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Russie

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Fiche réactualisée en août 2011.

A son arrivée au pouvoir en 2008, le président Medvedev a donné des signes d’une certaine volonté de libéralisation. Néanmoins, les tendances politiques de l’ère "Poutine" se confirment : reprise en main des régions, constitution d’un quasi “parti unique”, dérive liberticide de la “lutte contre le terrorisme” sont les maîtres mots d’un pouvoir peu enclin à accepter la critique. Alors que la majeure partie de la population russe accède à l’information via la télévision, l’absence de pluralisme dans le secteur audiovisuel est criant. Dans la presse, seuls quelques titres nationaux échappent au contrôle de l’Etat et garantissent un minimum de pluralisme, avec à leur tête Novaïa Gazeta. Les radios Ekho Moskvy ou Radio Svoboda sont d’autres exemples de sources d’information indépendantes. Mais au niveau local, la situation est plus contrastée : certaines régions russes, comme celle de Perm, bénéficient de médias relativement libres, tandis que dans d’autres, le contrôle du pouvoir politique ou de potentats locaux, notamment liés aux grands groupes énergétiques et industriels, est total. Dans le Caucase, seuls quelques médias réalisent malgré de très fortes pressions un travail d’information indépendant : Dosh ou encore Tchernovik sont des exemples d’abnégation journalistique.

Si les procédures judiciaires sont fréquentes, la violence contre les journalistes reste le principal problème : les attaques contre les journalistes sont régulières et restent souvent impunies, malgré les déclarations d’intention du président Medvedev à ce sujet. Selon la Fondation de Défense de la Glasnost, organisation partenaire de Reporters sans frontières, il y aurait eu au moins 58 agressions de journalistes en 2010. Le sentiment d’insécurité permanent chez certains journalistes a pour conséquence le développement de l’auto-censure. La corruption de certains hauts fonctionnaires, les exactions des forces de l’ordre ou encore les problèmes environnementaux restent des sujets très sensibles. La couverture des manifestations contre la destruction de la forêt de Khimki (au nord de Moscou) a été émaillée de nombreuses agressions physiques, comme pour le journaliste Mikhaïl Beketov.

Après l’année “noire” de 2009 où 5 journalistes ont été tués en raison de leurs activités journalistiques, la mort de Magomedsharif Sultanmagomedov en 2010 et celle de Iakhia Magomedov en 2011 rappellent que le Caucase du Nord reste la région la plus dangereuse pour les journalistes. En Tchétchénie, le président Kadirov se comporte en tyran, alors que le non-droit règne et s’étend aux autres régions du Caucase, notamment au Daghestan, mettant en péril la vie des journalistes qui y travaillent. Depuis 2000, 26 journalistes sont morts en Russie pour avoir exercé leur métier. Les enquêtes stagnent et remontent rarement aux commanditaires, haut placés ou bien protégés, de ces assassinats. Au deuxième semestre 2011, certaines affaires emblématiques ont connu des avancées significatives, mais il serait hâtif d’en conclure à la fin de l’impunité : le meurtrier présumé d’Anna Politkovskaïa a enfin été arrêté et les assassins d’Anastassia Babourova ont été condamnés.

Internet, espace privilégié des voix indépendantes russes, est la nouvelle cible du pouvoir qui cherche à développer le filtrage et la surveillance en ligne. Les blogueurs sont victimes de pressions judiciaires, souvent en vertu de la loi sur la “lutte contre l’extrémisme” amendée en juillet 2007. Les cyber-attaques se multiplient également, notamment à l’encontre de plateformes comme LiveJournal, ou de sites de quotidiens indépendants, comme celui de Novaïa Gazeta. Le blocage de sites ou les attaques contre les blogueurs sont de plus en plus fréquents, ce qui a amené Reporters sans frontières à placer la Russie comme pays “sous surveillance” dans la liste des “ennemis d’Internet” publiée le 12 mars 2011. Pour Internet comme pour les autres supports d’expression, la censure est désormais largement décentralisée. Mais étrangement, alors qu’avec l’idée de “verticale du pouvoir” les autorités centrales prétendent reprendre en main la société, dans ce domaine, les rappels à l’ordre tardent.

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