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En dépit des déclarations encourageantes de l’actuel Président, Gourbangouly Berdymoukhamedov, depuis son “élection” en février 2007, les Turkmènes sont toujours privés des libertés fondamentales, et en particulier d’une information libre et indépendante. Dans ce pays soumis à une dictature absolue, où la population est totalement isolée du reste du monde, les médias sont considérés comme les porte-voix de l’Etat. Les journalistes souhaitant briser le mur de la propagande s’exposent à de cruelles représailles.
Si Berdymoukhamedov, arrivé au pouvoir après la mort du président à vie Saparmourat Niazov, mise beaucoup sur l’ouverture économique du pays, le bilan en terme de droits humains est toujours aussi désastreux. Dans la lignée de son prédécesseur, le président commence à développer son propre culte de la personnalité et n’a donné aucun signé de libéralisation de la société, dans le silence intéressé (le Turkménistan est riche en hydrocarbures) de la communauté internationale. Dans ce contexte, l’annonce surprise d’une élection présidentielle en février 2012, à laquelle l’opposition est conviée, suscite bien plus de circonspection que de réel espoir.
Utilisés comme relais des “exploits” et “bienfaits” du président, exposés aux limogeages et nominations arbitraires, titres de presse, radios et télévisions sont rappelés à l’ordre s’ils ne démontrent pas assez de ferveur et de déférence au chef de l’Etat. Dans un paysage médiatique totalement contrôlé par l’Etat, seuls quelques médias basés à l’étranger diffusent une information indépendante, notamment Radio Azatlyk, le service turkmène de Radio Free Europe/ Radio Liberty, les sites d’information sur les droits de l’homme Khronika Turkmenistana et Gündogar, ou encore le portail de référence sur l’Asie centrale, Fergananews.
Les journalistes indépendants présents sur place sont contraints d’exercer leur profession dans la clandestinité sous peine d’être durement réprimés par le régime, adepte des enfermements arbitraires et de la torture. Depuis 2006, deux journalistes et militants des droits de l’homme, Sapardourdy Khadjiev et Annakurban Amanklytchev, croupissent dans des conditions terribles, dans une prison proche de Turkmenbashi (zone désertique à l’ouest du pays). Des mauvais traitements sont très vraisemblablement à l’origine de la mort de leur collègue Ogoulsapar Mouradova en septembre 2006. Le simple fait de relayer des informations peut avoir des conséquences très graves. En mars 2011, à l’âge de 80 ans, Amengelen Chapoudakov a été interné de force en hôpital psychiatrique pour avoir donné des informations à RFE/RL.
L’espoir venu d’Internet est réel mais ténu. Si le président Gourbangouly Berdymoukhamedov a permis aux Turkmènes d’avoir enfin accès au Web depuis 2008, l’abonnement au haut débit coûte encore la somme aberrante de 6 821 dollars par mois, dans un pays où le salaire mensuel moyen est de 200 dollars. Internet est donc limité à une infime partie de la population (moins d’1 %). De plus, la censure est telle que les Turkmènes n’ont accès qu’à une sorte d’Intranet national, baptisé Turkmenet. Les citoyens qui peuvent tout de même se permettre de s’abonner ou de fréquenter les cafés Internet (une quinzaine dans le pays), font face à des lenteurs de connexion, un filtrage extrême, et doivent accepter l’enregistrement de leur identité ainsi que des pages consultées. Bien entendu, Facebook et Twitter, ainsi que la plate-forme de blogs LiveJournal, très populaire dans les pays russophones, ne sont pas accessibles. Mais même dans cet atmosphère irrespirable, l’essor de l’Internet mobile commence sans doute, souterrainement, à changer la donne. L’explosion très meurtrière d’un dépôt d’armes près de la capitale, Achkhabat, le 7 juillet 2011, a mis à jour l’évolution des forces en présence. Les images et les témoignages enregistrés par de simples citoyens sur leurs téléphones mobiles sont parvenus à briser la censure imposée par les autorités. Les autorités ont montré qu’elles avaient pris la mesure de l’enjeu. Des net-citoyens et blogueurs auraient été arrêtés, certains se trouveraient encore détenus. Peu après l’explosion, le site Khroniki Turkmenistana, qui avait le premier relayé l’information et diffusé les images, a été hacké. L’identité des contributeurs et commentateurs a été publiée en lieu et place du site, les données des abonnés auraient été piratées. Alors que le champ médiatique traditionnel reste désespérément clos, la bataille de l’information 2.0 ne fait que commencer.
Fiche mise à jour en août 2011
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