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Elu à la tête du pays en 2005, le président Pierre Nkurunziza a beau claironner son attachement à la liberté de la presse, rien n’y fait. Les journalistes du Burundi sont entrés, depuis son accession au pouvoir, dans une période de menaces et d’incertitudes. Certains ont été incarcérés. Plusieurs autres ont quitté le pays, de peur de tomber à leur tour dans le piège tendu par les services de sécurité aux hommes et femmes de médias qu’ils considèrent comme des “perturbateurs”. En 2010, le chef de l’Etat a été réélu à l’issue d’un scrutin boycotté par l’opposition et dans un climat très hostile pour la presse, marqué par des pressions, agressions et tabassages.
Déterminés et solidaires, refusant de céder au découragement face aux épreuves que leur impose le pouvoir, les journalistes de la presse privée sont régulièrement poursuivis en justice, assignés à comparaître ou simplement convoqués au tribunal. Dans le collimateur des autorités se trouvent surtout des radios, le média le plus puissant et influent dans la société burundaise – la Radio Publique Africaine (RPA), Bonesha FM, Radio Isanganiro, etc. Pendant ce temps, des médias privés proches du pouvoir, tels que la station Rema FM, diffusent des messages haineux.
On note une extrême crispation des autorités burundaises sur les questions de sécurité. Le gouvernement a tendance à censurer la couverture de sujets jugés sensibles et à s’empresser de faire taire la presse qui, parce qu’elle critique l’armée ou couvre des mouvements rebelles, est accusée de "semer la confusion" et de "troubler l’ordre public".
Ainsi le directeur du journal en ligne Net Press, Jean-Claude Kavumbagu, a passé plus de dix mois derrière les barreaux, entre 2010 et 2011, pour un article s’interrogeant sur la capacité des forces armées burundaises à faire face à la menace terroriste des islamistes somaliens d’Al-Shabaab. Le journaliste a d’abord été accusé de "trahison" par le ministère public, qui avait requis la prison à perpétuité, avant que le tribunal de grande instance de Bujumbura ordonne sa libération en requalifiant sa "faute" en délit de presse. En septembre 2011, les autorités ont décidé de suspendre pour un mois les émissions en direct à caractère politique et d’interdire aux médias de couvrir les enquêtes en cours sur le massacre de Gatumba. Dernier cas en date, celui du journaliste de Bonesha FM et correspondant du service en swahili de Radio France Internationale (RFI), Hassan Ruvakuki, condamné en juin 2012 à la prison à vie pour "participation à une activité terroriste". Son procès en appel s’ouvre en octobre 2012.
C’est dans ce contexte qu’un projet de loi sur la presse a été soumis au Parlement, pendant l’été 2012. Présenté par les autorités comme une avancée, il ne supprime pas les peines de prison pour les journalistes (car les renvois au code pénal sont nombreux), augmente les amendes, et accroît les pouvoirs de sanction d’un organe de régulation, le Conseil national de la Communication (CNC), dont l’indépendance laisse pourtant à désirer.
Fiche réactualisée en octobre 2012
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