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Dirigé d’une main de fer depuis l’indépendance par Nursultan Nazarbaïev, le Kazakhstan fait figure de modèle économique pour ses voisins d’Asie centrale. En revanche, le pays est loin d’être un modèle de démocratie. La liberté d’informer était déjà mise à mal par des lois répressives et le harcèlement constant des médias indépendants et d’opposition. La situation s’est encore dégradée ces derniers mois.
La Kazakhstan a assumé en 2010 la présidence tournante de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Mais cette première pour un pays de l’ancien bloc soviétique, attendue comme un test, ne s’est pas accompagnée des progrès démocratiques espérés. En 2011, un mouvement social inédit, une vague d’attentats étranges et les ennuis de santé du chef de l’Etat ont contribué à crisper les autorités encore davantage. Les médias couvrant ces thèmes sont victimes d’une répression violente, tandis que le contrôle sur Internet s’est encore accru.
« Réélu » à 95% pour un nouveau mandat présidentiel en avril 2011, le président Nursultan Nazarbaïev reste le leader incontesté. Mais des rumeurs persistantes sur sa mauvaise santé attisent en sous-main une âpre guerre de succession. La campagne électorale a été marquée par un climat de tension palpable. Un nombre inhabituel de sites a été temporairement bloqué, dont ceux de Radio Free Europe, de la BBC et de la chaîne indépendante centre-asiatique K+.
Internet est resté dans le collimateur des autorités une fois l’élection passée. L’enjeu est considérable dans un pays où l’accès à la Toile se généralise rapidement, notamment grâce à la téléphonie mobile. En mai 2011, le gouvernement a exigé que Google n’utilise que des serveurs basés sur le territoire kazakh, afin de pouvoir contrôler au mieux les informations qui y transitent. Il a cependant dû faire machine arrière devant le refus de l’entreprise, qui a préféré annoncer qu’elle quittait le pays en fermant son site google.kz. Ce bras de fer illustre les efforts des autorités pour « nationaliser » le Net, imposant aux domaines en .kz de gérer leur trafic exclusivement via des serveurs locaux. En août, une vingtaine de sites jugés “extrémistes” a été bloquée sur décision d’un tribunal d’Astana (capitale). Parmi eux, les très populaires plate-formes de blogs LiveJournal et LiveInternet.
Le trio de médias indépendants constitué par Stan TV (www.stan.tv), la chaîne satellitaire K+ et l’agence de presse Namystan, a fait l’objet d’un harcèlement particulier. Le premier fournit du contenu vidéo à la seconde, tandis que la troisième reprend et diffuse plus largement leurs informations. Ils sont parmi les rares médias, avec le journal Respublika, à briser le silence sur la grève des salariés du secteur pétrolier de la région de Mangistau (Ouest). Malgré plusieurs vagues de répression et des assassinats dans les rangs des syndicalistes, celle-ci se prolonge depuis plusieurs mois, un précédent qui ne laisse pas d’inquiéter les autorités. Multipliant les inspections « techniques », la justice s’est appuyée sur les prétextes les plus absurdes pour obtenir la fermeture des locaux de Namystan et de Stan TV. En revanche, elle s’est pour l’instant révélée impuissante à retrouver les auteurs de plusieurs agressions violentes contre des collaborateurs du site.
La censure n’est pas en reste pour la presse écrite : des décisions judiciaires de complaisance continuent de se succéder, condamnant certains titres à des amendes astronomiques. Le principal hebdomadaire d’opposition Respublika a été contraint à la fermeture. La licence de Moïa Respublika, qui devait lui succéder, a été « égarée » par le ministère de la Presse. C’est finalement sous le titre de Golos Respubliki que paraissent aujourd’hui ses exemplaires, réalisés par risographe (copieur numérique). Et encore, ceux-ci sont-ils régulièrement confisqués par les forces de l’ordre.
S’il sort de prison comme prévu en janvier 2012, le réacteur en chef d’Alma-Ata Info, Ramazan Eserguepov, aura purgé l’intégralité de sa peine, sans égard pour sa santé fragile. Il a été arrêté et incarcéré en janvier 2009, alors qu’il était hospitalisé, pour avoir publié un article révélant des connivences entre des fonctionnaires du Service de la sécurité nationale (KNB) et les milieux d’affaires.
La vigilance est donc plus que jamais de rigueur au Kazakhstan. Connu jusqu’à présent comme un havre de stabilité dans une Asie centrale en convulsion, le pays semble entrer dans une zone de turbulences. Et pour l’instant, la réponse des autorités est d’intensifier la répression.
Fiche actualisée en novembre 2011
Kazakhstan - 2 mai 2012
Kazakhstan - 20 avril 2012
Un journaliste d’opposition grièvement blessé après une tentative d’assassinat
Kazakhstan - 15 mars 2012
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