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En juillet 2011, les élections générales donnent Yingluck Shinawatra, la sœur de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, vainqueur du scrutin. Les Thaïlandais espèrent sortir des crises politiques à répétitions et connaître une ouverture démocratique. Malheureusement, le nouveau gouvernement, non seulement ne met pas fin au recours abusif au crime de lèse-majesté, mais multiplie les mesures liberticides.
La presse thaïe est bien plus libre que celle des pays voisins. Les principaux quotidiens en anglais The Nation et Bangkok Post et en thaï, Daily News, Kom Chad Luek, Thai Rath, Matichon et Khaosod Daily jouissent d’une réelle liberté de ton, sauf sur un sujet tabou : le roi et la famille royale. La plupart des journalistes expriment la même révérence pour le roi Bhumipol que la très large majorité de la population. Les autres sont contraints à l’autocensure.
De graves événements politiques ont affecté les médias en 2010. Les affrontements entre l’armée et le Front national uni pour la démocratie et contre la dictature (UDD), plus connu sous le nom de "Chemises rouges", ont causé la mort de Hiroyuki Muramoto, cameraman japonais de l’agence Reuters, tué par balles, le 10 avril 2010 à Bangkok, et de de Fabio Polenghi, photojournaliste italien tué à Bangkok le mercredi 19 mai pendant l’assaut de l’armée contre les manifestants.
La fin des affrontements n’a pas entrainé l’arrêt de la répression à l’encontre des journalistes, pris en étau par les membres des deux principales coalitions. Un mois avant la dissolution de l’Assemblée nationale, en mai 2011, une dizaine de radios communautaires liées aux “Chemises rouges” basées à Bangkok et ses environs ont fait l’objet d’un raid des autorités. Deux mois après la victoire de l’opposition aux élections, en juillet 2011, une journaliste de la chaîne de télévision Channel 7, Somjit Nawakruasunthorn, était victime d’une campagne d’intimidation menée par des "Chemises rouges”. Ces derniers lui reprochaient de s’être adressée de façon inappropriée au nouveau Premier ministre Yingluck Shinawatra, au cours d’une interview.
Par ailleurs, la sécurité des journalistes est également compromise dans le sud du pays, où la rébellion islamiste continue de perpétrer des attentats,
Malgré l’annonce d’un réexamen des affaires de crime de lèse-majesté, véritable outil de censure politique, le nouveau gouvernement n’a fait aucun effort pour mettre un terme au recours abusif à l’article 112 du code pénal. En vertu de l’article, est coupable de crime de lèse-majesté “toute personne ayant diffamé, insulté ou menacé le roi, la reine, l’héritier présomptif ou le régent”. Une peine de trois à quinze ans de prison peut être requise.
Ainsi, le sort de la directrice du site d’information Prachatai, Chiranuch Premchaiporn, demeure incertain. La journaliste est accusée de violation des articles 14 et 15 du Computer Crimes Act de 2007. Déjà arrêtée dans le cadre d’une autre affaire, le 31 mars 2010, et inculpée du crime de "lèse-majesté", Chiranuch Premchaiporn pourrait faire face à une seconde condamnation pouvant aller jusqu’à cinquante ans de prison.
La loi sur la sécurité intérieure, qui remplace l’état d’urgence instauré en 2010, a favorisé l’escalade de la censure d’Internet. La blogosphère thaïe étant très active, avec près de 30% de la population connectée à Internet, le Web fait l’objet d’une étroite surveillance. A la fin de l’année 2010, le ministère de la Justice a créé une unité de cyber scouts, chargée de traquer les contenus “illicites” sur la toile. En janvier 2011, entre 80 000 et 400 000 URL auraient ainsi été bloquées. Les sites alternatifs d’information suspectés de soutenir le mouvement des “Chemises rouges” sont souvent censurés, et les blogs critiquant le gouvernement, valent fréquemment à leurs auteurs des accusations de lèse-majesté.
Surapak Phuchaisaeng et Ampon Tangnoppakul font partie des premiers net-citoyens arrêtés pour lèse-majesté depuis la prise de fonction du nouveau gouvernement. Surapak Phuchaisaeng est un net-citoyen thaïlandais âgé de 40 ans, arrêté le 2 septembre 2011, à Bangkok, et accusé de lèse-majesté après avoir posté des photos, des vidéos et des messages sur Facebook. Thanthawut Thaweewarodomkul, condamné en mars 2011 à 13 ans de prison pour lèse-majesté, attend toujours son jugement en appel, depuis sa cellule de 25 m², où s’entassent une trentaine de prisonniers dans des conditions d’hygiène déplorables.
Autant de signes qui laissent craindre que la politique de répression de l’Etat ne perdure. Le taux de condamnation avoisine toujours les 95 %. Plusieurs net-citoyens sont toujours emprisonnés, la plupart pour avoir violé le Computer Crimes Act.
Fiche réactualisée en octobre 2011
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