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Malgré des progrès législatifs et des efforts réels dans la lutte contre l’impunité, le Brésil présente encore des risques ponctuels pour la sécurité des journalistes, en particulier dans les régions Nord et Nord-Est. Comme ailleurs, le crime organisé demeure la principale source de menace directe. Parallèlement, les pressions politiques ou judiciaires locales contre la presse se multiplient dans un paysage médiatique plombé par les conflits d’intérêts. La censure préventive frappe fortement les web journalistes.
Le Brésil a connu d’importantes avancées en matière de liberté d’expression sous la double mandature du président Inácio Lula da Silva. En témoignent l’abrogation de la loi sur la presse héritée du régime militaire de 1967, la suspension de la clause de la loi électorale de 1997 qui interdisait le droit à la caricature en temps de campagne électorale, et une amélioration générale de l’accès à l’information publique. Les efforts de lutte contre l’impunité dans les enquêtes sur les assassinats de journalistes ont produit des résultats encourageants. La presse n’en a pas pour autant fini avec une insécurité élevée, notamment dans les régions Nord et Nord-Est.
Depuis le début de l’année 2010, sept journalistes ont été assassinés, dont deux en lien avéré avec la profession. Tués dans l’État du Rio Grande do Norte, au nord-est du pays, en juin 2011 et octobre 2010, Ednaldo Figueira et Francisco Gomes de Medeiros étaient des blogueurs engagés. Figueira, également fondateur et propriétaire du quotidien O Serrano, avait publié une enquête assortie d’un sondage sur la gestion des comptes municipaux dans son blog. Gomes de Medeiros, présentateur à Radio Caicó, dénonçait dans le sien les agissements du crime organisé et avait accusé certains leaders politiques locaux d’être impliqués dans une affaire d’échange de drogue contre des votes lors du premier tour des élections générales en octobre 2010. A Rio de Janeiro, le blogueur Ricardo Gama, connu pour ses critiques envers les autorités locales a miraculeusement réchappé d’un attentat en mars 2011.
Très attendue et nécessaire, l’abrogation par le Tribunal suprême fédéral de la loi de presse de 1967 a malheureusement eu pour effet pervers la multiplication des procédures abusives contre la presse de la part d’autorités locales. Les blogueurs sont, là encore, particulièrement visés. Carlos Santos, journaliste indépendant dans l’État de Rio Grande do Norte, a été condamné, en février 2011, à verser la somme de 6 000 reais (2 600 euros) à des œuvres de charité pour trois commentaires hostiles au maire de la ville postés sur son blog. Cette sanction s’est substituée une peine de quatre mois de prison. Au même moment, un tribunal de l’État du Pará (Nord), a ordonné à Lúcio Flávio Pinto, rédacteur en chef de la publication en ligne et bihebdomadaire Jornal Pessoal, de cesser de relayer toute information relative au procès des dirigeants du groupe O Liberal, détenteur de plusieurs médias régionaux, accusés de “fraudes financières”. Les deux journalistes ont fait chacun l’objet d’une trentaine de procédures en raison de leurs écrits.
La presse écrite n’est pas non plus épargnée. En mai 2010, le quotidien Diário do Grande ABC a reçu l’interdiction de publier des articles relatifs à une affaire de corruption impliquant le maire de São Bernardo do Campo, dans l’État de São Paulo.
Enfin, la presse brésilienne continue de souffrir d’une extrême concentration au désavantage des médias communautaires et de conflits d’intérêts. Nombreux sont les hommes politiques à détenir plusieurs entreprises de presse, directement ou par l’intermédiaire de prête-nom.
Fiche réactualisée en août 2011
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