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Inspirés par leurs voisins tunisiens et égyptiens, les Syriens ont commencé en mars 2011 à exprimer leur aspiration au changement démocratique. Le régime de Bachar Al-Assad n’a pas hésité à réprimer dans le sang ce mouvement de protestation, timide au début. Six mois plus tard, un point de non-retour a été franchi. Les Syriens n’aspirent plus seulement à des réformes. Ils exigent aujourd’hui la chute du régime.
Malgré l’apparition de médias privés, le parti Baas a toujours conservé une mainmise totale sur le contenu de l’information. Le retour de la Syrie sur la scène internationale en 2008 n’avait pas changé la donne. La Toile est loin d’être épargnée par la censure, avec plus de 200 sites inaccessibles. En 2005, le ministère de l’Information avait entrepris de refondre le code de la presse en y incluant Internet. Depuis 2007, une loi oblige les gérants de cybercafés à enregistrer tous les commentaires publiés par leurs clients sur des forums de discussion. Fin 2010, un projet de loi sur la communication sur Internet, destiné à restreindre davantage la circulation de l’information sur la Toile, élaboré par le Premier ministre Mohammad Naji Otri a été approuvé en Conseil des ministres.
Depuis le début du mouvement de contestation populaire à la mi-mars 2011, les exactions contre les professionnels des médias se sont multipliées. Le pouvoir empêche les journalistes de couvrir les manifestations, leur interdisant de se rendre sur place. De nombreux journalistes et blogueurs syriens ont été arrêtés et torturés en détention. Les cas d’agressions physiques sont quotidiens. Des journalistes étrangers, notamment travaillant pour les agences de presse Associated Press et Reuters, ont été arrêtés et expulsés. La chaîne qatarie Al-Jazeera a annoncé, le 27 avril 2011, sa décision de suspendre, pour une durée indéterminée, toutes ses activités sur l’ensemble du territoire syrien en raison des multiples intimidations et menaces reçues par ses équipes. Les employés syriens de la chaîne ont fait l’objet de nombreuses menaces de la part des autorités, les locaux ont été vandalisés, visés par des jets de pierres et d’oeufs. Après avoir quasiment arrêté toute délivrance de visa, les journalistes étrangers semblent pouvoir rentrer au compte-goutte.
En outre, les Syriens et les étrangers résidant dans le pays ont peur de témoigner auprès des médias. Les autorités syriennes parviennent ainsi à imposer un black-out médiatique sur les manifestations et les exactions commises par les forces de l’ordre pour mâter la contestation.
La Toile est particulièrement surveillée, avec un rôle de plus en plus accru de la cyber-armée dont s’est équipé le régime. Propagande pro-Bachar Al-Assad, diffusion de fausses informations, hacking de boîtes mail et comptes des réseaux sociaux, phishing, etc. une véritable guerre de l’information… et de la désinformation est en train de se jouer en Syrie.
C’est dans ce contexte que le président syrien a promulgué, le 28 août 2011, un décret législatif sur la loi des médias, dans le cadre des réformes annoncées pour juguler la contestation contre le régime. Mais quel crédit apporter à ce texte qui se veut le symbole de la libéralisation de la presse dans son pays ? De manière schizophrénique, le décret appelle au “respect des libertés fondamentales présentes dans la déclaration universelle des droits de l’homme et des conventions internationales” alors que la répression fait rage depuis bientôt six mois. Les dispositions prévues à l’article 11, qui stipule que “toute attaque contre un professionnel des médias sera assimilée à une attaque à l’encontre d’un fonctionnaire de l’Etat syrien”, apparaissent délirants quand on connaît la situation sur le terrain.
La Syrie figure au 173e rang, sur 178, du classement mondial de la liberté de la presse publié en octobre 2010 par Reporters sans frontières. Ce pays est également sur la liste des « Ennemis d’Internet ». Le président Bachar al-Assad fait partie des 38 prédateurs de la liberté de la presse.
Actualisé le 1er septembre 2011
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