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Censure, poursuites judiciaires et maintiens en détention : la lente détérioration de la liberté de la presse au Soudan

Censure, poursuites judiciaires et maintiens en détention : la lente détérioration de la liberté de la presse au Soudan

Publié le vendredi 12 août 2011. Mis à jour le vendredi 9 septembre 2011.
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Quelques jours après la saisie, à Khartoum, de tous les exemplaires d’un quotidien arabophone, et alors que plusieurs journalistes sont harcelés depuis des semaines par les autorités soudanaises, Reporters sans frontières dénonce la lente détérioration de la liberté de la presse dans ce pays.

Figurant déjà en 2010 parmi les dix pays les moins respectueux du travail des journalistes (à la 172e position, sur 178 pays, dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières), le Soudan n’en finit pas de plonger. Censure, arrestations, poursuites judiciaires, détentions abusives et fermeture de journaux ont émaillé le premier semestre 2011.

"Le projet d’Omar el-Béchir est-il de calquer son comportement envers la presse sur celui de Mahmoud Ahmadinejad en Iran ?", s’interroge Reporters sans frontières.

"Les mouvements de contestation populaire de février au Soudan, dans la foulée des révolutions en Tunisie et en Egypte, ainsi que la partition du pays, entérinée le 9 juillet suite à l’indépendance du Sud-Soudan, semblent avoir convaincu les autorités de Khartoum de donner un sérieux tour de vis à la liberté d’expression. Les informations sont contrôlées, les médias surveillés, les journalistes harcelés par les forces de sécurité. La communauté internationale doit dénoncer avec davantage de force cette tendance grave et obtenir de Khartoum un engagement à respecter la liberté de la presse", a déclaré l’organisation.

Regain de censure et intimidation de la presse par les forces de sécurité

Sans fournir aucune explication, les forces de sécurité soudanaises (National Intelligence and Security Services – NISS) ont confisqué pour deux jours, chez l’imprimeur, le 7 août 2011, l’intégralité des exemplaires du quotidien arabophone Al-Ahdath. Le journal publiait ce mois-ci une série d’articles intitulée "Les jours de Carlos à Khartoum", sur le terroriste vénézuélien capturé en 1994 dans la capitale soudanaise.

En avril dernier, les journaux Ajras Al-Hurriya et Al-Midan avaient déjà subi le même type de censure préalable.

Le 8 juillet 2011, le journaliste, écrivain et activiste politique Khalid Ibrahim Ewaiss, travaillant pour Al-Arabiya, a été interpellé après avoir participé à un mouvement politique. Après avoir été interrogé et remis aux mains de la police, le journaliste a été averti que des plaintes avaient été déposées contre lui par les forces de sécurité. Libéré sous caution, il a été placé sous enquête judiciaire. Il lui est interdit de quitter le territoire. A ce jour, aucun procès n’a été ouvert.

Reporters sans frontières rappelle que sept autres journalistes ou collaborateurs des médias sont appelés à comparaître ou sont sous le coup d’enquêtes judiciaires pour avoir relaté les exactions commises par les forces de sécurité contre la militante des droits de l’homme Safia Ishag. Il s’agit de Faisal Mohamed Salih, Babikir Omer Al-Garrai, Abdalla Al-Shaik, Mohamed Latif, Faiz Al-Selaik, Mohamed Osman, et le Dr. Nahid Al-Hassan. Dans cette affaire, deux femmes journalistes, Amal Habani et Fatima Ghazali, ont été condamnées à un mois de prison. Elles ont toutes les deux été libérées au bout 48 heures contre le paiement d’une caution. Cette campagne de harcèlement et ces poursuites judiciaires visent à décourager les journalistes de révéler les violations des droits de l’homme par les forces de sécurité.

Retrait de licences pour les journaux du Sud

Le 8 juillet 2011, veille de la déclaration d’indépendance du Sud-Soudan, le Conseil national de la presse et des publications (National Press and Publication Council) a suspendu définitivement et annoncé qu’il retirait les licences légales de six journaux appartenant partiellement, et bien souvent minoritairement, à des citoyens sud soudanais. L’article 28 de loi soudanaise sur la presse (2009) n’offre qu’aux citoyens soudanais le droit de posséder des journaux. Il prive de la citoyenneté soudanaise les sudistes habitant dans le nord. Le quotidien arabophone Ajras Al-Hurriya, affilié au SPLM (Mouvement populaire de libération du Soudan) et les quotidiens anglophones Khartoum Monitor, Juba Post, Sudan Tribune, l’Advocate et le Democrat sont concernés par ces mesures. La plupart de ces journaux entretenaient des liens avec le Sud-Soudan ou étaient critiques du gouvernement. Sous des apparences de légalité, cette décision constitue une méthode de censure directe visant à bannir du territoire les médias critiques du gouvernement.

Plusieurs journalistes emprisonnés risquent la peine de mort

Arrêté, torturé et condamné le 15 juillet 2010, Abuzar Ali Al-Amin, rédacteur en chef adjoint du quotidien d’opposition Rai Al-Shaab, devait sortir de prison le 3 juillet 2011. Mais les forces de sécurité soudanaises ont alors porté plainte contre lui et ont demandé son placement immédiat sous enquête judiciaire pour ses articles publiés dans ce quotidien affilié au Parti du congrès populaire (PCP) et proche du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM). Or, le journal avait été suspendu le 16 mai 2010 et sa licence retirée le 8 juillet 2011. Sans existence légale du journal incriminé, les poursuites engagées contre le journaliste sont donc infondées, arbitraires et illégales, et ne visent qu’à le maintenir en détention. Le journaliste risque la prison à perpétuité, voire la peine de mort, notamment pour violation de l’article 50 du code pénal soudanais sur les attaques contre l’Etat en vue de miner le système constitutionnel. Reporters sans frontières s’indigne de ce maintien en détention et demande la libération immédiate du journaliste. Plus d’informations.

Basée aux Pays-Bas, Radio Dabanga est l’unique radio couvrant spécifiquement la situation au Darfour. Elle n’est pas légalement reconnue par les autorités soudanaises. Abdelrahman Adam, collaborateur de cette station, et six autres personnes accusées d’être employées par la radio, en détention depuis le 30 octobre 2010, sont toujours poursuivis par la justice soudanaise à la suite d’une plainte déposée par un membre de la NISS.

Enfin, Gafar Alsabki Ibrahim, journaliste pour le quotidien indépendant arabophone Al-Sahafa, arrêté le 3 novembre 2010, est, lui aussi, accusé d’avoir collaboré avec Radio Dabanga. Les employés de la radio sont accusés d’avoir divulgué des secrets d’Etat, miné le système constitutionnel, appelé à la résistance et incité à la sédition, violant ainsi les articles 24, 25, 26, 53 et 50 du code pénal soudanais (1991) et les articles 18, 42 et 44 de la loi sur les communications de 2001. En vertu de l’article 50, ils encourent la peine de mort.

Photo : AFP/Ashraf Shazly

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