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Deux journalistes menacés de mort après la publication d'une trilogie sur les implications de la classe politique dans des trafics d'armes en ex-Yougoslavie

Deux journalistes menacés de mort après la publication d’une trilogie sur les implications de la classe politique dans des trafics d’armes en ex-Yougoslavie

Publié le vendredi 2 décembre 2011.
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Reporters sans frontières dénonce avec la plus grande fermeté les appels aux meurtres qui visent depuis plusieurs jours les journalistes Matej Surc et Blaz Zgaga, auteurs d’une série d’ouvrages consacrés entre autre à l’implication d’anciens responsables politiques slovènes dans les trafics d’armes durant la guerre des Balkans des années 1990. Matej Surc et Blaz Zgaga font face depuis plusieurs jours sur Internet à une campagne de diffamation d’une rare violence mêlant insultes et menaces de mort très explicites. Le site www.politikis.si, dirigé par des partisans du parti SDS, a publié un article mettant en cause le travail des journalistes et ouvrant la voie à un déluge de commentaires anonymes qui menacent à de nombreuses reprises la vie des deux professionnels et celles de leurs proches.

Les deux journalistes sont les auteurs d’une trilogie très documentée intitulée "Au nom de l’Etat", dans laquelle ils enquêtent sur la contrebande d’armes en ex-Yougoslavie dans les années 1990. Matej Surc et Blaz Zgaga révèlent que des milliers de tonnes d’armes et de munitions ont été vendues sur les champs de bataille de l’ex-Yougoslavie, en violation complète de l’embargo décrété par l’ONU, engendrant des millions de bénéfices occultes. L’enquête démontre que la Slovénie a été un des principaux centres logistiques pour le stockage, le transit et le transport de ces armes. Les deux journalistes ont par ailleurs mis en lumière le rôle actif joué dans ces trafics par le ministre slovène de la Défense de l’époque, Janez Jansa (devenu par la suite Premier ministre), et par l’ancien ministre de l’Intérieur, Igor Bavcar. Matej Surc et Blaz Zgaga mettent également en cause les chefs des services de renseignement militaires et civils slovènes particulièrement impliqués dans ces trafics d’armes.

Reporters sans frontières apporte tout son soutien à Matej Surc et Blaz Zgaga. L’enquête qu’ils mènent sur les trafics d’armes qui ont émaillé le conflit dans les Balkans relève tout simplement de l’intérêt public national et international. Les responsables politiques slovènes et européens ne peuvent pas prétendre lutter contre l’impunité des crimes perpétrés durant ce conflit meurtrier et refuser de reconnaître leur propre rôle dans la fourniture des armes.

Nous appelons les responsables des sites web, notamment ceux de politikis.si, à retirer de toute urgence les appels aux meurtres postés dans les commentaires ou dans les forums du site qui ne relèvent clairement plus de la liberté d’expression. Il est impératif que les directions de ces sites prennent officiellement position pour condamner de tels propos.

Nous exigeons que les autorités slovènes ouvrent immédiatement une enquête approfondie pour identifier les auteurs de ces menaces, qui se cachent derrière des acronymes. Comme nous avons pu le constater dans d’autres affaires, les services de sécurité en ont largement les moyens techniques et doivent user de leurs prérogatives en la matière. Les auteurs des menaces doivent être poursuivis et punis.

Reporters sans frontières appelle également tous les partis politiques, et tout spécialement le SDS, à prendre clairement position publiquement sur la nécessité de laisser la presse enquêter librement sur l’implication possible de la Slovénie et de ses anciens dirigeants dans la guerre des Balkans des années 1990. Il ne peut y avoir de tabou sur ce sujet, tout spécialement de la part d’un Etat membre de l’Union européenne.

Le journaliste Blaz Zgaga avait déjà fait face à des menaces similaires en septembre 2008, après avoir coopéré avec son collègue finlandais Magnus Berglund qui, dans son émission « Truth about Patria » du 1er septembre 2009, avait diffusée sur la chaîne de télévision finlandaise YLE, une enquête sur l’achat par le gouvernement slovène de véhicules blindés qui aurait fait l’objet de commissions illégales et qui mettait déjà en cause l’ex-Premier ministre Janez Jansa.

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