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Bastrykine contre Novaïa Gazeta : excuses et garanties de sécurité de la part du chef de la police judiciaire

Bastrykine contre Novaïa Gazeta : excuses et garanties de sécurité de la part du chef de la police judiciaire

Publié le mardi 19 juin 2012.
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Sergueï Sokolov a annoncé qu’il rentrerait en Russie cette semaine, suite aux excuses et aux garanties de sécurité présentées par le général Bastrykine. Les menaces de mort proférées contre le journaliste par le chef du Comité d’enquête (voir ci-dessous), ont déclenché un énorme scandale.

Le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta Dmitry Mouratov et Alexandre Bastrykine se sont rencontrés le 14 juin, en présence de représentants des principaux médias. Les deux parties ont formulé des excuses mutuelles, et le chef du Comité d’enquête a assuré qu’il veillerait à la sécurité de Sergueï Sokolov et des collaborateurs de Novaïa Gazeta travaillant dans le Caucase russe. A l’issue de la rencontre, les deux hommes se sont serrés la main et ont déclaré que le différend était clos.

Pour M. Mouratov, l’essentiel est que les conditions posées dans sa lettre ouverte ont été remplies. Mais de nombreux aspects de l’affaire restent inexpliqués. Le général Bastrykine a admis être « sorti de ses gonds », mais nie toujours avoir emmené Sergueï Sokolov en forêt pour l’intimider.


13.06.2012 - Menacé de mort, le rédacteur en chef adjoint de Novaïa Gazeta contraint à l’exil

Reporters sans frontières est atterrée par les menaces de mort prononcées à l’encontre de Sergueï Sokolov, rédacteur en chef adjoint du tri-hebdomadaire indépendant Novaïa Gazeta, par le chef du Comité fédéral d’enquête (équivalent russe du FBI) Alexandre Bastrykine. L’organisation apporte son total soutien aux journalistes qui manifestent actuellement à Moscou, et dont certains ont fait l’objet d’interpellations illégales.

« Quelle triste ironie ! Alexandre Bastrykine est l’un des plus hauts responsables de la police russe, en charge de l’enquête sur l’assassinat d’Anna Politkovskaïa. Il menace explicitement un représentant du journal qui est devenu malgré lui le symbole du calvaire des journalistes indépendants. Avec cinq collaborateurs tués dans le cadre de leurs fonctions, Novaïa Gazeta a payé un prix très lourd à sa conception intransigeante du devoir d’informer. Jouer sur l’impunité et suggérer que la justice protégerait des assassins de journalistes, de la part de M. Bastrykine, est plus que choquant », a déclaré Reporters sans frontières.

Le 13 juin 2012, le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, Dmitry Mouratov, a publié une lettre ouverte à l’intention du général Alexandre Bastrykine. Il y révèle que ce dernier a menacé de mort son adjoint, Sergueï Sokolov, le 4 juin 2012, au cours d’une mise en scène inquiétante. Dmitry Mouratov exige que des garanties de sécurité soient données à M. Sokolov, qui a quitté le pays, et à la rédaction. Faute de quoi d’autres moyens, y compris judiciaires, seront employés.

Des journalistes se sont rassemblés dans la journée devant les locaux du Comité d’enquête, à Moscou, en soutien à Sergueï Sokolov et à l’équipe de Novaïa Gazeta. Bien qu’ils se succèdent pour manifester un par un, une forme de protestation qui n’est soumise à aucune autorisation en Russie, la police est intervenue pour interpeller les premiers d’entre eux, dont la plupart étaient assis en train de confectionner des pancartes. Le rédacteur en chef adjoint de la radio indépendante Echos de Moscou Vladimir Varfolomeev et ses collègues Alina Grebneva, Olga Bytchkova, Natella Boltianskaïa ont été emmenés au commissariat du district de Basmanny, tout comme le célèbre journaliste et dissident Alexandre Podrabinek.

Le contentieux entre MM. Bastrykine et Sokolov est lié à un article de ce dernier publié le 4 juin, en réaction au verdict prononcé contre un ancien député de la région de Krasnodar (Sud-Ouest). Reconnu coupable d’avoir couvert un groupe criminel responsable de la mort de douze personnes en 2010, ce responsable politique a été condamné à une amende. Dans son article, « Dix mille et quelques roubles pour une vie : tel est le barème de d’Etat », Sergueï Sokolov accusait le chef du Comité d’enquête de collusion avec ce groupe criminel.

Le même jour, le général Bastrykine a invité Sergueï Sokolov à un événement public lié à cette affaire, au cours duquel le journaliste s’est excusé d’avoir employé « des mots inutilement virulents ». Excuses refusées par M. Bastrykine, qui a brutalement ordonné à M. Sokolov de quitter la salle. Attitude que M. Mouratov trouve « juste », mais « malheureusement, note-t-il, l’histoire ne s’est pas arrêtée là ».

Au retour de cet événement, Sergueï Sokolov a été poussé dans la voiture des gardes du corps d’Alexandre Bastrykine et emmené, sans explications, en forêt dans la banlieue de Moscou. Là, le général s’est isolé avec le journaliste et l’a « brutalement menacé de mort », non sans lui avoir dit « de manière on ne peut plus expressive » ce qu’il pensait du journal, de sa ligne éditoriale et d’Anna Politkovskaïa. D’après le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, Alexandre Bastrykine a d’ailleurs souligné que s’il arrivait quelque chose au journaliste, « ce serait justement lui qui mènerait l’enquête ».

Contacté par Reporters sans frontières, le Comité d’enquête se refuse pour l’instant à tout commentaire.

Suivez le mouvement de protestation devant le Comité d’enquête en direct ici (vidéo), ou ici (texte)
Sur Twitter : #оккупайск
Sur Facebook : http://www.facebook.com/groups/4560...

(Photo : Yuri Timofeyev, Radio Svoboda)

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