement pour LeN. Désormais, nous avons dix fois plus de journalistes et cents fois plus d’informateurs. Cela confirme le besoin urgent des Sri Lankais d’avoir accès à une information indépendante.

Mais certains journaux, comme Uthayan, sont toujours en activité.

Effectivement, Uthayan est un journal indépendant mais les journalistes qui y travaillent reçoivent beaucoup de menaces.

Que pouvez-vous dire de Prageeth Ekneligoda, caricaturiste et journaliste de LeN ?

Au moment de la disparition de Prageeth, le ministre des médias, Lakshman Yapa Abeywardana, a dit personnellement à LeN que nous allions recevoir de bonnes nouvelles "dans une semaine". A présent, tout porte à croire que le gouvernement est impliqué dans sa disparition.

Comment améliorer la situation de la liberté de la presse au Sri Lanka ?

Je pense que le 17ème amendement de la Constitution (ndlr : prévoit notamment la création d’une commission électorale indépendante ayant pour but de garantir la transparence des scrutins), abrogé en 2010, doit être réintroduit, non seulement pour ramener la liberté de la presse mais aussi la démocratie, le droit, l’ordre et la justice au Sri Lanka. La communauté internationale doit exercer une plus grande pression. L’arrêt du GSP+ n’est pas suffisant. En fait, la communauté internationale a une grande responsabilité à jouer sur cette question.

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