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Egypte

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Une page historique s’est tournée le 11 février 2011, lorsque le Président Hosni Moubarak a abandonné le pouvoir au terme de quinze jours d’une répression sanglante. Six mois plus tard, les Egyptiens déchantent. Où est passé leur rêve d’une Egypte démocratique avec un régime respectant les droits de l’homme. Le sit-in sur la place Tahrir, lieu éminemment symbolique de la révolution, qui avait commencé fin juin 2011 pour dénoncer la politique menée par le Conseil suprême des forces armées, a été levé quelques jours avant le début du procès de l’ancien raïs. Les élections législatives prévues initialement pour septembre ont été reportées à novembre 2011.

Paysage médiatique

La presse écrite est riche de nombreux titres. La plupart sont certes dans la droite ligne du pouvoir, comme les quotidiens Al-Ahram, ou El-Akhbar, et El-Gumhuriya. Mais une véritable presse d’opposition existe : le quotidien Al-Wafd et les hebdomadaires Al-Ahali et Al-Ghad en sont les meilleurs représentants. Quant à la presse indépendante, elle est de plus en plus présente. On peut citer les quotidiens Al-Masry Al-Youm, Al-Doustour, Al Shorouq, ou Al-Youm As-sabe’, ainsi que l’hebdomadaire Al-Fajr et la version hebdomadaire d’Al Dustour. Un seul nouveau journal a été créé depuis la révolution, celui d’Ibrahim Issa, Tahrir.

Plus d’une cinquantaine de chaînes se partagent le paysage audiovisuel égyptien. Deux nouvelles chaînes ont été créées depuis la révolution : Tahrir d’Ibrahim Issa et Egypt 25 des Frères musulmans. Les nombreuses chaînes satellitaires arabes ont la faveur des téléspectateurs. Al-Jazeera notamment qui met en œuvre des moyens techniques énormes pour obtenir des images uniques, comme on a pu le voir pendant la révolution.

Liberté de la presse

Proclamé en 1981, l’état d’urgence est toujours en vigueur et sera maintenu jusqu’en juin 2012, comme l’a annoncé le Conseil suprême des forces armées. Il autorise le recours à la censure, pourtant interdite par la constitution.

Du temps de l’ancien raïs, l’état d’urgence n’était pas l’arme la plus utilisée pour contrôler la presse. Des mesures plus traditionnelles et plus insidieuses lui ont été préférées.

Alors que le procès de l’ancien leader Hosni Moubarak s’est ouvert début août dernier, l’armée conserve les anciennes méthodes de censure et d’intimidation, en affirmant qu’il n’y aura “aucune tolérance face aux insultes lancées contre [elle]”. De nombreux journalistes et blogueurs cherchant à dénoncer les exactions commises par certains éléments de l’armée ou de la police militaire au cours du soulèvement pro-démocratique sont poursuivis devant des juridictions militaires. La liste des cas ne cesse de s’allonger…

Ainsi, le blogueur Maikel Nabil Sanad a été condamné le 10 avril 2011, à trois ans de prison ferme. Cette condamnation fait de lui le premier prisonnier d’opinion en Egypte depuis la révolution. Cet objecteur de conscience est accusé d’“insulte à l’institution militaire”, “publication de fausses nouvelles” et “trouble à l’ordre public”, pour avoir publié un rapport, sur son blog, remettant en cause l’apparente neutralité de l’armée lors des manifestations de janvier et février 2011. Le rapport stipule que des militaires ont pris part aux arrestations, détentions, et torture de manifestants. Le 23 août dernier, il a entamé une grève de la faim pour dénoncer sa détention.

Par ailleurs, la blogueuse Botheina Kamel a été convoquée devant la cour militaire le 15 mai 2011, peu de temps après avoir critiqué l’institution dans une émission de la chaîne Nile TV.

Le 31 mai, le blogueur Hossam Al-Hamalawy et les journalistes Rim Magued et Nabil Sharaf Al-Din avaient, quant à eux, été interrogés pendant près de trois heures à propos de leur intervention sur la chaîne ON-TV. Invité de l’émission de Rim Magued le 26 mai, Hossan Al-Hamalawy avait accusé la police militaire d’avoir violé les droits de l’homme. Nabil Sharaf Al-Din avait, le lendemain, évoqué la possibilité d’une alliance entre les Frères musulmans et l’armée en vue d’une passation de pouvoir.

Le 19 juin, Racha Azab, journaliste du journal Al-Fajr, a été poursuivie pour “publication de fausses informations pouvant troubler la sécurité publique”. Elle risque une peine de prison ferme. Adel Hammouda, son rédacteur en chef, est, quant à lui, poursuivi pour “négligence dans l’exécution de ses fonctions de rédacteur en chef”. Il encourt une amende. En cause un article, publié le 12 juin dernier dans le numéro 309 d’Al-Fajr, dans lequel la journaliste évoque une rencontre entre le général Hassan Al-Ruwaini, commandant militaire du Caire et membre du Conseil suprême des forces armées, et des militants membres du groupe “Pas de tribunaux militaires pour les civils”, à propos d’actes de tortures commis par la police militaire à l’encontre de manifestants. La journaliste a retranscrit une partie des propos que le haut gradé aurait tenu, à savoir des excuses à l’égard d’une manifestante présente. Le général Hassan Al-Ruwaini a déclaré pour sa part que les informations publiées par l’hebdomadaire étaient fausses.

Le 25 juillet, Dina Abd-Al Rahman, présentatrice du programme Sabah dream sur la chaîne Dream TV a été licenciée suite à une altercation en direct avec un ancien officier de l’armée de l’air.

Le 14 août, le Conseil supérieur des forces armées égyptien a décidé de poursuivre la blogueuse Asmaa Mahfouz pour “incitation à la violence”, “trouble à l’ordre public”, “diffusion de fausses informations” et “diffamation envers le conseil suprême des forces armées”, pour plusieurs messages publiés sur Internet. Devant le tollé de cette annonce, le Conseil est revenu sur sa décision quelques jours plus tard.

Par ailleurs, une importante campagne de diffamation a été lancée dans les médias gouvernementaux contre les ONG égyptiennes recevant des subventions provenant des Etats-Unis… qui ne vise que celles qui ont formulé des critiques à l’égard du CSFA. Cette campagne qui met en péril l’avenir de nombreuses associations nationales de défense des droits de l’homme.

Fiche remise à jour le 24 septembre 2011

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