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Malgré la fin de la guerre civile, assassinats, agressions, kidnappings, menaces et censure continuent dans l’île. Les plus hauts responsables de l’Etat, notamment le secrétaire à la Défense, sont directement impliqués dans de graves violations de la liberté de la presse qui frappent autant les journalistes tamouls que cingalais.
Profitant de sa popularité obtenue de l’écrasante victoire militaire sur les séparatistes tamouls des Liberation Tigers of Tamil Eelam (LTTE), le président Mahinda Rajapaksa s’est fait réélire en janvier 2010 dans un contexte de propagande et de répression des voix dissidentes. De tous les pays avec un gouvernement démocratiquement élu, le Sri Lanka est le moins respectueux de la liberté des médias.
Le chef de l’Etat et son entourage, notamment son frère, Gotabhaya Rajapaksa, secrétaire à la Défense, considéré par Reporters sans frontières comme un prédateur de la liberté de la presse, ont mis en place un système de contrôle des médias d’Etat et d’intimidations qui poussent les journalistes de la presse privée à l’autocensure. Ainsi, lors de la semaine précédant le scrutin de janvier, 96,7 % des programmes d’informations des chaînes d’Etat Rupavahini et ITN ont été dédiés aux activités du président sortant et de ses supporters, et moins de 3,3 % à l’opposition.
Alors que la guerre qui a fait plusieurs milliers de victimes civiles dans le Nord s’est déroulée sans la présence de journalistes sri lankais et étrangers indépendants, certaines zones du pays sont toujours interdites d’accès à la presse. Par ailleurs, dans les régions tamoules, des groupes paramilitaires, notamment l’Eelam People’s Democratic Party (EPDP) dans la péninsule de Jaffna et le groupe de Karuna dans l’Est, dont les deux dirigeants sont ministres, mènent des actions de représailles à l’encontre des médias qui leur résistent.
Des secteurs de l’armée et les cercles cingalais ultranationalistes mènent une politique d’intimidation des médias critiques, plus particulièrement les soutiens du général Sarath Fonseka, devenu en 2009 le principal opposant. Quelques publications, notamment Ravaya, The Sunday Leader ou Daily Mirror, osent critiquer la politique gouvernementale. Mais des dizaines de journalistes et de militants de la liberté de la presse, parmi les plus engagés, ont été contraints à l’exil, certains après avoir été détenus et torturés.
Dans la foulée de la proclamation de la victoire électorale de Mahinda Rajapaksa, plusieurs journalistes ont été arrêtés, notamment Chandana Sirimalwatta, directeur du journal Lanka, puni ainsi d’avoir soutenu l’opposition. Les locaux du quotidien ont également été fermés. Il est de fait de plus en plus difficile d’enquêter sur la corruption. Par exemple, en octobre, des journalistes ont été agressés et d’autres interpellés, alors qu’ils tentaient de s’approcher d’un "palais" construit avec des fonds publics par un membre de la famille du chef de l’Etat.
Si les Tigres tamouls n’ont plus la capacité d’imposer la loi du silence par la peur, leurs soutiens au sein de la diaspora continuent à intimider les journalistes qui tentent de faire vivre la liberté d’expression dans la communauté tamoule. Sur Internet notamment, les sites qui relaient la propagande des LTTE passent sous silence leur débâcle et les crimes commis à l’encontre des civils. Mais les journalistes tamouls, notamment ceux accusés de défendre la "cause", doivent d’abord craindre les groupes paramilitaires qui peuvent compter sur une protection bienveillante des forces de sécurité. A Jaffna, les principaux quotidiens tamouls, notamment Uthayan, continuent à recevoir des lettres de menaces de mort, les accusant de faire le jeu des "terroristes".
L’impunité est totale sur les dizaines de crimes commis contre des reporters pendant la guerre civile et lors de la dernière campagne électorale. Ainsi, la police piétine dans l’enquête sur le meurtre de Lasantha Wickrematunga, célèbre directeur de publication du Sunday Leader, à Colombo, en janvier 2009. Le frère du journaliste, Lal Wickrematunga, qui a repris la direction du quotidien, a déclaré : "L’examen du dossier a été reporté 24 fois devant la justice. Chaque fois, la police affirme ne pas avoir assez d’éléments. Et le seul témoin oculaire a disparu depuis plusieurs mois."
Trois journalistes, dont deux basés à Jaffna, sont portés disparus. Ainsi, l’analyste politique et caricaturiste Prageeth Eknaligoda a été kidnappé le 24 janvier 2010, deux jours avant le scrutin présidentiel. Enlevé dans la capitale, le journaliste collaborait au site LankaeNews.com. Perçu comme un soutien du candidat d’opposition, c’est ce même site qui a été bloqué quelques heures avant l’annonce des résultats de l’élection. Lankanewsweb, Infolanka et Sri Lanka Guardian sont également interdits d’accès par le principal fournisseur d’accès public.
Même s’il a été libéré sous caution en janvier, le journaliste tamoul J. S. Tissainayagam du Sunday Times, condamné à vingt ans de prison en août 2009 pour "incitation au terrorisme", devra affronter un procès en appel pour ses articles dénonçant la stratégie militaire des autorités. Il a passé plus de vingt et un mois en prison, dont les premières semaines dans des conditions très difficiles.
Pour la presse étrangère, les conditions de travail sont précaires. Après avoir été empêchés de couvrir la guerre civile, les journalistes ne sont toujours pas les bienvenus dans les zones contrôlées par l’armée et, en janvier dernier, après l’annonce des résultats de l’élection, un conseiller du président a traité de "peau blanche" une journaliste suisse qui lui posait une question délicate. Des photoreporters d’agences de presse internationales sont toujours en exil après avoir été menacés de mort par des partisans du pouvoir.
Fiche actualisée en mars 2010
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