Reporters sans frontières

Rwanda

Publié le vendredi 9 septembre 2011. Mis à jour le mercredi 30 janvier 2013.
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Paul Kagamé règne sans partage sur le Rwanda. Ce pays, traumatisé par le génocide de 1994, s’est lentement reconstruit et est désormais loué par une large partie de la communauté internationale pour sa croissance et sa "bonne gouvernance". Il ne faut cependant pas oublier les graves violations des droits de l’homme, la répression de l’opposition politique et le climat exécrable pour les médias.

La presse au Rwanda reste hantée par un traumatisme : celui du génocide des Tutsis, en 1994, et du rôle considérable joué à l’époque par certains médias, la Radio télévision libre des milles collines (RTLM) ou le journal Kangura par exemple, dans sa préparation et son exécution. La reconstruction a entraîné un renouvellement complet des titres de la presse écrite, avec l’apparition de journaux en anglais, et le développement notable de la presse en langue kinyarwanda. Mais cette tragédie a laissé de telles séquelles dans la société rwandaise que toute critique du gouvernement ou toute opinion qui s’écarte un tant soit peu de la ligne officielle est systématiquement taxée de "négationnisme" et rapidement réprimée. Les autorités utilisent les lois sur "l’idéologie du génocide" et "le sectarisme" pour punir la liberté d’expression. Ce contexte favorise l’autocensure.

L’espace médiatique rwandais, peu pluraliste, est essentiellement limité à Kigali, dans un pays pourtant à dominante rurale. Il existe certes des médias privés mais les organes publics – la station Radio Rwanda et la chaîne Télévision rwandaise (TVR) – ont la mainmise sur l’information tandis que certains journaux indépendants ont dû stopper leur parution. Les relations entre Kigali et les médias étrangers sont également très tendues. En 2006, après avoir rompu ses relations diplomatique avec Paris, le gouvernement avait ordonné la fermeture de l’émetteur de RFI et expulsé sa correspondante. En 2009, il avait suspendu temporairement les émissions de la BBC en kinyarwanda suite à des déclarations de citoyens rwandais sur le génocide.

Bien que le gouvernement s’en défende, la presse indépendante rwandaise est soumise à de fortes pressions venues du sommet de l’Etat. Le président de la République, Paul Kagamé, figure depuis plusieurs années dans la liste des "prédateurs" de la liberté de la presse dénoncés par Reporters sans frontières. Jouant la carte du modernisme, il est l’un des chefs d’Etat africains les plus présents sur le Web (profil Facebook, propagande virale, multitude de sites de soutien), mais cette ouverture d’esprit n’est qu’apparente.

En 2010, l’élection présidentielle à l’issue de laquelle Paul Kagamé a été réélu avec 93% des voix s’est tenue dans un climat exécrable pour la presse. Les deux principaux journaux de l’époque, bêtes noires du gouvernement, Umuseso et Umuvugizi, ont été suspendus pour six mois par le Haut Conseil des médias, un organe de régulation contrôlé par le pouvoir. Plusieurs journalistes ont été condamnés à des peines de prison. D’autres ont fui le pays. Le 24 juin 2010, le journaliste connu et respecté Jean-Léonard Rugambage, rédacteur en chef adjoint d’Umuvugizi,a été assassiné de quatre balles, devant son domicile, à Kigali. Les autorités ont rapidement présenté deux suspects, dont un a été condamné à dix ans de prison. Pour Kigali l’affaire est réglée, mais il demeure de fortes suspicions que cet individu soit un faux coupable et que les autorités soient impliquées dans ce crime. Avant son assassinat, le journaliste enquêtait sur l’implication des services de renseignements dans la tentative d’assassinat perpétrée quelques jours plus tôt contre un général en exil.

Le harcèlement des autorités contraint les journalistes critiques à l’exil ou aboutit souvent à une arrestation. Ainsi le directeur de publication du journal indépendant Umuvugizi, Jean-Bosco Gasasira, a fui le pays en 2010 pour animer son journal sur Internet, depuis un pays étranger. Le journaliste continue de recevoir des menaces et a été condamné par contumace, en juin 2011, à 2 ans et 6 mois de prison. Agnès Uwimana Nkusi, directrice de publication du journal privé Umurabyo, a quant à elle été arrêtée, en compagnie de l’une de ses journalistes, Saidat Mukakibibi. Début 2011, les deux femmes ont été condamnées respectivement à 17 ans et 7 ans de prison, une peine réduite ensuite à quatre et trois ans.

Fiche réactualisée en octobre 2012

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