Accueil - Rapport mondial
C’est dans "la plus grande démocratie du monde" que l’on trouve un paysage médiatique d’une richesse et d’une diversité sans égal. La presse est en général libre mais, dans certains Etats, les potentats locaux ne se privent pas de faire pression. Les journalistes doivent également se méfier des militants religieux, des groupes armés dans le Nord-Est, des mafias dans les métropoles ou des forces de sécurité au Cachemire. Les journalistes des zones de conflit ne disposent pas des mêmes garanties et protections que leurs confrères du reste du pays. Quant aux reporters étrangers, ils buttent sur une administration tatillonne pour obtenir des visas.
La Constitution garantit, dans son article 19, la liberté d’expression, mais sous la condition qu’elle s’oppose pas à la "souveraineté et l’intégrité de l’Inde". Les journalistes, dans l’ensemble libres, savent défendre leurs droits dans la rue ou devant les tribunaux, s’il le faut.
Il existe cependant un clivage de plus en plus marqué entre différentes régions de l’Inde. A New Delhi, par exemple, les journalistes exercent leur métier en liberté et en sécurité. Dans la province du Chhattisgarh (Centre), qui a rompu avec l’état de droit, ils font face à des risques grandissants : l’impunité, les abus policiers, le pouvoir des potentats locaux entravent le travail des médias. Dans cette région de l’Inde où les accrochages entre les forces de sécurité et la guérilla naxalite sont nombreux, les reporters sont régulièrement accusés d’être des "traîtres" par les insurgés et d’appartenir à la rébellion maoïste par la police.
Le Jammu-et-Cachemire, Etat miné par le conflit frontalier avec le Pakistan, demeure un sujet interdit pour les autorités, qui n’ont pas hésité, en mai 2011, à censurer 30 000 exemplaires de The Economist, qui présentaient une carte du territoire jugée contraire aux revendications de New Delhi. C’est toutefois l’insécurité qui constitue la principale entrave des médias dans la région, théâtre régulier de violences policières. Les forces de sécurité, confrontées aux mouvements séparatistes et aux manifestations populaires, répriment parfois violemment les médias, accusés de jeter de l’huile sur le feu. Ces violences policières, notamment celles des agents de la Central Reserve Police Force (CRPF), sont rarement sanctionnées. L’Armed Forces Special Powers Act (AFSPA) et le Disturbed Areas Act, accordent aux forces de sécurité un pouvoir dont elles abusent régulièrement.
Le 19 août 2011, deux photojournalistes, dont un étranger, couvrant des affrontements entre la police et les manifestants dans la municipalité de Nowhatta, près de Srinagar, Showkat Shafi et Narciso Contreras, ont été arrêtés et passés à tabac par la police, avant d’être hospitalisés. Deux jours plus tôt, un programme religieux, émis sur la radio privée 92.7 Big FM, a été suspendu sans préavis. Son animateur, Mohammad Umar Farooq, leader religieux et président du groupe politique Hurryiat Conference, a été interdit d’antenne.
De plus, l’application régulière du couvre-feu dans plusieurs villes, dont Srinagar, a un effet dramatique pour la libre circulation de l’information et le travail des journalistes, dont les quotidiens sont parfois menacés d’interdiction d’imprimer pendant plusieurs semaines, à l’instar de Greater Kashmir ou Rising Kashmir en septembre 2010.
Les meurtres d’Umesh Rashput et de Jyotirmoy Dey montrent la réelle menace que posent les groupes mafieux pour les journalistes d’investigation, dans tout le pays. Le 23 janvier 2011, Umesh Rashput, reporter au Nai Duniya dans l’Etat du Chhattisgarh, a été abattu par deux motards masqués. A Mumbaï, Jyotirmoy Dey, journaliste d’investigation pour Mid Day et spécialiste du crime organisé a été assassiné par des hommes non identifiés, le 11 juin. Prise à tort pour sa fille, la nièce de Rizwan, rédacteur en chef du mensuel Jungsatta, a été séquestrée et violée, en guise de représailles à un article du journaliste sur un groupe mafieux de Bulandshahr, dans l’Uttar Pradesh. Autant d’attaques qui alimentent un climat de peur et ne sont pas sans influence sur l’autocensure des journalistes.
Les net-citoyens les plus influents ne sont pas à l’abri des attaques physiques. Le 16 août, Shehla Masood, blogueuse et militante du Right to Information (RIT), a été tuée par balle devant son domicile, à Bhopal (centre du pays), alors qu’elle se rendait à une manifestation de soutien à Anna Hazare, figure de la société civile à l’origine d’une campagne anti-corruption et arrêtée le même jour.
Internet connait un essor considérable en Inde. D’ici 2014, le pays devrait compter près de 300 millions d’internautes, contre environ 100 millions aujourd’hui. L’Internet sans fil, et notamment sur les téléphones portables, est en plein développement, alors que le prix des smartphones est de plus en plus abordable. En mai 2011, les autorités ont annoncé de nouvelles régulations à venir, les “IT Rules 2011”, dangereuses pour la liberté d’expression en ligne. Celles-ci imposent notamment aux entreprises du Net de retirer, sous 36 heures après notification par les autorités, tout contenu jugé choquant, sous peine de poursuites.
Selon le site Google Transparency, qui répertorie les demandes de censure du Net émanant des gouvernements, l’Inde aurait, à plusieurs reprises, demandé à Google (dont 67 fois entre juillet et décembre 2010) de retirer de Youtube et de plusieurs blogs des vidéos critiques vis-à-vis de différents politiciens. Les demandes concerneraient 282 contenus et la firme en aurait accepté 22%.
Enfin, certains reporters étrangers se voient systématiquement refuser des visas comme s’ils étaient inscrits sur "liste noire". Deux journalistes suédois ont vu leurs demandes de visas rejetées peu après avoir diffusé des reportages sur les problèmes sociaux en Inde. En septembre 2011, le journaliste américain David Barsamian, fondateur et directeur d’Alternative Radio, s’est vu refuser l’accès au territoire indien alors qu’il prévoyait d’interviewer un activiste politique. Il avait auparavant réalisé un reportage sur le Cachemire.
Mise à jour : novembre 2011
Inde - 12 mai 2012
Comment nous
utilisonS vos dons

61,1% Mission sociale réalisée en France
21,8% Mission sociale réalisée à l'étranger
10,3% Frais de fonctionnement
5,1% Frais de recherche de fonds : coût des appels aux dons et liés à la recherche de fonds privés et de subventions publiques
1,7% Dotations aux provisions