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“Protection de l'enfance” : jusqu'où ira la censure du Net ?

“Protection de l’enfance” : jusqu’où ira la censure du Net ?

Publié le samedi 1er septembre 2012.
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Reporters sans frontières déplore à nouveau la confusion créée par les amendements apportés en juillet 2012 à la loi censée “protéger les enfants des informations nocives”. Cette nouvelle législation, qui prévoit la création d’une liste noire de sites Internet bloqués, entre en vigueur aujourd’hui, le 1er septembre 2012.

“Les imprécisions et incohérences du texte rendent ses dispositions répressives encore plus menaçantes et encouragent les journalistes à l’autocensure. La définition très vague des ‘informations nocives’ laisse trop de marge à l’interprétation et crée un grave risque de surblocage. Comment rendre compte des catastrophes naturelles, des conflits armés et des agressions sexuelles dans de telles conditions ? Tel qu’il est présenté, le marquage des contenus d’information par catégorie d’âge est une mesure aberrante et dangereuse pour les médias. Sous prétexte de protéger les mineurs, la loi risque d’entraver sérieusement leur mission d’informer le public sur des sujets d’intérêt général. Nous demandons aux parlementaires de clarifier le texte et d’en supprimer les dispositions attentatoires à la Constitution et aux conventions internationales ratifiées par la Russie”, a déclaré l’organisation.

A l’heure actuelle, le flou et les contradictions du texte de loi rendent indispensables des explications officielles. Mais ces dernières, malheureusement, sont elles aussi changeantes. Les questions se focalisent actuellement sur le type de contenu qui doit être interdit aux mineurs. Selon la nouvelle version de la loi, les médias sont en effet tenus de soustraire à la vue des enfants tout contenu incluant entre autres des scènes de violence, de sexe, du vocabulaire grossier, ou incitant à la consommation de tabac et d’alcool. Pour ce faire, chaque article ou contenu susceptible de les heurter doit faire l’objet d’une mention “interdit aux moins de” 6, 12, 16 ou 18 ans.

Les déclarations successives de Vladimir Pikov, porte-parole du Roskomnadzor (l’autorité de surveillance des médias), le 29 août 2012, sont inquiétantes : si les titres d’information socio-politique de la presse écrite sont dispensés du marquage par catégorie d’âge, a-t-il expliqué, l’ensemble des médias en ligne y seront en revanche soumis. Sur Internet, la seule exception concernera les dépêches d’agence de presse. Le marquage doit s’appliquer à chaque article ou contenu, mais “si cela s’avère trop compliqué, il est demandé de marquer l’ensemble du site”. Vladimir Pikov précise par ailleurs que “les médias dispensés de marquage sont libres de l’appliquer de leur propre initiative s’ils le souhaitent”.

Face à ces nouvelles dispositions, les médias russes sont partagés entre panique et perplexité. Pour ne pas prendre de risques, de nombreux responsables de médias en ligne craignent de devoir marquer tout leur site comme “interdit aux moins de 18 ans” - ce qui aurait pour effet de faire chuter leur lectorat, voire d’entraîner le blocage de leur site par certains fournisseurs d’accès, par les réseaux Wi-fi publics ou dans certaines institutions publiques comme les écoles.

Les juristes du site web du journal indépendant Kommersant ont ainsi indiqué qu’ils marqueraient tout le site comme “interdit aux moins de 16 ans” dès aujourd’hui. Malgré l’exception mise en place pour les dépêches d’agence, Interfax a d’ores et déjà choisi d’appliquer la mention “uniquement pour adultes” à son site depuis quelques jours.

L’inquiétude touche également les médias traditionnels : le 28 août dernier, le rédacteur en chef de la station de radio indépendante Echos de Moscou, Alexeï Venediktov, a annoncé sur Twitter la suspension temporaire de l’émission “Aux adultes, sur les adultes”, animée depuis 2004 par le juriste et psychologue familial Mikhaïl Labkovski. Le directeur général de la chaîne de télévision 2x2, Lev Makarov, a même annoncé que la série “Les Simpsons” serait expurgée de certains passages violents, tout comme “South Park”, qui ne serait plus diffusée qu’après 23 heures. Des producteurs se sont émus que les personnages fumeurs de dessins animés soviétiques très populaires pourraient être censurés. Les médias bruissent de rumeurs faisant état de listes de mots censurés ou de postures corporelles à bannir à l’écran.

Certains journalistes soulignenten outre la distorsion de concurrence introduite avec les sites d’informations étrangers, qui ne seront pas soumis à la loi.

Devant les inquiétudes des journalistes, le Roskomnadzor promet que la loi sera appliquée de façon progressive, et que les problèmes éventuels seront dans un premier temps réglés en concertation avec les médias concernés.

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