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Si la vie peut sembler douce dans les rues fleuries d’Asmara, elle est en réalité infernale, surtout dans les couloirs sombres du tout-puissant ministère de l’Information. Aux commandes de cette forteresse située sur une colline surplombant la capitale, le ministre en exercice Ali Abdu prend ses ordres directement auprès d’Issaias Afeworki. Celui-ci, hier chef rebelle, aujourd’hui dictateur impitoyable, a progressivement anéanti les espoirs que les Erythréens avaient placés dans l’indépendance de leur pays. Le 18 septembre 2001, le chef de l’Etat a lancé la police politique aux trousses de l’aile réformatrice du parti au pouvoir. D’anciens compagnons d’armes, des ministres, et des généraux influents ont été jetés en prison. La poignée de journaux indépendants qui paraissaient à Asmara ont été suspendus. Directeurs et rédacteurs en chef ont été arrêtés. Toute critique du régime est désormais condamnée pour "atteinte à la sécurité nationale". En plus de centaines de personnalités politiques ou militaires, treize journalistes n’ont pu échapper aux rafles ou se sont rendus aux autorités. Ils ont tous été incarcérés, certains dans des cellules souterraines.
Le 11 janvier 2007, l’un d’entre eux, Fessehaye Yohannes, dit "Joshua", a succombé à des conditions de détention déplorables. Grande figure de la vie intellectuelle du pays, cofondateur de l’hebdomadaire Setit, poète, dramaturge et directeur d’une troupe de théâtre, il n’a pas survécu au bagne d’Eiraeiro, dans le nord-est du pays, où sont enfermés les prisonniers les plus sensibles.
En Erythrée, les médias publics ne font que relayer le discours belliqueux et ultranationaliste du régime. Sous l’étroite surveillance d’Ali Abdu, les employés de la télévision publique Eri-TV, de la radio Dimtsi Hafash (La Voix des Masses) et du quotidien gouvernemental Hadas Eritrea sont transformés en fonctionnaires zélés de la propagande gouvernementale. Aucun écart n’est toléré. Comme des dizaines de leurs concitoyens fuyant le pays chaque mois, de nombreux journalistes des médias publics ne supportent plus l’étouffoir imposé par le gouvernement et choisissent la route de l’exil. La plupart fuient, à pied, au risque d’être arrêtés ou abattus par les patrouilles de gardes-frontières qui ont reçu l’ordre de tirer à vue. Quant aux rares correspondants étrangers, ils ont été lentement découragés, à force de tracasseries ou d’intimidations, quand ils n’ont pas été tout simplement expulsés. Plus aucun ne séjourne désormais à Asmara.
En réaction à ce scandale, Reporters sans frontières milite pour que le président érythréen et ses ministres soient déclarés personae non gratae sur le territoire européen.
Fiche réactualisée en avril 2009
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