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Entre un projet de réforme liberticide et les menaces des mafias, la situation de la liberté de la presse en Italie inquiète de plus en plus ses voisins européens. L’emprise des mouvements mafieux sur le secteur des médias se renforce et contraint une grande partie des journalistes à la prudence. Le retour au pouvoir de Silvio Berlusconi repose de nouveau la question de la concentration des médias audiovisuels et de leur contrôle par le pouvoir exécutif. Les réformes législatives entreprises autour de la publication de certains actes juridiques constituent par ailleurs une évolution incompatible avec les standards démocratiques de l’Union européenne.
Les journalistes qui enquêtent sur les activités mafieuses et la criminalité organisée, en particulier dans le sud de la péninsule, le font toujours à leurs risques et périls. Une dizaine d’entre eux (dont Roberto Saviano, Lirio Abbate, Rosanna Capacchione, etc.) vivent toujours sous protection policière. Un phénomène qui touche aujourd’hui le monde du sport, où de nombreux journalistes spécialistes du foot sont victimes de menaces formulées par des groupes de supporters violents, s’exprimant le plus souvent dans les stades par des chants ou des banderoles.
Les mesures de rétorsion à l’encontre de la presse sont diverses : voitures ou portes des maisons incendiées, lettres de menaces, pressions sur les familles sont autant de « conseils » promulgués à ceux qui s’obstinent à dénoncer le mauvais fonctionnement de la société italienne. L’emprise des groupes mafieux sur la sphère médiatique est devenue telle qu’ils ont rejoint en 2009 la liste des prédateurs de la liberté de la presse.
Situation atypique au sein de l’Union européenne, le Premier ministre Silvio Berlusconi contrôle toujours les trois chaînes de la télévision publique RAI d’une part, et, d’autre part, le principal groupe de radiotélévision privé national Mediaset. Une prédominance qui amplifie les ingérences politiques dans les lignes éditoriales, et qui favorise l’autocensure d’une partie de la profession. La télévision, qui demeure la principale source d’information pour 80% de la population, attire également la plus grande part des recettes publicitaires nationales. La loi promulguée par le ministre Gasparri a annulé toute limite dans l’établissement des quotas de répartition des recettes publicitaires, ouvrant la porte à une « réorientation » parfois massive des budgets vers les chaînes de télévision nationales, en particulier vers les chaînes appartenant à la famille Berlusconi.
D’autres problèmes récurrents demeurent, tel que l’accès à la profession, qui reste toujours très réglementé. En Italie, pour devenir journaliste, il faut réussir un concours et s’inscrire obligatoirement à un ordre professionnel. La diffamation est toujours pénalisée, et l’accès aux données publiques ou privées n’est, dans les faits, toujours pas respecté.
Le nouveau projet de loi sur la publication des actes juridiques, toujours en cours d’examen, fait peser de graves menaces sur le journalisme d’investigation. La réforme du code prévoit en effet l’interdiction de publier de nombreux actes juridiques, en particulier les écoutes administratives ordonnées par le parquet, jusqu’à la fin de l’enquête en cours. L’interdiction de publication concerne également le travail des commissions d’enquête. Si un projet de loi venait à être adopté, les journalistes seraient dès lors dans l’incapacité d’informer l’opinion publique sur les éventuelles arrestations, saisies ou perquisitions ordonnées par les magistrats. La publication d’actes, de conversations ou de communications – dont la destruction a été ordonnée par le parquet – serait toujours interdite. En cas de violation de ce secret, le journaliste, ou le média incriminé, risquerait des peines de prison, de très lourdes amendes, et une interdiction d’exercer sa profession pendant trois mois.
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