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Indonésie

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146 sur 179 dans le dernier classement mondial
  • Superficie : 1 904 569 km2
  • Population : 245 613 043 (juillet 2011)
  • Langue : Indonésien
  • Chef de l’Etat : Susilo Bambang Yudhoyono (depuis le 20 octobre 2004)

Le pluralisme de l’information ne cesse de se consolider en Indonésie, avec pas moins de 700 publications et 1 200 stations de radio, ainsi qu’une douzaine de télévisions nationales et locales. Mais le gouvernement peine à assurer une liberté totale pour les médias. Enquêter sur les problématiques environnementales, notamment sur les pollutions industrielles, reste un exercice très périlleux au sein du pays le plus touché par le problème de la déforestation. La justice est non seulement inefficace mais aussi répressive, car sous influence des politiques et de groupes de pression.

Si les agressions contre les médias ne sont pas fréquentes, elles s’avèrent souvent violentes. En 2010, dans la province des Moluques (Est), Ridwan Salamun, cameraman de la chaîne SUN TV, a été battu à mort par des villageois. Trois individus inculpés pour ce meurtre ont été récemment acquittés par la cour de Tual. La même année, au moins trois autres journalistes ont été tués dans des circonstances pouvant être liées à leur activité professionnelle. En mars 2011, Banjir Ambarita, journaliste au quotidien Jakarta Globe, a été poignardé par des motards, à Jayapura, capitale de la province de Papouasie, à l’extrême est de l’Indonésie.

Si la Constitution et la loi sur la presse sont censées garantir la liberté d’expression, le Code pénal, toujours archaïque, prévoit encore des peines de prison pour des délits de presse. En août 2010, Erwin Arnada, ancien rédacteur en chef de la version indonésienne de Playboy, avait, dans un premier temps, été condamné à deux ans de prison pour "attentat à la pudeur", avant de voir son jugement annulé par la Cour suprême, le 24 juin 2011. En mai 2011, Garuda Magazine, publication distribuée dans les avions de la compagnie aérienne Garuda Indonesia, s’est vue contrainte par la cour du sud de Jakarta à verser 12,5 milliards de roupies (plus d’un million d’euros) à Hutomo "Tommy" Mandala Putra, fils cadet du défunt dictateur Suharto, condamné pour assassinat en 2002, pour l’avoir qualifié de "meurtrier" dans l’une de ses publications. Ce dernier exemple illustre les passe-droits dont jouissent encore une partie de l’élite politique et économique indonésienne et qui peuvent affecter la presse.

L’environnement reste un sujet sensible et dangereux. Le principal obstacle pour une couverture indépendante des dégradations environnementales, réside dans la connivence entre les industriels (exploitants forestiers, entreprises minières, etc.) et les autorités locales. Complices, ils manient la "carotte et le bâton", pour reprendre les propos d’un journaliste indonésien, procédant à des intimidations et achetant les journalistes tentés d’exposer leurs pratiques répréhensibles. En juillet 2010, Ardiansyah Matra’is, journaliste d’enquête pour Merauke TV, se serait suicidé après avoir fait l’objet d’intimidations par des militaires, en raison de ses investigations sur le trafic de bois.

Des journalistes des provinces de Sumatra, Jambi et Riau, ont confirmé que les grandes entreprises parvenaient à éliminer les articles compromettant, en exerçant des pressions et en offrant des "enveloppes" aux journalistes locaux. Dans la province de Jambi, le groupe Sinar Mas est connu pour intimider régulièrement la presse qui s’intéresserait de trop près à ses activités. Ainsi, en mars 2010, Muhammad Usman, reporter local de la radio 68H, a été interpellé par des agents de sécurité de Sinar Mas près de la plantation Tabo Multi Agro.

Selon un responsable de la principale organisation indonésienne de journalistes Aliansi Jurnalis Indonesia (AJI), on peut deviner la "main invisible" d’entreprises telles que RAPP et Sinar Mas, liées à des multinationales américaines, européennes et chinoises, dans la ligne éditoriale de nombreux journaux locaux et nationaux. Il s’agit, pour elles, du seul moyen d’éviter que l’impact, très négatif, de leurs activités sur l’environnement ne soit trop souvent à la Une des journaux.

L’armée, toujours très puissante, refuse de reconnaître ses crimes. Les enquêtes sur les assassinats de reporters étrangers au Timor oriental, dont celui du Néerlandais Sander Thoenes, en 1999, ou les cinq journalistes britanniques et australiens tués à Balibo, en 1975, ont pourtant montré que des officiers indonésiens étaient impliqués.

L’engouement pour les médias indépendants a suscité le lancement de centaines de radios et de chaînes de télévision, qui sont, en général, libres. Le cas de Radio Era Baru, fermée manu militari par les forces de l’ordre, le 13 septembre 2011, alors que l’appel de la décision judiciaire en première instance n’avait toujours pas été rendu, fait exception. Son directeur, Gatot Machali, avait été condamné, le 6 août 2011, à une peine de six mois de prison, assortie d’une amende de 50 millions de roupies (plus de 5 000 euros), pour "diffusion sans autorisation et perturbation de fréquences voisines". La dénonciation par Radio Era Baru des violations de droits de l’homme en Chine semble être à l’origine du harcèlement que la station subit depuis son lancement en 2005.

En juillet 2011, le ministre indonésien de la Communication, M. Tifatul Sembiring, a diabolisé les réseaux sociaux, dont l’essor dans le pays s’accompagne de celui des appareils mobiles, accusés par le gouvernement d’être un facteur "déstabilisateur". Le ministre a appelé l’Etat à mieux contrôler Internet, afin de parer à l’onde de choc constituée par le "Printemps arabe". Facebook est très populaire en Indonésie qui, avec près de 40 millions d’internautes, est le second pays le plus représenté sur ce réseau, après les Etats-Unis.

Le gouvernement cherche également à filtrer les sites dont les contenus sont jugés pornographiques ou blasphématoires. Alors que le pays compte actuellement deux millions d’utilisateurs de BlackBerry, des sites sont indisponibles depuis les smartphones depuis le 20 janvier 2011. Enfin, Jakarta souhaite aller plus loin et mettre en place un serveur local, qui rendrait possible le contrôle des informations échangées sur les réseaux BlackBerry et permettrait au gouvernement d’interrompre le service, s’il le juge utile.

Mise à jour : novembre 2011.

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