Reporters sans frontières

37974

Accueil - Asie - Singapour

Un journaliste britannique "libéré" mais accusé d'outrage à la justice

Un journaliste britannique "libéré" mais accusé d’outrage à la justice

Publié le mardi 20 juillet 2010.
Version imprimable de cet article Imprimerenvoyer l'article par mail envoyer

Reporters sans frontières est scandalisée par les accusations portées à l’encontre du journaliste britannique Alan Shadrake, auteur du livre "Once a Jolly Hangman-Singapore Justice in the Dock", qui comparaîtra libre à son procès prévu le 30 juillet. La plainte déposée par le bureau du procureur général, dont Reporters sans frontières a pu consulter une copie, est une suite d’accusations biaisées et malveillantes. L’organisation considère que ces poursuites sont abusives.

L’acte d’accusation rapporte que certains passages du livre ont "scandalisé le système judiciaire singapourien". Selon le procureur, les écrits du journaliste vont "contre l’indépendance et l’intégrité de la justice" du pays. Pour preuves, les autorités citent une vingtaine d’extraits de l’ouvrage qui contiennent des informations déjà connues du grand public.

"A sa sortie de détention, Alan Shadrake était très affaibli et stressé. Lors de notre entretien, il s’est effondré en larmes en raison de la pression subie pendant les interrogatoires. Et de nouveau, aujourd’hui, la police l’a entendu pendant plusieurs heures (…) Mon client maintient que tout ce qui est écrit dans son livre est vrai", a affirmé l’avocat M. Ravi à Reporters sans frontières.

Le procès doit commencer le 30 juillet prochain devant la Haute Cour de Singapour. Le journaliste risque un maximum de deux ans de prison ainsi qu’une lourde amende. En réponse à une intervention de Reporters sans frontières, un diplomate singapourien en poste à Londres a confirmé que le journaliste devait rester dans le pays pour "assister l’enquête de police".

Reporters sans frontières appelle également les autorités britanniques à tout mettre en œuvre pour que les charges portées à l’encontre d’Alan Shadrake soient annulées.

Le journaliste indépendant Alan Shadrake a été libéré le 19 juillet à 23h30 des locaux de la police criminelle (CID) de Singapour, après le paiement d’une caution de $10,000 dollars singapouriens. Il a passé 39 heures en détention provisoire, contraint de dormir sur le sol de sa cellule. Il a été interrogé pendant plusieurs heures d’affilées sur le contenu de son livre sur la peine de mort à Singapour.

Alan Shadrake a vu son passeport et son téléphone portable confisqués par la police.


Reporters sans frontières appelle à la libération du journaliste britannique Alan Shadrake

19 juillet 2010

"Garder en détention l’auteur d’un livre d’enquête, un homme âgé de 75 ans à la santé fragile, depuis pratiquement deux jours, dans un lieu secret, est une méthode choquante et totalement disproportionnée. Nous appelons le ministre de l’Intérieur et vice Premier ministre Kan Seng Wong à ordonner la libération immédiate d’Alan Shadrake et exigeons l’abandon des poursuites à son encontre. La peine de mort doit pouvoir être débattu librement et par quiconque à Singapour comme ailleurs. Alan Shadrake n’a rien à faire dans la cellule d’un commissariat de police", a affirmé l’organisation.

Le journaliste indépendant Alan Shadrake, auteur du livre "Once a Jolly Hangman-Singapore Justice in the Dock", est détenu pour interrogatoire par la police criminelle (CID) de Singapour depuis le 18 juillet 2010 à 8 h du matin. Un porte-parole de la police contacté par Reporters sans frontières a refusé de donner le lieu de détention de ce Britannique accusé de "diffamation" et d’"outrage à la justice". "La loi nous autorise à le détenir 48 heures, mais je ne peux pas vous dire s’il va être libéré avant", a précisé l’officier Sew Wei Ler. Interpellé à son hôtel, le journaliste venait de présenter la veille son livre qui traite de la peine de mort dans le pays.

Interrogé par l’organisation, l’avocat M. Ravi a confirmé que la police ne lui avait fourni aucune information sur le sort de son client, bien qu’il ait déposé une demande formelle pour voir le journaliste. "La police n’a même pas pris le temps de me rappeler. C’est une réponse extrêmement dure et bafoue mon droit à avoir un accès à mon client", a précisé M. Ravi. Le journaliste risque jusqu’à deux ans de prison.

L’ouvrage, édité en Malaisie, inclut les interviews d’un ancien bourreau et de plusieurs avocats, ainsi que ceux d’officiers de police. Selon les autorités, Alan Shadrake conteste l’impartialité du système judiciaire singapourien, et particulièrement l’indépendance de certains magistrats. Ainsi, il serait également entendu pour un prétendu délit d’outrage à la cour. Contacté par Reporters sans frontières, le Bureau du procureur général a refusé de commenter au téléphone cette affaire.

L’arrestation d’Alan Shadrake fait suite à une plainte de la Media Development Authority, l’organe de censure officiel, déposée le 16 juillet.

Plusieurs Singapouriens interrogés ont confirmé qu’il était pratiquement impossible de trouver l’ouvrage en librairie, bien qu’il ne soit pas officiellement interdit. Interrogé par la BBC, un représentant du gouvernement a précisé que "le gouvernement se réserve le droit de conseiller aux librairies de ne pas le distribuer".

Par ailleurs, le réalisateur de documentaire Martyn See a confirmé à Reporters sans frontières qu’il avait été contraint de retirer de YouTube.com son film sur l’ancien prisonnier politique Lim Hock Siew. Il avait reçu une lettre d’un responsable de la Media Development Authority qui le menaçait de poursuites en vertu de l’article 35 du Films Act s’il ne retirait pas ce documentaire de YouTube et de son site personnel avant le 14 juillet 2010. "Maintenant, deux de mes films sont interdits", a précisé Martyn See.

Le film jugé contraire à l’intérêt du public a été mis en ligne par d’autres internautes : http://www.youtube.com/watch?v=8nEy...

Singapour figure au 133e rang sur 175 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse établie en 2009 par Reporters sans frontières.

CLASSEMENT MONDIAL

ENNEMIS D'INTERNET

FICHES PAYS

close
close
close
Contact | Les actions de Reporters sans frontières | Mentions légales | CGU | La boutique | Les albums