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Interview de la journaliste Frederica Jansz, menacée de mort par le ministre de la Défense

Interview de la journaliste Frederica Jansz, menacée de mort par le ministre de la Défense

Publié le jeudi 12 juillet 2012.
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Reporters sans frontières condamne les menaces proférées par le ministre de la Défense du Sri Lanka et frère du président de la République, Gotabaya Rajapaksa, à l’encontre de la rédactrice en chef du quotidien The Sunday Leader, Frederica Jansz, le 9 juillet 2012.

“Nous demandons au ministre Gotabaya Rajapaksa de cesser de menacer des journalistes dans l’exercice de leur profession. Dans de nombreux pays, de tels propos contraindraient au minimum leur auteur à démissionner, et entraîneraient probablement des poursuites pénales. La justice ne doit pas rester aveugle devant d’aussi graves menaces ouvertement proférées par un ministre”, a déclaré Reporters sans frontières.

“Comme le montre l’interview de Frederica Jansz, les récents événements et déclarations impliquant des membres du gouvernement et le président Mahinda Rajapaksa lui-même éloignent de plus en plus sûrement le pays d’une situation d’Etat de droit et montre l’intolérance de ses dirigeants envers les médias. Nous demandons à la communauté internationale de condamner fermement ces attaques verbales à l’encontre des professionnels des médias et de faire pression sur le gouvernement afin que ces dernières ne restent pas impunies. Sans cela, l’autocensure des journalistes continuera de croître et des représailles physiques continueront de menacer ceux qui refuseront de s’y résoudre”, a ajouté l’organisation.

Frederica Jansz était en train d’interviewer par téléphone le ministre de la Défense quand ce dernier l’a agressée verbalement, la traitant de “porc” et la menaçant de mort. Le ministre s’est ensuite défendu de tels propos.

La journaliste a déjà fait l’objet de menaces plusieurs fois dans le passé, notamment en novembre 2009. Elle avait alors accordé une interview à Reporters sans frontières, dans lequel elle décrivait déjà un climat d’autocensure généralisée des médias. Son prédécesseur au poste de rédacteur en chef du Sunday Leader, Lasantha Wickrematunga, a été tué, à Colombo, le 8 janvier 2009. A ce jour, les responsables du meurtre n’ont toujours pas été traduits en justice.

Ce n’est pas la première fois que le ministre de la Défense s’en prend aux journalistes, exprimant ouvertement son hostilité à l’égard de la liberté de la presse. Il figure, en compagnie de ses frères, en particulier le président Mahinda Rajapaksa, au rang des “prédateurs de la liberté de la presse” identifiés par Reporters sans frontières.

Suite à ces nouvelles menaces téléphoniques, Frederica Jansz a répondu aux questions de l’organisation sur la répression de la presse sri lankaise perpétrée par le gouvernement aux mains de la famille Rajapaksa. Ses propos, qui font échos à l’interview donnée en 2009, témoignent de l’aggravation des conditions de travail des médias :

Reporters sans frontières : Comment Gotabaya Rajapaksa peut-il se permettre de vous menacer de façon aussi ouverte par téléphone ?

Frederica Jansz : Gotabaya Rajapaksa est le deuxième homme le plus puissant au Sri Lanka, après son frère, président. Il bénéficie d’une immunité totale et d’une concentration du pouvoir propre au bureau le plus important dans ce pays - celui du président exécutif. Ce n’est pas la première fois que Rajapaksa menace des journalistes. En fait, il a réussi à soumettre la presse sri lankaise. Elle est tellement terrifiée par lui qu’elle n’ose pas dénoncer ses abus de pouvoir.

Le gouvernement rend-il compte de ses actions ?

Non, en l’occurrence, pas Gotabaya Rajapaksa...

Doit-on prendre au sérieux ces menaces ? Pourquoi ?

Oui, il dispose d’un pouvoir suffisant pour me faire du mal, que ce soit par le biais des abus de la machine d’Etat, à sa disposition, ou par d’autres moyens.

Voulez-vous dire que la famille Rajapaksa peut agir sans qu’aucune limite ne lui soit imposée, ni par les institutions du pays ni par la communauté internationale ?

Voilà le Sri Lanka. Plus de trois ans se sont écoulés depuis l’assassinat de mon prédécesseur, Lasantha Wickrematunge, tué en plein jour alors qu’il se rendait à son travail. À ce jour, ses assassins sont toujours en liberté. Le journaliste et caricaturiste Prageeth Eknaligoda a disparu en janvier 2010. À ce jour, on ne sait toujours pas où il se trouve. Les journalistes Poddala Jayantha et Keith Noyahr ont été battus et torturés jusqu’à frôler la mort. À ce jour les responsables de ces actes odieux restent en liberté. Les enlèvements dans les camionnettes blanches continuent sans diminuer et les ravisseurs courent toujours. Donc oui, les membres de la famille Rajapaksa ont démontré à maintes reprises qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Ils n’ont pas de limites.

Quelles sont les conditions actuelles de travail au Sri Lanka pour les professionnels des médias publiques et privés ?

On peut survivre tant qu’on suit la ligne du gouvernement. Et c’est ce que beaucoup ont décidé de faire. Qu’ils soient médias d’état ou privés. Mais si on choisit d’agir différemment, la rupture avec la ligne imposée implique un prix trop grand à payer.

Comment la situation pourrait elle s’améliorer ?

Ce pays est coincé avec une opposition apathique. Une peur maladive a été inculquée à la société civile. Et les médias ont été soumis avec succès. En toute honnêteté, je ne sais pas ce qui pourrait changer. La peur d’être tué ou enlevé dans une camionnette blanche est trop forte pour que les gens se réunissent et se serrent les coudes pour répondre à ces problèmes. Et cela vaut aussi pour les membres du parlement des principaux partis d’opposition.

Quel message souhaiteriez-vous envoyer aux institutions telles que les Nations Unies et l’Union Européenne ?

Trop, c’est trop. Voilà le slogan qu’ils devraient employer contre ce gouvernement.

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