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Pakistan

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L’offensive des taliban et les conflits politiques qui secouent le pays ont des répercussions de plus en plus sévères pour les journalistes. Le Pakistan est le pays du monde où le plus grand nombre de reporters ont été assassinés en 2009. Les attaques contre les médias et les clubs de la presse se multiplient dans les zones tribales, mais également au Baloutchistan et parfois dans les grandes villes.

Si la Constitution de 1973 garantit la liberté de la presse, la loi contient toujours de nombreux articles qui permettent de condamner des journalistes à des peines de prison, notamment pour "diffamation", "immoralité", offense à l’islam ou à la souveraineté du pays. Si aucun professionnel des médias n’est actuellement emprisonné, il n’est pas rare que des reporters soient "interpellés" quelques heures par les services secrets.

Le président Asif Ali Zardari, qui dirige un gouvernement fidèle au PPP, a mis fin à la politique de harcèlement et de censure systématique mise en place par le général Pervez Musharraf. Mais, confrontées à des tensions politiques, les autorités ont toujours le réflexe de la censure. Ainsi, en mars 2009, elles ont jugé nécessaire de bloquer les chaînes d’informations Geo News et Aaj au moment où celles-ci couvraient des manifestations d’avocats.

Les autorités d’Islamabad ont annulé certaines ordonnances liberticides héritées de Pervez Musharraf, mais elles n’ont pas, par exemple, donné son indépendance à l’autorité de régulation des médias audiovisuels.

Dans la vallée de Swat, où le gouvernement a accepté l’application de la Charia exigée par les taliban, en échange de l’arrêt des hostilités, les journalistes sont contraints à l’autocensure. Ils sont en effet victimes de la terreur imposée par les taliban grâce à leurs radios FM illégales. C’est dans cette vallée que le journaliste Mosa Khankhel a été sauvagement assassiné en 2009, alors même qu’il couvrait l’accord de paix.

Dans les zones tribales, les rares journalistes sont à la merci des taliban qui tentent de leur imposer par la force une couverture favorable de leur "djihad", tandis que l’armée et les autorités locales tolèrent mal les informations sur les dérapages de la "guerre contre le terrorisme". Ainsi, dans le district de Bajaur, pris entre deux feux, des dizaines de journalistes ont fui la guerre. Ceux restant sur place ont été menacés. Un journaliste menacé de mort par une fatwa affirme : "Je ne peux pas quitter mon domicile de peur d’être kidnappé ou tué. Je vis coupé du monde." Dans la zone tribale du Waziristan cette fois, des inconnus ont distribué des tracts menaçant de mort ceux qui travaillent pour des médias étrangers.

La presse internationale est tenue à l’écart de ces zones frontalières où sévissent djihadistes et mafias. Les journalistes indiens ne sont pas forcément les bienvenus au Pakistan, comme cette équipe de la chaîne NewsX, malmenée par des militaires en civil à Lahore, en février 2009.

L’armée pakistanaise, notamment les services secrets (ISI et Military Intelligence), menace les journalistes qui enquêtent sur les abus de pouvoir et sur les disparitions, notamment celles de centaines de Baloutches, commises sous le régime de Pervez Musharraf. Au Baloutchistan, au Cachemire pakistanais et dans les zones tribales, il est très difficile d’enquêter en sécurité. Le journaliste baloutche Javid Lehri a été détenu et torturé par la police militaire. De son côté, l’homme d’affaires baloutche Munir Mengal a été détenu au secret près de deux ans par les renseignements militaires pour avoir voulu créer la chaîne de télévision satellitaire Baloch Voice.

Au Baloutchistan, la situation se dégrade. Les groupes islamistes et parfois les forces de sécurité visent les partisans de la cause baloutche, comme Jan Muhammad Dashti, rédacteur en chef du quotidien Asaap, publié à Quetta, qui a échappé début 2009 à une tentative d’assassinat. Son journal est privé de publicité gouvernementale.

L’impunité est totale dans les affaires d’assassinat ou d’agression de journalistes. Depuis au moins quatre ans, aucun attaquant n’a été inquiété par la police. Dans l’affaire du photographe Hayatullah Khan, kidnappé et tué dans les zones tribales, les autorités refusent de publier les résultats d’une mission d’enquête réalisée par un juge.

Très mobilisée contre les violences, l’Union fédérale des journalistes du Pakistan (PFUJ) dénonce régulièrement le caractère déplorable des conditions salariales des professionnels des médias, ce qui affaiblit l’indépendance de la profession.

Les sites d’informations sont de plus en plus consultés et influents. Le gouvernement dispose d’une loi sévère pour punir les "crimes" sur Internet, notamment la diffusion de contenus qui lui sont hostiles. Il bloque certains sites d’opposition, et en particulier ceux de la communauté baloutche.

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