Reporters sans frontières

Amende abusive après un huis clos judiciaire : les tracasseries continuent pour l’hebdomadaire Regar

Publié le jeudi 9 décembre 2004.
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L’hebdomadaire indépendant Regar a été condamné le 9 décembre 2004 à 40 000 roupies seychelloises (environ 5 800 euros) d’amende pour avoir refusé d’obtempérer à un ordre de la Cour suprême. La seule publication d’opposition de l’archipel a décidé de faire appel, même si celui-ci sera examiné par l’un des juges de première instance qui sont également à l’origine de son procès.

« La somme réclamée est considérable et risque d’asphyxier le journal, a déclaré Reporters sans frontières. De plus, l’histoire des trois juges, du greffier et du journaliste prend une tournure absurde. Des magistrats ont été chargés de juger un journal qui a publié une lettre écrite par eux. Le délit prétendument commis par le journal est d’avoir refusé de se plier à l’interdiction de publication que l’un d’eux avait prononcé. Comble de l’aberration, l’un de ces mêmes juges va être chargé d’examiner l’appel du journal. Pour être réellement équitable, la justice seychelloise doit abandonner les poursuites contre Regar et laisser l’unique publication d’opposition travailler en paix. Nous appelons tous les partenaires politiques et économiques des Seychelles à peser de tout leur poids pour que le climat redevienne serein, à la veille d’une année cruciale pour l’archipel », a conclu l’organisation.

Le 27 octobre, Regar avait été mis en demeure de ne pas publier une lettre signée par trois juges de la Cour suprême, qui s’inquiétaient auprès de leur supérieur du comportement d’insubordination d’un greffier. Avant même une quelconque publication, Regar avait reçu un ordre de la même Cour, signé par le juge Bernardin Renaud - l’un des trois juges signataires de la lettre -, lui interdisant de diffuser « tout ou partie » du document. Une telle publication aurait constitué, selon le juge Renaud, un préjudice au « bon fonctionnement de la justice ».

Refusant d’obéir à cette injonction en considérant que la lettre en question était « authentique, pertinente et d’intérêt public », Roger Mancienne, le directeur de Regar, avait publié le lendemain la lettre des trois juges, accompagnée de l’injonction de la Cour suprême et d’un récit chronologique de l’affaire. Regar rappelait en outre que ses journalistes avaient déjà mis en doute les qualités du greffier dénoncé par les trois juges, et que cette prise de position officielle ne faisait que conforter leurs propres conclusions. En sa qualité de directeur de la publication, Roger Mancienne avait alors été poursuivi pour « outrage à la cour ».

Regar n’en est pas à son premier procès, ni à son premier affrontement avec les autorités. Le seul hebdomadaire d’opposition est l’une des voix les plus écoutées dans un paysage médiatique monotone. La presse publique seychelloise relaie uniquement les déclarations officielles et ne diffuse aucune information critique envers le gouvernement.

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