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Le journaliste Mohammed Arkou, libéré après trois semaines de détention, sans chef d'accusation valable

Le journaliste Mohammed Arkou, libéré après trois semaines de détention, sans chef d’accusation valable

Publié le vendredi 3 juin 2011.
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Reporters sans frontières prend acte de la libération le 2 juin de Mohammed Arkou Adiebou Ali, journaliste pour le Sudan Radio Service, incarcéré pendant trois semaines et vraisemblablement détenu dans des conditions extrêmement difficiles. Arrêté le 11 mai à Wau, dans l’Etat de Western Bahr El Ghazal, par les forces de sécurité, et accusé d’avoir pris des clichés sans avoir d’autorisation du gouvernement, le journaliste avait été transféré à Juba le 24 mai dernier. Le journaliste est rentré hier à Nairobi, au Kenya.

L’organisation est soulagée d’apprendre la relaxe du journaliste mais condamne fermement son arrestation. Les récentes exactions contre la presse entachent gravement les espoirs de voir ce pays, à un mois de son indépendance, faire de la liberté d’expression l’un de ses principes fondateurs.


28.05.2011

Dégradation consternante de la liberté de la presse au Sud, problèmes récurrents au Nord

Consternée par les récents développements concernant la liberté de la presse au Sud-Soudan et alors que le pays s’apprête à devenir officiellement indépendant en juillet prochain, Reporters sans frontières lance un appel au président du Sud-Soudan, Salva Kiir Mayardit, afin de demander la libération immédiate du journaliste darfouri Mohammed Arkou Adiebou Ali. Employé par le Sudan Radio Service, celui-ci a été arrêté par les forces de sécurité sud-soudanaises, le 11 mai 2001, à Wau (Sud-Soudan) pour avoir pris des clichés sans autorisation du gouvernement, dans une zone pourtant non militarisée. Il a été transféré le 24 mai à Juba, la capitale du Sud-Soudan. Selon certaines sources contactées par Reporters sans frontières, il aurait pu être sujet à des tortures physiques et psychologiques.

"Inquiets pour la santé de Mohammed Arkou Adiebou Ali, nous demandons sa libération immédiate. Ses conditions de détentions – arrestation arbitraire, aucune nouvelle transmise à son entourage, et maintenant, de possibles mauvais traitements - reflètent le sentiment d’impunité générale qui prévaut dans le pays, où les forces de sécurité semblent pouvoir arrêter les journalistes selon leur bon vouloir" a déclaré Reporters sans frontières. "Les exactions commises par les forces de sécurité sud-soudanaises contre les journalistes et les médias doivent cesser. Nous exhortons à ce titre les autorités à combler le vide juridique sur le statut des médias, en adoptant rapidement une loi claire et explicite assurant l’existence d’une presse libre et indépendante, et garantissant la sécurité des journalistes", a-t-elle ajouté. "A un peu plus d’un mois de la création officielle de l’État du Sud-Soudan, tous les regards sont tournés vers ce pays. Les attentes de la population en termes de liberté sont énormes et légitimes", demande l’organisation à Salva Kiir, le président actuel du Sud-Soudan, et vice président du Soudan.

Détention, harcèlement et interrogations sont courants au Sud-Soudan. Le journaliste du Sudan Radio Service, Mohammed Arkou Adiebou Ali, est détenu dans des conditions extrêmement difficiles. Du fait des mauvais traitements qu’il aurait pu subir, son arrestation dépasse la simple pression routinière. Aucun chef d’accusation valable n’a été fourni par les autorités, selon lesquelles le journaliste était en possession de plusieurs versions différentes de ses papiers d’identité. Reporters sans frontières demande sa libération immédiate et sans conditions.

Avant lui, Isaac Vuni, journaliste indépendant, et anciennement collaborateur du ministère de l’Information du gouvernement du Sud-Soudan, avait été détenu entre le 28 mars et le 2 mai. Le journaliste avait été arrêté dans le plus grand secret par la police, à Juba, et on était longtemps restés sans nouvelles de lui. Alors journaliste pour le Sudan Tribune, Isaac Vuni avait déjà été détenu et malmené par les forces de sécurité au commissariat de police de Juba, le 29 juillet 2009, après avoir écrit un article impliquant des membres officiels de l’Armée de Libération du Peuple du Soudan (SPLA) et du gouvernement du Sud-Soudan (GOSS) dans un scandale éclaboussant la Nile Commercial Bank.

