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Libye

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Après avoir multiplié les signes d’ouverture dans le domaine de la liberté de la presse au cours des deux dernières années, le gouvernement est récemment revenu sur ces avancées en menant une campagne contre les médias, notamment les sites d’informations indépendants. Le carcan législatif répressif est par ailleurs maintenu.

Recul sur des avancées

Le 20 août 2007, la société Al-Ghad avait reçu l’autorisation de lancer deux journaux, Oea et Quryana, ainsi qu’une chaîne de télévision satellitaire Al-Libiya. Cette décision créant les premiers médias privés en Libye avait suscité d’importants espoirs et attentes au sein de la population, et ce même si Al-Ghad est contrôlée par Seif al-Islam Kadhafi, un des trois fils de Mouammar Kadhafi. Ces médias bénéficiaient d’une plus grande liberté de ton que les médias gouvernementaux.

En outre, le 22 novembre 2008, l’Agence France-Presse a pu – enfin - ouvrir un bureau à Tripoli. Son correspondant permanent, un journaliste étranger, est officiellement accrédité. Et le 23 février 2009, la société Al-Ghad a annoncé l’autorisation pour quatre-vingt-dix journaux et publications arabes et étrangèrs d’être à nouveau vendus en Libye. Une première après 25 ans d’interdiction.

Mais si de nombreux changements sont survenus au cours des dernières années, grâce notamment à l’impulsion de Seif al-Islam Kadhafi, l’ouverture n’a pas duré. La nationalisation, en juin 2009, de la chaîne Al-Libiya, ainsi qu’une nouvelle chaîne Al-Wasat a constitué l’amorce d’un retour en arrière, même si on a pu lire des articles critiques relatifs à cette décision dans Oea. En janvier 2010, Oea et Quryana ont dû cesser de paraître, suite au refus de l’Autorité générale de la presse de continuer à les imprimer, prétextant le défaut de paiement de certaines factures. Depuis, les titres continuent à publier en ligne.

Par ailleurs, si les sites d’informations indépendants basés à l’étranger, tels que Libya Al-Youm, Al-Manara et Jeel Libya, ont longtemps été accessibles en Libye, et leurs correspondants autorisés à travailler dans le pays, les autorités ont commencé, en janvier 2010, à censurer Internet, en bloquant le site YouTube depuis le 24 janvier. Cette décision fait suite à la publication en ligne de vidéos relatives aux manifestations de familles de prisonniers dans la ville de Benghazi, et d’images de membres de la famille de Mouammar Kadhafi au cours de soirées. Le 24 janvier 2010, d’autres sites d’opposition indépendants ont également été bloqués. Une campagne de protestation sur Facebook, organisée depuis par des net-citoyens, des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme libyens, vise à demander que ces sites soient à nouveau accessibles.

Enfin, les autorités ont récemment mis en place un nouvel organe (Niyaba As-Sihafa), chargé de contrôler les journalistes et les professionnels des médias qui publient des rapports et des enquêtes sur les affaires de corruption en Libye.

C’est dans ce contexte que quatre journalistes de l’émission « Massaa Al-Kheir Benghazi » (Bonsoir Benghazi), de la radio Benghazi, ont été arrêtés le 16 février 2010 au soir. Ils ont été libérés le lendemain. Ce programme est spécialisé dans la dénonciation de la corruption administrative et financière dans la ville de Benghazi. Les journalistes abordent également des questions politiquement sensibles, telles que le massacre de la prison d’Abu Salim en juin 1996. Le directeur de la radio, qui a suspendu l’émission, a licencié les quatre journalistes et leur a interdit l’accès aux locaux de la radio.

Maintien d’un carcan législatif répressif

Dans son article 13, la Constitution de 1969 garantit le droit à la liberté d’expression mais “dans les limites de l’intérêt public et des principes de la Révolution“. Le code de la presse de 1972 est également très restrictif. Quant au code pénal, l’article 178 prévoit des peines d’emprisonnement à vie pour toute diffusion d’information qui tendrait à “ternir la réputation du pays ou à saper la confiance en elle à l’étranger“. L’article 207 stipule que serait condamnée à mort “toute personne qui propage dans le pays, par quelque moyen que ce soit, des théories ou des principes visant à changer les principes fondamentaux de la Constitution ou les structures fondamentales du système social, ou visant à renverser les structures politiques, sociales ou économiques, ou à détruire les structures fondamentales du système social en utilisant la violence, le terrorisme ou tout autre moyen illégal“.

Depuis 2003, la question de la révision du code pénal est évoquée. Le dernier projet date de 2009. S’il contient un certain nombre d’améliorations, ce projet comprend toujours des dispositions qui restreignent considérablement la liberté de la presse. De telles dispositions vont à l’encontre des obligations internationales de la Libye, partie prenante à sept traités internationaux de défense des droits de l’homme.

Dans un discours prononcé en août 2007, Seif al-Islam Kadhafi a clairement énoncé les quatre lignes “rouges“ à ne pas dépasser en matière de liberté d’expression : 1) l’application de la loi islamique, le Coran et ses obligations, 2) la sécurité et la stabilité de la Libye, 3) l’intégrité territoriale du pays, et 4) Mouammar Kadhafi. A plusieurs reprises Seif al-Islam Kadhafi a souligné que sa personne n’était pas une ligne rouge. Mais le contour des lignes rouges est laissé à la libre interprétation des juges.

Le carcan répressif engendre nécessairement un fort degré d’autocensure chez les journalistes.

Reporters sans frontières est toujours sans nouvelles de l’enquête au sujet de la disparition du journaliste Abdullah Ali al-Sanussi al-Darrat depuis son incarcération en 1973.

Réactulisée en mars 2010

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