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S’il existe des journaux privés, la plupart appartiennent à des membres de la famille régnante. Aussi la pratique journalistique relève-t-elle de l’équilibrisme. Cette situation rend périlleuse toute analyse critique des décisions prises par les autorités de Doha, ou de manière générale sur le Qatar. Les pressions politiques - et économiques - pèsent lourdement sur la ligne éditoriale des journaux.
Comme dans les autres pays du Golfe, la presse nationale est très fortement marquée par l’autocensure. Et tout comme aux Emirats arabes unis, la plupart des collaborateurs des journaux du pays sont des étrangers. Leur séjour étant étroitement lié au respect des lignes rouges imposées par le pouvoir, ils redoublent d’autocensure, afin d’éviter une expulsion du pays.
Les journalistes chargés des questions économiques font souvent face à d’importants obstacles pour couvrir l’actualité économique, craignant d’être accusés de porter atteinte à l’image du Qatar, qui cherche à attirer les investissements étrangers. L’accès à l’information étant particulièrement difficile dans ce domaine, ils se contentent de reprendre les communiqués officiels.
Paradoxalement, ce même pouvoir a su défendre la liberté éditoriale d’Al-Jazeera, au détriment parfois de ses relations diplomatiques avec certains pays arabes, comme la Tunisie. Cette contradiction s’exprime de manière flagrante dans l’écart entre la hardiesse de ton dont font preuve les journalistes d’Al-Jazeera sur l’actualité internationale, et la retenue – voire l’autocensure - dont font preuve, sur les questions qataries, les journalistes de la chaîne, et ceux des autres médias nationaux.
Le code qui régit la presse écrite – le code des publications - remonte à 1979, et n’a pas été réformé depuis, et ce malgré une transformation radicale du paysage médiatique. La loi multiplie les interdits. Par ailleurs, la formulation même du code permet de larges interprétations, donnant aux autorités des prérogatives importantes : à tout moment le bureau du Premier ministre peut élargir la liste des interdictions, par simple notification aux médias. Toute entrave aux règles peut conduire à l’interdiction de l’organe de presse, sans possibilité de recours judiciaire, et à l’incarcération d’un journaliste pour “calomnie“ et “diffamation“.
Par ailleurs, les autorités contrôlent la diffusion des publications étrangères dans le pays, censurant tout contenu jugé contraire aux valeurs politiques, religieuses et morales du pays. Internet est également l’objet des attentions du pouvoir qui filtre les informations critiques envers le Qatar.
Face à ces difficultés, les journalistes sont d’autant plus démunis qu’il n’existe pas, au Qatar, d’association susceptible de les défendre auprès de leurs employeurs ou des autorités, en l’absence totale de liberté syndicale.
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