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Victime d’un conflit armé depuis plus d’un demi-siècle, la Colombie reste le théâtre d’incroyables violations des droits de l’homme pour lesquelles l’impunité perdure. Bien qu’atténuée, la politique dite de "sécurité démocratique" mis en place sous le double mandat d’Alvaro Uribe (2002-2010) reste en vigueur sous la présidence de Juan Manuel Santos.
Le pays compte quatre journalistes tués depuis le début de l’année 2010, dont trois en lien avec la profession : Rodolfo Maya Aricape, de la station communautaire Radio Payumat dans la région du Cauca (Sud-Ouest), Clodomiro Castilla Ospina, de la radio La Voz de Montería (Nord) et directeur du magazine El Pulso del Tiempo et Luis Eduardo Gómez, basé dans le département d’Antioquia (Centre) et issu des journaux El Heraldo de Urabá et Urabá al día. Ces deux derniers journalistes témoignaient dans le cadre des enquêtes judiciaires sur des liens entre des hommes politiques et des groupes paramilitaires.
Les groupes paramilitaires, loin d’avoir rendu les armes lors du processus de "démobilisation" mené entre 2003 et 2006, ont pour certains reconstitué leurs unités. L’un de plus redoutés, les "Aigles noirs", figure depuis plusieurs années dans la liste des prédateurs de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Le danger représenté par les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) n’a pas disparu non plus. Le calvaire des radios indigènes du Cauca doit à la fois à la présence des paramilitaires – qui les considèrent comme des “objectifs militaires” -, de la guérilla et des forces armées.
Des courriers inquiétants, attribués aux “Aigles noirs”, ont circulé, entre février et mars 2011, promettant la mort de cinq journalistes : Hollman Morris, directeur du programme "Contravía", Daniel Coronell, vice-président de la chaîne Univisión aux États-Unis, Marcos Perales Mendoza, directeur du journal Periódico Portada de Bucaramanga, Claudia Julieta Duque, de Radio Nizkor, et Eduardo Márquez González, président de la Fédération colombienne des journalistes (Fecolper).
Certains de ces journalistes comptent parmi les seize victimes d’une véritable chasse aux sorcières, menée par le principal service de renseignement (le Département administratif de sécurité - DAS), allant des écoutes téléphoniques (“chuzadas”) à l’attentat, en passant par des campagnes de discrédit relayées au plus haut niveau de l’État. Alvaro Uribe a été convoqué devant une commission spéciale du Congrès pour sa responsabilité présumée dans ce scandale d’envergure qui a marqué sa présidence.
Les journalistes menacés se voient souvent contraints à l’autocensure ou à fuir leur région, voir le pays. Mary Luz Avendaño, correspondant du journal El Espectador à Medellín, a dû s’établir à l’étranger août 2011 après avoir révélé des collusions entre le crime organisé et la police locale.
Fiche réactualisée en août 2011
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