Le mot d’ordre de l’ancien officier du KGB, aux commandes depuis l’an 2000, a jusqu’à présent été « contrôle » : contrôle de l’Etat, des forces économiques et politiques, des enjeux géopolitiques et des médias. La « verticale du pouvoir », formule qui résume sa politique de reconstruction d’un Etat fort (mais pas impartial) après les années de confusion et de dilution de l’autorité sous Boris Eltsine, a traversé toutes les composantes de la société.
La presse n’y a pas échappé. En plus d’instrumentaliser des institutions et des groupes, comme la jeune garde patriotique « Nachi » (Les Nôtres), Vladimir Poutine a distillé un climat, gonflé à bloc un sentiment de fierté nationale qui autorise les exactions contre les esprits libres et indépendants, mettant en place un régime d’impunité qui s’est irrésistiblement écarté de l’État de droit. Les journalistes indépendants et les défenseurs des droits de l’homme, notamment dans le Caucase du Nord, en ont payé le prix. De Mikhaïl Beketov en novembre 2008 à Oleg Kachine en novembre 2010, ces dernières années ont vu se multiplier des agressions extrêmement violentes à l’encontre de journalistes. En 2009, 5 d’entre eux ont été assassinés du fait de leurs activités professionnelles ; au moins 26 depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. Les chaînes de télévisions ont été reprises en main.
Le passif est donc lourd. Mais la Russie change. A mesure que le souvenir de l’Union soviétique s’éloigne, les classes moyennes montantes se reconnaissent de moins en moins dans la rhétorique musclée, nostalgique et volontiers paranoïaque du leader du parti Russie Unie. Ce dernier saura-t-il s’adapter et incarner la modernisation et la libéralisation du pays, y compris sur le plan politique ? Rien n’est moins sûr. Sa réponse à la vague de contestation sans précédent qui balaie le pays depuis décembre 2011, a été dominée par le mépris : d’après lui, les manifestants sont payés pour défiler et portent des « préservatifs » à la boutonnière (en réalité, des bandeaux blancs) ; les médias critiques sont manipulés par le Département d’Etat américain. Ces médias ont d’ailleurs fait face à une étrange série noire de changements de direction et de pressions internes. Mais des promesses de démocratisation ont malgré tout été faites. Certaines chaînes de télévision se sont enhardies jusqu’à laisser parler l’opposition politique. Vladimir Poutine choisira-t-il d’accompagner le mouvement en tentant de sauver ce qui peut l’être, ou restera-t-il bloqué sur son ancien logiciel ? Une bonne partie de l’avenir de la presse russe dépend de la réponse que le maître du Kremlin apportera à cette alternative.
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