Enfin, le 2 avril 2011, les forces de sécurité du Sud-Soudan ont confisqué 2500 exemplaires du Juba Post à l’aéroport de Juba, avant sa diffusion dans le sud du pays. Distribué essentiellement dans la région de Juba, le bi-hebdomadaire avait publié les propos d’un porte-parole des forces dissidentes, Dok James Puok, annonçant que "les forces loyales au général George Athor [allaient] rapidement lancer une lourde attaque sur la ville de Juba avant que le Sud-Soudan hisse son drapeau national." Suite à cette publication, Michael Koma, rédacteur en chef du Juba Post, a été convoqué au ministère de l’Information pour expliquer le contenu de l’article. Une semaine après cette saisie, le ministre de l’Information, Barnaba Marial Benjamin, avait déclaré, dans une interview publiée dans le Sudan Tribune, vouloir mettre un terme à ces pratiques et assister les médias dans leur travail.

Pourtant, les exactions des forces de sécurité ne faiblissent pas et restent impunies, créant un climat néfaste pour la liberté d’expression. En février, Michael Koma et Deng Atem Kuol, également du Juba Post, avaient été détenus pendant neuf heures par la police, sous l’accusation de "diffamation" envers la Ivory Bank, en raison d’un article évoquant la faillite possible de la banque. A la même période, les bureaux du quotidien anglophone The Citizen avaient été investis par des forces de police, intimant l’ordre aux journalistes de ne plus écrire sur les agissements des forces armées.

Situation inchangée au Nord

Pendant ce temps, la liberté des médias se porte toujours aussi mal dans le nord du pays, où le régime de Khartoum procède à des arrestations arbitraires, et commet des exactions et des actes de censure directe. Les forces de sécurité (NISS - National Intelligence and Security Services) exercent toujours un contrôle sur les médias et utilisent la confiscation de matériel comme mode d’intimidation et moyen de pression financière.

Le 17 mai, Abulgasim Ibrahim, journaliste pour Al-Sudani Daily, un quotidien proche du parti dominant National Congress Party, a été détenu quelques heures à Khartoum, sur ordre du ministre des Finances et de l’Economie nationale, Ali Mahmoud El Rasoud. Le journaliste a provoqué la colère du ministre après lui avoir soumis des documents financiers compromettants lors d’une interview. Le ministre l’a accusé d’avoir eu accès à certains documents de son bureau à son insu, sans autorisation préalable.

Le 14 mai, deux journalistes ont été arbitrairement détenus et interrogés pendant sept heures par les services de renseignements militaires, puis remis aux forces de sécurité soudanaises. Mohamed Alfatih Himma, du journal d’opposition Al-Midan, publié par le Parti Communiste Soudanais, et Rashan Owshi, du quotidien Al-Tayar Arabic Daily, ont été arrêtés au check point de Jabal Awlia sur leur trajet de retour de Kadugli (sud de l’Etat de Kordofan, région disputée entre le Nord et le Sud) vers Khartoum. Les deux journalistes venaient de couvrir la réélection du gouverneur de l’Etat de Kordofan, Ahmed Haroun, tenue entre le 2 et le 4 mai. Le motif de ces détentions n’a pas été officiellement communiqué. Deux semaines plus tôt, le 1er mai, les forces de sécurité soudanaises avaient confisqué tous les exemplaires de l’édition du dimanche de Al-Tayar Arabic Daily. Selon Osman Murghni, rédacteur en chef du journal, ces saisies auraient eu pour but de montrer aux journalistes le mécontentement des forces de sécurité quant à la couverture des élections dans cette région sensible.

A l’instar du Sud-Soudan, la partie nord du Soudan pratique les confiscations d’exemplaires à peine imprimés, comme mode opératoire de censure directe des médias, à travers le resserrement de l’étau financier. Tant et si bien que les titres indépendants Al-Midan et Ajrass Al-Hurriya ont décidé de se mettre en grève le 9 avril afin de protester contre ces méthodes. Le 6 avril, le quotidien Ajrass Al-Hurriya, affilié au Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), n’avait en effet pas pu paraître. Tard dans la nuit, des membres des forces de sécurité s’étaient rendus aux imprimeries du journal pour ordonner à l’équipe du quotidien de ne pas distribuer l’édition du lendemain. L’édition était pourtant déjà imprimée. Les agents n’avaient fourni aucune raison à cette démarche. Ces procédés sont hélas courants !

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