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Iran

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L’Iran se situe désormais au seuil du « trio infernal » (Erythrée, Corée du Nord, Turkménistan) des pays les plus répressifs en matière de liberté de la presse. Avec près de trente journalistes et blogueurs détenus, la République islamique d’Iran est devenue la plus grande prison du Moyen-Orient et l’une des cinq plus grandes prisons du monde pour les journalistes.

En 2009, la situation de la liberté de la presse s’est considérablement détériorée avec la répression du mouvement de protestation qui a suivi la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, le 12 juin, à la présidence. L’année avait mal commencé avec la mort du blogueur Omidreza Mirsayafi dans la prison d’Evin puis l’arrestation de la journaliste irano-américaine Roxana Saberi.

Après l’élection de juin, plus de cent journalistes ont été arrêtés et près d’une cinquantaine ont été contraints à l’exil. Par ailleurs, douze journaux ont été suspendus, et des milliers de pages Internet ont été bloquées.

Détenus pour la plupart à la prison d’Evin de Téhéran, certains journalistes ont été contraints de faire des aveux, subissant de fortes pressions psychologiques et des mauvais traitements. En août, un véritable procès stalinien s’est ouvert à Téhéran, au cours duquel les droits élémentaires des accusés ont été bafoués. Plusieurs journalistes et blogueurs étaient au banc des accusés, inculpés d’“espionnage à la solde de l’étranger“. Certains ont été libérés contre le versement d’une caution exorbitante, après avoir été condamnés à des peines allant de cinq à neuf ans de prison. Au total, plus de 75 années de prison ont été prononcées à l’encontre de journalistes, et près de trois milliards de tomans (soit 2 500 000 euros) de caution ont été versés. Ainsi, le journaliste Ahmad Zeydabadi, arrêté le 14 juin, a été condamné à cinq ans de prison, doublé d’une interdiction à vie, d’écrire. Il a été hospitalisé, le 20 août, suite aux conséquences d’une grève de la faim de dix-sept jours, et de quarante jours passés en isolement. Il est toujours en détention, alors qu’il a reçu le prix de la Plume d’Or en 2009. Fariba Pajooh, journaliste pour des journaux réformateurs, notamment Etemad-e Melli, et collaboratrice de médias étrangers tels que Radio France Internationale, a été libérée le 23 décembre 2009, après quatre mois de détention, dont près d’un mois à l’isolement.

Pour la première fois depuis la révolution de 1979, les autorités ont instauré une vérification systématique, par les services de sécurité, du contenu des publications avant leur parution. Plusieurs journaux ont été censurés suite à la publication d’articles contredisant le discours officiel, et plus d’une dizaine d’autres - dont des quotidiens nationaux - ont été suspendus.

La liste des professionnels des médias en exil s’allonge chaque jour. Six mois après le début de la répression, plus de cinquante journalistes ont quitté l’Iran. Cet exode est le plus important depuis la révolution de 1979.

Depuis le 12 juin, le régime a en outre développé une campagne de diabolisation des médias étrangers, surtout occidentaux, et d’Internet, les accusant d’être les “porte-parole des émeutiers”. Le 16 juin, le ministre de la Culture et l’Orientation islamique a interdit par décret aux médias étrangers de “participer ou de couvrir les rassemblements organisés sans autorisation du ministère de l’Intérieur”. Plusieurs journalistes étrangers ont été contraints de quitter le pays. Ceux qui ont pu rester subissent des pressions permanentes, comme on a pu le constater lors des dernières manifestations de décembre 2009.

Les autorités s’en sont également prises aux nouveaux médias, moteurs de la contestation. Ainsi, les sites d’informations susceptibles de contester la victoire de Mahmoud Ahmadinejad, et notamment une dizaine de sites Internet proches de l’opposition, ont été censurés à la veille de l’élection. Avant chaque manifestation de l’opposition, une censure brutale a frappé Internet afin d’empêcher la circulation d’informations et la mobilisation des opposants au régime. Ainsi, Mohammed Davari, rédacteur en chef du site d’informations Etemad-e Melli, a été arrêté le 8 septembre lors d’un raid des autorités au bureau du chef de l’opposition, Mehdi Karoubi, dans la capitale. Ordinateurs, documents et films ont été saisis sur place. Le site faisait état de mauvais traitements et de viols dans les prisons.

Par ailleurs, les autorités, avec l’aide des fournisseurs d’accès, ont mis en place une redirection des pages d’accueil de certains sites d’informations sur les pages de sites qui assurent la propagande du gouvernement. Les sites YouTube et Facebook sont difficiles d’accès et l’utilisation des proxies rendue compliquée par les lenteurs de la bande passante. Le réseau de téléphonie mobile a également été brouillé. Les autorités cherchent, en particulier, à bloquer l’envoi et la diffusion sur Internet de vidéos prises par téléphone portable.

Enfin, un projet de loi concernant les “délits d’Internet” a été voté à la fin mois d’août 2009. Cette loi est extrêmement dangereuse pour les internautes.

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